Les pulls s'allongent en tuniques, les manteaux et les parkas s'offrent des amplitudes telles qu'on pourrait s'y loger à plusieurs, les pantalons se dilatent pour prendre des volumes de sarouel... La mode masculine serait-elle en train de reprendre du poids ? " L'oversize est une manière de se différencier de la silhouette slim, qui s'est largement démocratisée ", analyse Natalie Weinmann, du bureau de style Carlin International. Ainsi, après des saisons de régime Slimane, les proportions et les volumes n'en finissent pas de s'étoffer, et le corps découvre, entre la peau et le tissu, un espace de liberté. " Nous avions besoin de bousculer nos silhouettes longilignes et pseudo-british avec un côté plus confortable, presque cocooning, inspiré du sport et du hip-hop. C'est un peu comme si le prince William rencontrait le rappeur P. Diddy ", explique la créatrice de Paul & Joe, Sophie Albou. Cela donne des tee-shirts XXL à écusson " Black Panthers " portés sur des chemises et des bermudas baggy en velou...

Les pulls s'allongent en tuniques, les manteaux et les parkas s'offrent des amplitudes telles qu'on pourrait s'y loger à plusieurs, les pantalons se dilatent pour prendre des volumes de sarouel... La mode masculine serait-elle en train de reprendre du poids ? " L'oversize est une manière de se différencier de la silhouette slim, qui s'est largement démocratisée ", analyse Natalie Weinmann, du bureau de style Carlin International. Ainsi, après des saisons de régime Slimane, les proportions et les volumes n'en finissent pas de s'étoffer, et le corps découvre, entre la peau et le tissu, un espace de liberté. " Nous avions besoin de bousculer nos silhouettes longilignes et pseudo-british avec un côté plus confortable, presque cocooning, inspiré du sport et du hip-hop. C'est un peu comme si le prince William rencontrait le rappeur P. Diddy ", explique la créatrice de Paul & Joe, Sophie Albou. Cela donne des tee-shirts XXL à écusson " Black Panthers " portés sur des chemises et des bermudas baggy en velours à côtes ou des sweats à capuche et des cardigans géants... Autant de vêtements issus du sport et du workwear que les rappeurs des années 1980 avaient détournés en tenues de camouflage urbaines taille XXL. Au c£ur d'une saison qui cultive elle aussi la protection extrême, on s'emmitoufle dans des maxipulls duveteux (Prada), sous des duffel-coats ou des gilets oversized en laine (Sonia Rykiel). Mais aussi dans des doudounes ultralongues qui peuvent servir de duvet en cas d'urgence (Kris Van Assche). " Dans les collections, on a vu beaucoup de grands sacs week-end ou messenger, d'énormes cabas, comme s'il fallait pouvoir tout emporter avec soi ", poursuit Natalie Weinmann. Pour mieux parer à toute attaque terroriste ou à la crise immobilière ? Mais, attention, rien à voir avec le look informe et misérabiliste des années grunge. Au contraire. Pas paupériste pour un sou, l'oversize 2007 prône la générosité des très belles matières, avec des piqués de laine ou des cachemires double face, des flanelles ou des mélanges de crêpe et de satin. Autant de matières denses qui offrent une certaine tenue à ces ampleurs hyperboliques (quitte pour cela à glisser dans la trame de discrets fils métalliques à mémoire de forme). Même la maille, reine de la mollesse, se sculpte en costumes ou en pantalons de jogging loin du corps (Lanvin). " Aujourd'hui, on voit beaucoup de mélanges de laine, des mailles très compactes, tel le Milano, qui permettent de travailler des formes beaucoup plus construites, presque comme du chaîne et trame ", explique Pascaline Wilhelm, directrice de la mode du Salon textile Première Vision, à Paris. Car l'ampleur version 2007 ressemble parfois à une sorte de jeu de construction laissé entre les mains d'enfants-créateurs. Ou plutôt à un jeu de déconstruction, avec ses écharpes à jauges géantes, ses vestes trois fois trop grandes d'où sortent des pantalons " feu de plancher ". Point focal de cette nouvelle silhouette oversized : les épaules, qui délaissent les emmanchures étriquées et aiguës de ces dernières années et s'adoucissent en se décalant sur le bras. Comme chez Yves Saint Laurent, dont les très amples manteaux ou cabans accentuent encore leur ampleur par des jeux de manches raglan ou chauve-souris. Ou encore chez Alexander McQueen, qui pousse le plus loin cette vision de l'oversize, avec ses personnages de SF caparaçonnés dans des vestes " £uf " en Néoprène d'où dépassent deux jambes gantées de gabardine Stretch. Boîte, boule... après la femme, l'homme sera-t-il prêt à enfermer son corps dans des volumes abstraits ? En attendant, le pantalon à pinces devrait satisfaire plus facilement les envies de blousant habillé de ces messieurs. Cigarette, court et multiplis (Dries Van Noten), légèrement baggy à quatre fronces (Guillaume Lemiel), voire sarouel en toile de laine... L'esprit des princes de la pince du Barbès parisien des années 1980, qui paradaient en modèles accordéon Marithé et François Girbaud, n'est pas mort. Et s'apprête à se radicaliser l'été prochain avec les pantalons à neuf pinces de Kris Van Assche chez Dior Homme et des drapés très orientalisants. " Je n'ai pas misé sur l'oversize cet hiver, car nous sommes encore sur une silhouette très près du corps, plus appuyée, vers laquelle il a déjà été assez dur d'amener les hommes. On verra dans quelques saisons ", explique Armand Hadida, propriétaire des boutiques L'Eclaireur. Mais, chez Paul & Joe, on constate une envolée des ventes. Pour Sophie Albou, " c'est une mode beaucoup plus démocratique permettant à des clients moins minces d'entrer dans nos pantalons, qui taillaient très petit ". Et qui reste greffée sur la base du slim, dont elle est complémentaire. Car le seul tabou de l'oversize, c'est le total look. " En fait, on va combiner sur une seule silhouette un sarouel en jean avec un tee-shirt près du corps, un cardigan XXL avec un pantalon un peu leggings ", explique Natalie Weinmann. Ou bien jouer sur les détails de cols, de bords à côtes ou de poches géantes pour ceux qui ont peur de se noyer dans des mètres de tissu. Héloïse Gray