Il y a peu, elles sentaient encore la naphtaline et symbolisaient, malgré elles mais à merveille, une certaine bourgeoisie. Et puis, sans prévenir, en douceur, les perles ont fait leur come-back. On les a vues se décoincer, prendre du volume, s'afficher sur les catwalks, au bras, au cou, au doigt, aux oreilles et même en sac, puis, par contagion, se porter dans la rue, à tout âge et tous genres confondus, sans plus rien avoir à voir avec les trois rangs de mamie emperlousée. On ne sait trop qui les a remises au goût du jour, mais elles sont là, et bien là. De la haute couture au prêt-à-porter en passant par la joaillerie jusqu'aux bijoux fantaisie. De Jean Paul Gaultier à Simone Rocha, de Dior à Armani qui la sème même sur ses accessoires de la saison. Elles sont donc revenues sur le devant de la scène, au top des accessoires, démémérisées, vraies ou fausses. Exactement comme dans les années 80 qui puisaient elles-mêmes leur inspiration des années 20, quand mademoiselle Chanel n'en faisait qu'à sa tête. Elle fut d'ailleurs la première à s'amuser, oser les mélanger, brouiller les pistes et superposer les sautoirs de perles fines et de toc, l'effet chic. L'Histoire veut qu'elle les aimait " à la folie " - elle avait été touchée au coeur par leur beauté en découvrant un portrait de Véronèse ; elle les portait de jour comme de nuit, surtout en pantalon, parce qu'elle n'était pas comme tout le monde. Il se chuchote même qu'à la fin de sa vie, dans sa chambre du Ritz, elle n'avait gardé auprès d'elle que trois tailleurs beiges et ses perles, l'essentiel.
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Il y a peu, elles sentaient encore la naphtaline et symbolisaient, malgré elles mais à merveille, une certaine bourgeoisie. Et puis, sans prévenir, en douceur, les perles ont fait leur come-back. On les a vues se décoincer, prendre du volume, s'afficher sur les catwalks, au bras, au cou, au doigt, aux oreilles et même en sac, puis, par contagion, se porter dans la rue, à tout âge et tous genres confondus, sans plus rien avoir à voir avec les trois rangs de mamie emperlousée. On ne sait trop qui les a remises au goût du jour, mais elles sont là, et bien là. De la haute couture au prêt-à-porter en passant par la joaillerie jusqu'aux bijoux fantaisie. De Jean Paul Gaultier à Simone Rocha, de Dior à Armani qui la sème même sur ses accessoires de la saison. Elles sont donc revenues sur le devant de la scène, au top des accessoires, démémérisées, vraies ou fausses. Exactement comme dans les années 80 qui puisaient elles-mêmes leur inspiration des années 20, quand mademoiselle Chanel n'en faisait qu'à sa tête. Elle fut d'ailleurs la première à s'amuser, oser les mélanger, brouiller les pistes et superposer les sautoirs de perles fines et de toc, l'effet chic. L'Histoire veut qu'elle les aimait " à la folie " - elle avait été touchée au coeur par leur beauté en découvrant un portrait de Véronèse ; elle les portait de jour comme de nuit, surtout en pantalon, parce qu'elle n'était pas comme tout le monde. Il se chuchote même qu'à la fin de sa vie, dans sa chambre du Ritz, elle n'avait gardé auprès d'elle que trois tailleurs beiges et ses perles, l'essentiel. Les perles n'ont pourtant jamais été détrônées totalement. Chez Cartier, elles ont toujours été royales. Les racines historiques du joaillier n'y sont pas étrangères. En 1917, Pierre Cartier est à New York, il s'installe sur la 5e Avenue, au coin sud-est de la 52e Rue, dans un palais de style renaissance de six étages, construit par Robert W. Gibson et qui appartient au banquier Morton F. Plant. Il l'a échangé contre un double rang de 55 et de 73 perles qu'il a mis plusieurs années à réunir et qui représentent alors une valeur d'un million de dollars. Depuis, la maison y siège toujours. Cela vous forge une passion, laquelle reste contemporaine. Lors de la dernière Biennale des antiquaires et de la haute joaillerie à Paris, en septembre dernier, la vingt- septième du nom, Cartier présentait sa perle au superlatif, la perle royale, l'une des plus belles et des plus connues. Son pedigree en ferait pâlir plus d'une : pêchée dans le golfe Persique, poids de 166,18 grains (8,3 grammes), taille impressionnante (21,82 mm x 17,6 mm x 16,4 mm), forme de goutte à la symétrie parfaite et orient argenté satiné. A cela s'ajoute " la grandeur de son histoire ", précise la maison : elle a appartenu à Mary, reine d'Angleterre, épouse de George V, fille du duc François de Wurtemberg et de Marie-Adélaide de Cambridge, née en 1867 au palais de Kensington. Qui la légua à son unique fille, Mary, soeur des futurs rois Edouard VIII et George VI. Son fils George Lascelles, comte de Harewood, en hérita, l'offrit à sa femme Patricia à l'occasion de leur mariage. Aujourd'hui, conservée avec sa monture originale ornée de diamants, elle est au centre d'un bijou transformable signé Cartier : une composition de diamants et de perles à porter en diadème ou en collier. Elle a donc de quoi impressionner, au moins autant que La Peregrina, cette gemme célèbre montée en collier par Cartier pour Elizabeth Taylor au début des années 70 et offerte par Richard Burton, présent de Saint-Valentin. Ainsi, les diamants n'ont pas toujours trôné à la première place dans le coeur de l'actrice aux yeux couleur d'améthyste. Cette petite sphère de nacre est une merveille de la nature. Qu'elle soit fine ou de culture, d'eau douce ou d'eau de mer. La première se développe " accidentellement " dans une huître perlière ou un mollusque, sans intervention humaine. Les différentes couches concentriques qui la forment ne sont rien d'autre que de fins dépôts cristallins de carbonate de calcium et d'aragonite. Mais " l'invention " de la perle de culture a pratiquement tué le marché de la perle fine. Au Japon, dès la fin du XIXe siècle, en 1893, Kõkichi Mikimoto réalise qu'il " suffit " d'introduire dans l'huître un noyau de nacre pour provoquer artificiellement la sécrétion de cette dernière, et le tour est joué, du moins sur papier tant la technique est délicate. Depuis, les perles de culture d'eau de mer sont produites par l'huître perlière de la variété Pinctada fucata, appelée communément Akoya. On a longtemps pensé que ce mollusque ne vivait qu'au Japon, la culture des perles est donc restée exclusivement une production nippone, jusqu'à ce que l'on découvre que l'espèce habitait toutes les mers tropicales. C'en était fini de la suprématie de ce pays. Quant au fantasme romanesque de l'ama, cette jeune fille enveloppée de coton blanc nageant au fond de la mer telle une créature merveilleuse partie à la pêche miraculeuse, il n'a plus court depuis longtemps. " Et je ne plonge pas non plus moi-même à la recherche de la perle unique, plaisante Arnaud Wittmann, joaillier de la maison De Greef. Chacun son métier. " Celles qu'il préfère lui, ce sont les perles de Tahiti, les noires, et les South East, en provenance des mers du sud. Là vivent des mollusques de grande taille qui produisent des couches perlières denses et épaisses, de très bonne qualité. Du coup, les perles peuvent avoir des diamètres de 14 à 15 mm et même de 18 à 20 mm. Leurs couleurs vont du blanc-rosé au crème, en passant par le jaune, l'or, l'argenté, le gris et le bronze. " J'en mélange de différentes régions, précise-il, et j'y ajoute aussi des blanches, pour la brillance, et de l'or. C'est une façon de réinventer le collier un peu trop classique. Et pour les bagues, je travaille l'histoire autour d'une perle de Tahiti ou d'Akoya, dont j'aime la pureté, ou alors avec un bouquet d'autres, chinoises et d'eau douce, dont la couleur est différente, plus ocre. " Marie-France Vankueken les a toujours aimées, ces concrétions dures, brillantes et précieuses. A l'oeil nu, au premier regard, elle reconnaît un beau spécimen d'un autre. Elle fréquente les marchés, à Hong Kong - " la porte de sortie de la Chine " - et les salons internationaux, en Europe, où des pavillons entiers sont consacrés à la perle. " Le lustre est soit excellent, bon, pâle ou faible... Il suffit de comparer, cela se voit. Il ne faut pas avoir un oeil de spécialiste ", fait-elle sans fanfaronner. Dans son atelier bruxellois, baptisé Les bijoux de Marie-France et installé dans l'Entrepôt Royal de Tour & Taxis, elle étale sur son bureau des rangs qu'elle a saisis à pleine main : immédiatement, on perçoit les différences subtiles. La mode changeant et le monde aussi, les japonaises n'ont plus la côte, trop chères comparées aux chinoises et un peu trop beiges aussi, alors qu'on les préfère désormais blanches. L'espèce détermine en effet la couleur, mais il ne faut ne pas être dupe, " on teint les perles ". Et le résultat est parfois si bluffant qu'il lui arrive d'éprouver, rarement il est vrai, quelques difficultés à reconnaître un ton " aile de mouche " naturel d'un autre, où la main de l'homme aurait donné un petit coup de pouce à la nature, en les trempant dans un bain de teinture. Mais, passez ces dernières à l'ultrason, il n'en reste rien, que des petites boules atones démystifiées. Dieu sait donc s'il faut rester concentré dans ces foires où les stands sont faits de bacs Curvers, de sacs de jute et autres contenants en plastique, d'où débordent des perles en veux-tu en voilà, et où les plus roublards sont les rois du commerce. La prudence de Sioux est de mise, Marie-France Vankueken sait y faire. Deux fois par an, elle s'y rend, retrouve les mêmes producteurs et confirme sa réputation : " la dame qui achète très vite ", c'est elle. Pourquoi ce surnom ? " Parce que ça doit être rapide, je n'ai pas le temps, je dois voir un maximum de gemmes, je les touche, j'aime ou je n'aime pas, et je ne me trompe pas. Les diamants, par contre, je les achète sans les voir, un carat de ci, deux carats de ça. Les petites pierres, on achète cela comme 100 grammes d'américain préparé et les grosses, on acquiert un certificat. Avec les perles, c'est différent, il y a un côté affectif et tactile... " Sûr qu'à 18 ans, elle avait déjà son tour de cou, mieux, elle fut l'une des premières à oser les perles grain de riz, elle se souvient du prix de son collier, 3 800 francs belges (94 euros), " alors que maintenant je les achète 1 dollar (0,8 euro) le rang, elles se sont vulgarisées et sont désormais cultivées en Chine ". Elle dit encore que " les perles, c'est un métier tout à fait particulier ", qu'il ne faut pas se leurrer, " les fausses coûtent plus chers " et que le grand avantage de ces gemmes, outre l'éclat qu'elles donnent à la peau, c'est qu'on ne les vole pas, " il n'y pas de marché à la revente, un voleur ne sait rien en faire ". L'autre avantage, c'est qu'elles s'enfilent et se réenfilent aussi à votre guise. Marre de votre choker, faites le transformer en opéra, en princesse ou en sautoir. Avec son regard pétillant, derrière ses lunettes rouges ou roses selon son humeur, elle observe les goûts changer, et la perle redevenir objet de séduction. Que Barbara Louys lance sa collection, c'est tant mieux, applaudit-elle, on appelle cela " créer le désir ". Elle s'empare alors d'un gros trousseau de clés antédiluviennes, déverrouille son coffre-fort qui a le même âge, un code secret chiffré, deux déclics, elle en sort sa pièce maîtresse, un sautoir triple rang qui pèse son petit poids, avec fermoir en or et broche amovible, quel effet. Et puis en parfaite bonne copine, elle conseille : " Toutes les femmes devraient avoir une petite robe noire et un collier de perles. " PAR ANNE-FRANÇOISE MOYSON