Confidence pour confidence, à mi-chemin entre l'autobiographie et le journal, on ose parler de son nombril plus que du reste du monde. Pas narcissique pour deux cents û juste un peu û l'éloge de soi semble être dans l'air du temps. Surtout chez ceux que l'on nomme les people et autres stars. Il suffit de faire un tour du côté des librairies pour se retrouver face à deux pamphlets du genre. D'un côté, le " Polnareff par Polnareff " (éd. Grasset). Le titre est simplissime, histoire d'enfoncer le clou et de bien faire comprendre que c'est le chanteur qui se raconte. " J'écris un livre, ça me changera de ceux qui écrivent sur moi des bouquins qui racontent des vies que je n'ai pas vécues ", commente l'intéressé... qui retrace sa carrière et les anecdotes qui font le mythe. De l'autre côté, " Tom Ford par Tom Ford " (éd. Assouline). Un livre de près de cinq kilos qui compile les vingt ans de mode du créateur " egomaniaque " û dixit le quotidien français " Libération " û de 43 ans. Une autobiographie essentiellement photographique, où se mêlent extraits d'interviews flatteuses et clichés du créateur, tout torse dehors et moue boudeuse affichée. On s'aime en grand, ou on ne s'aime pas.
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Confidence pour confidence, à mi-chemin entre l'autobiographie et le journal, on ose parler de son nombril plus que du reste du monde. Pas narcissique pour deux cents û juste un peu û l'éloge de soi semble être dans l'air du temps. Surtout chez ceux que l'on nomme les people et autres stars. Il suffit de faire un tour du côté des librairies pour se retrouver face à deux pamphlets du genre. D'un côté, le " Polnareff par Polnareff " (éd. Grasset). Le titre est simplissime, histoire d'enfoncer le clou et de bien faire comprendre que c'est le chanteur qui se raconte. " J'écris un livre, ça me changera de ceux qui écrivent sur moi des bouquins qui racontent des vies que je n'ai pas vécues ", commente l'intéressé... qui retrace sa carrière et les anecdotes qui font le mythe. De l'autre côté, " Tom Ford par Tom Ford " (éd. Assouline). Un livre de près de cinq kilos qui compile les vingt ans de mode du créateur " egomaniaque " û dixit le quotidien français " Libération " û de 43 ans. Une autobiographie essentiellement photographique, où se mêlent extraits d'interviews flatteuses et clichés du créateur, tout torse dehors et moue boudeuse affichée. On s'aime en grand, ou on ne s'aime pas. En matière de mode, la tendance à l'égocentrie est récurrente. Cet hiver, c'est Karl Lagerfeld qui jouait les créateurs stars chez H&M. Non seulement le couturier parisien se mettait en scène dans sa campagne de pub pour le géant suédois, mais il signait également un tee-shirt à son effigie et un parfum sobrement intitulé Liquid Karl, avec silhouette filiforme de circonstance. Côté défilés, quand certains créateurs saluent timidement ou préfèrent rester en coulisses, d'autres se mettent rigoureusement en scène. John Galliano, à la direction artistique de la maison Dior, ponctue chacun de ses défilés par une apparition rocambolesque. Avec musique tonitruante, effet de fumigènes et accoutrement de circonstance. Le couturier britannique est un créateur star qui assume, avec humour, de l'être. Quand il n'imprime pas son nom, façon journal, sur certains de ses vêtements ou sur le packaging de sa bougie pour Diptyque, il dresse des formules à succès sur ses tee-shirts pour Dior : " Dior not war " ou " Dior for peace " pour l'été 2005. Pour sa propre marque, John Galliano vient d'éditer les bijoux de ses défilés : de un à six exemplaires, numérotés et accompagnés d'un mot de sa main. Reste à savoir si c'est le bijou ou la dédicace qui fait l'exception. Dans la veine autobiographique, le journal est un mode d'expression à part entière. Et s'il fallait une preuve de sa branchitude, on retiendrait notamment le numéro quatre du magazine de la boutique parisienne Colette. Une édition composée comme un journal intime, avec confidences et jolies ratures. Le concept fait florès dans les magazines. Tandis que la presse pour ados cultive des présentations, elles aussi, façon journal intime, les féminins hypes orchestrent des pages de photos de leurs soirées VIP. Objectif ? Se montrer û et s'affirmer û comme figures incontournables des nuits parisiennes. C'est cet usage de l'ego qui s'épanouit plus sérieusement à travers l'art. Parce qu'" écrire " je suis ", c'est commencer à se dire autre que soi, à dire l'autre que l'on porte en soi. Parce que parler de soi, c'est déjà parler d'un autre ", explique Dominique Viart, professeur de littérature et directeur de la revue " Ecritures Contemporaines ". Ainsi, la documentariste Dominique Cabrera a-t-elle filmé neuf mois de sa vie, en pleine dépression, dans ce qui est devenu " Demain et encore demain ". Le cinéaste expérimental Jonas Mekas, lui, tient son journal filmé depuis 1950. La jeune génération de la chanson française, façon Albéric ou Vincent Delerm, pousse la chansonnette pour raconter ses histoires de couple, les rondeurs de la voisine de table ou les aléas de la vie d'artiste. La Djette Miss Kittin, entre deux dates de concert, diffuse un mini-journal de croquis charmants sur son site Internet. Le " je " est partout, pourvu qu'il se livre avec fantaisies et envies. " Bonjour. Je voudrais préciser que je préfère les questions d'ordre personnel, indiscrètes même, aux questions techniques. Donc je commence. " C'est ainsi que Sophie Calle entame une conférence qu'elle donne, le 15 novembre 1999, à l'Université de Keio, à Tokyo. L'artiste française veut tout dévoiler, c'est ce qu'elle affirme, et c'est le sens même de son £uvre. L'intime fait ici office d'£uvre d'art. Ce que Sophie Calle vit, elle l'utilise pour son travail, comme un rituel autobiographique incessant. " La vie de Sophie Calle est un roman, écrit Nicolas Thély dans Aden, le supplément culturel et parisien du " Monde ". Et ce roman qu'elle écrit est également tout ce que l'on sait de sa vie. Une série d'opus, entre la performance et le happening, à la frontière de la réalité et de la fiction, tant ces actions semblent trop belles, trop téméraires, trop hors normes pour être vraies. " Les £uvres de Sophie Calle sont autant de fragments de sa vie qu'elle met en scène. Elle suit des inconnus dans la rue, fait un strip-tease à Pigalle, invite les gens à dormir dans son lit, devient femme de ménage dans un grand hôtel, part pour un road-movie aux Etats-Unis. Elle pousse à l'extrême la frontière entre la réalité et l'art. Et met en scène l'une des idées formulées par Allan Kaprow, à la fin des années 1950. " La ligne de partage entre l'art et la vie doit être conservée aussi fluide, et peut être indécelable, que possible ", écrivait le fondateur du mouvement Happening. En 1981, Sophie Calle organise ainsi ce qui deviendra " La Filature ", une commande du Centre Pompidou pour une exposition consacrée à l'autoportrait. " Selon mes instructions, dans le courant du mois d'avril 1981, ma mère s'est rendue à l'agence de détectives privés Duluc. Elle a demandé qu'on me prenne en filature et a réclamé un compte rendu écrit de mon emploi du temps ainsi qu'une série de photographies à titre de preuves ", explique- t-elle dans " A Suivre -... " (éd. Actes Sud). Le résultat : un autoportrait constitué de textes et photos où les regards se multiplient. La journée de Sophie Calle est racontée à la fois par l'artiste, par le compte rendu et les photos du détective, mais aussi par une série de photos du détective en action prises, à son insu, par un ami de Sophie Calle. L'artiste renouvellera l'opération vingt ans après, à l'initiative de son galeriste Emmanuel Perrotin. Qu'il s'agisse de sa vie ou de son £uvre, Sophie Calle les met en scène. C'est là toute la distinction avec la " vraie réalité ". Quand elle narre un chagrin d'amour, elle a le choix des mots et des images. Le choix de montrer ou non. " Si la vie nourrit son £uvre, l'artiste choisit les événements, rencontres, souvenirs qu'elle expose. Selon un concept, des règles établies, Sophie Calle contrôle l'intimité qu'elle livre, même si parfois le hasard intervient ", souligne Christine Macel, commissaire de l'exposition " Sophie Calle, M'as-tu vue ", orchestrée au Centre Pompidou l'année dernière. C'est le même processus que mettent en marche les fameux bloggeurs que réunit la Toile. Depuis quelques années les blogs û ces simili journaux intimes on line û se multiplient à vitesse grand V sur le Web. Ils seraient plus de dix millions à travers le monde. Le principe est invariablement le même : on se raconte, en mots ou en images, au jour le jour, parfois même heure par heure, selon le bon vieux principe du journal intime. Si ce n'est que les blogs sont faits pour être lus par le plus grand nombre. On sait d'avance que les lecteurs potentiels sont derrière leurs écrans, et on se raconte avec cette idée en tête. Côté lecteurs on suit l'histoire au rythme de l'écriture de l'autre. Une approche différente du journal publié qu'on lit en bloc, après coup, et sans partager l'ignorance de l'avenir. Les blogs, ce sont des tranches quotidiennes d'anonymes, passées à la postérité sur le Web. Voyez-y un phénomène façon télé-réalité et microcélébrité. Certains bloggeurs sont devenus des maîtres du genre et se sont fait un nom dans la blogosphère. Parmi eux : la Canadienne Anne Archet, sujet de conversation préféré de nombreux adeptes et sacrée reine dans l'art du blog érotique. La jeune femme se veut écrivaine et essayiste et multiplie les blogs sur ses émois sexuels. " Le blog bidon d'Anne Archet " serait ainsi, ironiquement, le seul où elle parle vraiment d'elle. Seulement, les stars du blog se voient voler la vedette par les vraies stars et personnalités qui créent, elles aussi, leurs blogs. On sait déjà que de nombreux hommes politiques ont choisi le blog comme interface avec les électeurs... mais préfèrent confier la tâche d'écriture à leurs conseillers en communication. Même chose avec les pseudo-blogs de starlettes, généralement tenus par des fans. Cet été, c'est le blog de Quentin Tarantino qui a suscité l'émoi. Bien sûr, après enquêtes et autres filouteries, les internautes ont vite compris qu'ils avaient affaire à un canular N'empêche, d'autres personnalités jouent le jeu et le monde littéraire est particulièrement bien infiltré dans la blogosphère. Cet été, c'est l'écrivain français Virginie Despentes qui a ouvert son blog. " Ça m'a semblé être une bonne idée, avoir un blog pour la promo, confie-t-elle. (...) Genre ça me soutiendra, moralement. " A l'époque, son nouveau roman, " Bye Bye Blondie ", n'est pas encore sorti. Le blog est vite prétexte à confidence. Des aléas de la promo à son coup de c£ur pour la dernière chanson de Françoise Hardy, l'écrivain se raconte en nuance. Comme elle, toute une sphère d'écrivains bloggeurs s'exercent quotidiennement à parler de leurs vies. Ann Scott sélectionne des morceaux de musique selon ses humeurs, trouve qu' " Elijah Wood est le mec le plus sexy qu' (elle a) vu depuis longtemps " et détaille ses achats chez Ikea. Maïa Mazaurette conte ses amours, ses critiques de films pornos et sa vie de romancière. Tandis que la Belge Valérie Nimal s'épanche sur l'écriture de son premier roman, " La Robe de mariée ", puis la sortie de ce dernier en octobre. Elle raconte l'envoi de son premier manuscrit, les relectures, les interviews ou encore les séances-photos. Comme dans un journal intime... Amandine Maziers