Qui peut affirmer, sans rougir, ne jamais avoir craqué pour " le " sac, " la " paire de pompes, " les " lunettes ou " le " pantalon à la mode de la saison? Et qui n'a pas, planqué dans son placard, un de ces trophées - pull, besace, montre ou mules... - cadavre exquis d'une passion fugace mais irrésistible? Personne ne lève la main? Ouf! Car à se souvenir de l'invasion des pashminas et de leurs faux frères de laine, nul n'est à l'abri du syndrome de la " fashion victim ". Pas même ceux qui prétendent s'en moquer. Reste que ce virus mutant, qui ne connaît pas de répit - en période de soldes, il se fait carrément corrosif - prend une forme plus ou moins contagieuse selon les capitales. Et provoque des troubles pas toujours évidents à diagnostiquer. Pour en savoir plus et, parfois, réviser les idées reçues, Weekend Le Vif/L'Express est allé à Tokyo, Milan, Londres et New York, au coeur des métropoles où la mode se crée, s'exporte et se porte, pour mesurer les ...

Qui peut affirmer, sans rougir, ne jamais avoir craqué pour " le " sac, " la " paire de pompes, " les " lunettes ou " le " pantalon à la mode de la saison? Et qui n'a pas, planqué dans son placard, un de ces trophées - pull, besace, montre ou mules... - cadavre exquis d'une passion fugace mais irrésistible? Personne ne lève la main? Ouf! Car à se souvenir de l'invasion des pashminas et de leurs faux frères de laine, nul n'est à l'abri du syndrome de la " fashion victim ". Pas même ceux qui prétendent s'en moquer. Reste que ce virus mutant, qui ne connaît pas de répit - en période de soldes, il se fait carrément corrosif - prend une forme plus ou moins contagieuse selon les capitales. Et provoque des troubles pas toujours évidents à diagnostiquer. Pour en savoir plus et, parfois, réviser les idées reçues, Weekend Le Vif/L'Express est allé à Tokyo, Milan, Londres et New York, au coeur des métropoles où la mode se crée, s'exporte et se porte, pour mesurer les palpitations de la rue.Et Paris dans tout ça? A première vue, les Parisiennes ne seraient pas les plus soumises aux fluctuations de l'apparence. Consentantes et indépendantes, elles la suivent, sans aveuglement. Comme si le fait d'habiter la ville qui se bat aujourd'hui, à coups de bourses à la jeune création, pour conserver son titre de capitale mondiale de la mode leur donnait un regard plus distancié. Et une liberté de choix qu'elles revendiquent, à tout moment. Le luxe made in France? L'année 2000 devrait être un bon cru. Chez LVMH, grâce en partie à Louis Vuitton, dont les ventes ont doublé, les secteurs de la maroquinerie et de la mode affichent un résultat semestriel rayonnant, avec un chiffre d'affaires en progression de 42,5%. Même succès chez Hermès (qui vient de s'installer sur Madison Avenue, à New York), où l'on annonce un chiffre d'affaires en hausse de 24% avec une augmentation des ventes de maroquinerie (+ 28%) et du prêt-à-porter (+ 25%). Idem chez PPR (Pinault-Printemps-Redoute) : la consolidation du pôle luxe (Saint Laurent, Gucci, Sergio Rossi, Boucheron) a dégagé une marge brute supérieure aux autres branches du groupe et a permis d'enregistrer une croissance du résultat d'exploitation de 35%. A noter que les best-sellers sont, à quelques nuances près, les mêmes partout : l'or, le cuir, la fourrure, le tweed et le crocodile. " Paris est en forme et on achète ", constate Chantal Rousseau, vice-présidente Europe, basée à Paris, du grand magasin new-yorkais Bloomingdale's. Quoi? Ses icônes (Dior, Chanel, Vuitton...) et les jeunes créateurs étrangers qui y défilent. Comme le Belge Jean-Paul Knott, ex-assistant d'Yves Saint Laurent : sa mode sophistiquée (on la trouve aux Galeries Lafayette), qui a fait mouche en quelques mois, est vendue chez Neiman Marcus. Un phénomène rare aux Etats-Unis, où l'on préfère généralement les créateurs médiatiques, italiens ou français comme Gucci ou Dior, au marketing ultrapuissant. Et Milan de suivre le tempo : les boutiques multimarques de luxe de la via Montenapoleone et de la via della Spiga guettent désormais avec avidité les premiers pas du styliste Tom Ford chez Saint Laurent, après avoir apprécié le renouveau de Céline, la griffe " hot " du moment à Milan et à Tokyo. Ce sont d'ailleurs les Japonais, toujours en quête d'originalité, qui apprécient le plus la créativité débridée abritée à Paris. Leurs bureaux, implantés dans la Ville lumière, ratissent tout au long de l'année les petits ateliers pour y débusquer des premières collections, notamment d'accessoires. Ainsi, l'importateur nippon HP France (270 points de vente au Japon) a enregistré jusqu'à 372 millions de francs de commande sur une saison. Un score étonnant pour des produits par ailleurs peu diffusés en France : bijoux de l'Atelier Geraldine Valluet et de Serge Thoraval, sacs de Cyan ou Roucou, écharpes ethnochics d'Epice, chapeaux de Christophe Coppens... Au pays du Soleil-Levant, ces collections inédites sont l'alternative à la silhouette Prada-Vuitton pour les " fashion victims " de 18-25 ans ( voir le reportage à Tokyo en page 10), une clientèle qui consomme sans vergogne, adule les créateurs français Isabel Marant ou Christophe Lemaire (120 points de vente au Japon). Et apprécie des démarches confidentielles comme celle de E2. Depuis un an, ce couple de couturiers artisans intervient sur des modèles anciens griffés, chinés çà et là : une production, par définition limitée, qu'on s'arrache déjà de l'espace Corso Como, à Milan, au grand magasin Barney's, à New York. Contrecoup des effets de la mondialisation, le nouveau marché du luxe réclame à foison des produits en rupture avec le marketing de masse... L'avenir de Paris se joue peut-être là. Pour le bonheur des " fashion addicts " internationales, qui, quel que soit leur degré de dépendance, sont toujours prêtes à planer. A condition toutefois que les produits soient de qualité !Colombe Pringle, avec Carole Sabas