Tim Van Donaldson

Malgré son jeune âge, Tim Van Steenbergen, 28 ans, sait très bien où il va. Fasciné par la qualité du métier de la couture des années 1950, ce créateur s'attache, dans ses propres collections, à concilier l'extrême modernité des silhouettes et les techniques éprouvées d'antan. C'est cette noble philosophie qui a incité Marcy Szwarcburt, " patron " de Donaldson, à confier au jeune créateur la direction stylistique de la maison. " Pour donner à la marque une évolution dans le temps de la mode, ni trop en avance ni trop en retard ", précise l'intéressé.
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Malgré son jeune âge, Tim Van Steenbergen, 28 ans, sait très bien où il va. Fasciné par la qualité du métier de la couture des années 1950, ce créateur s'attache, dans ses propres collections, à concilier l'extrême modernité des silhouettes et les techniques éprouvées d'antan. C'est cette noble philosophie qui a incité Marcy Szwarcburt, " patron " de Donaldson, à confier au jeune créateur la direction stylistique de la maison. " Pour donner à la marque une évolution dans le temps de la mode, ni trop en avance ni trop en retard ", précise l'intéressé. Rapide flash-back. En 1984, Monsieur Marcy (comme tout le monde l'appelle) crée des pyjamas et des chemises de nuit où caracolent Mickey et Minnie, les sympathiques héros de Walt Disney. Succès immédiat. Rapidement, une collection complète voit le jour. Une mode " casual chic " pour toute la famille, qui met en avant de belles matières et exploite admirablement, en prime, le " trésor " laissé par Walt Disney. En racontant une nouvelle histoire à chaque saison, Donaldson véhicule une image familiale heureuse, en y insufflant du rêve, de la tendresse et de l'humour. Mais le danger guette : " A un certain moment, nous nous sommes retrouvés en décalage par rapport à la mode ", explique Marcy Szwarcburt. Et puis, le consommateur, de plus en plus avisé grâce à Internet et à la rapidité des informations, s'est montré de plus en plus soucieux de suivre, voire dépasser la tendance. La solution ? Préserver les valeurs de la marque tout en lui injectant des accents plus trendy. Tim Van Steenbergen paraissait la personne la mieux placée pour relever ce défi. Jeune, créatif et talentueux, maîtrisant la construction du vêtement de manière extraordinaire, il comprend bien, de surcroît, les contraintes du prêt-à-porter. Certes, le jeune créateur anversois fut " étonné ", quand Marcy Szwarcburt lui a proposé une collaboration. " Je connaissais Donaldson quand j'étais petit, au début des années 1980, car j'aimais bien les pyjamas, s'amuse Tim Van Steenbergen. Mais je me suis tourné, avec le temps, vers d'autres styles, le grunge, par exemple. Je croyais d'ailleurs que l'univers de Donaldson n'existait plus. " En parlant longuement avec Marcy et en se plongeant dans les archives de la maison, Tim redécouvre la grande richesse de la marque. Après une longue réflexion (un mois et demi), il accepte le défi. D'emblée, une grande complicité s'installe entre Marcy Szwarcburt qui continue à s'impliquer dans le travail stylistique, en déterminant, par exemple, les grands thèmes de départ et Tim chargé de construire et peaufiner l'ensemble de la collection. Celle-ci devient moins anecdotique, l'accent étant mis avant tout sur les matières, sur les coupes et sur les finitions. Le thème choisi, désormais moins visible, se devine toujours en filigrane. Ainsi, l'hiver 06/07 (deuxième collection conçue par Tim) a pour fil conducteur un mix entre les débuts de Walt Disney dans son tout premier studio (créé dans les années 1920) et le glamour hollywoodien. Au c£ur de la collection, les jupes évasées s'accompagnent d'un élégant twin-set, les vestes soulignent joliment la taille et les épaules, tandis que les blouses souples et soyeuses s'ornent de détails plissés ou de grands n£uds pour apporter une touche festive. Les pièces phares ? Des pulls amples en cachemire avec de grands cols et, surtout, ce manteau spectaculaire animé de vigoureux motifs géométriques. Changement de décor, mais pas de philosophie. En juillet 2005, Marjolein Van Den Heuvel prend les rênes de la direction artistique chez Xandres. Forte d'un diplôme de styliste décroché à l'Académie d'Anvers, cette créatrice est d'abord entrée en mode par la grande porte, celle d'Yves Saint Laurent Rive Gauche où elle a assisté Hedi Slimane pendant huit mois à la fin des années 1990. Ensuite, elle fait un crochet par l'Italie, à la maison Hlam, jeune entreprise très dynamique qui explore le style Hermès. De retour à Paris, elle se pose chez Martin Margiela où elle est bombardée responsable de la ligne " 1 ". " Martin Margiela est vraiment exigeant, affirme-t-elle. Il faut beaucoup travailler, aller toujours plus loin, se dépasser. Cela dit, on apprend tout : la construction des thèmes et des collections, l'organisation des défilés, les contacts avec des fabricants. " Au bout de deux ans et demi de cette expérience dure mais enrichissante, Marjolein Van Den Heuvel aspire à rentrer en Belgique. Elle lance alors sa propre collection qui rencontre un joli succès un peu partout dans le monde (surtout au Japon)... mais pas en Belgique ! Cinq collections plus tard, la jeune femme change son fusil d'épaule et décide de travailler pour une marque belge dont le style pourrait refléter sa philosophie, à savoir " une mode empreinte de classe et d'élégance s'adressant aux femmes actives qui portent un regard réaliste sur le monde ". Son choix se porte sur Xandres. Elle envoie une candidature spontanée qui tombe pile-poil au bon moment : la maison était justement à la recherche d'une nouvelle styliste. Le premier contact s'avère excellent. Marjolein est engagée sur-le-champ. Créée en 1968, Xandres fait partie de la société Andres qui diffuse également les marques Hampton Bays et Xandres X-Line. Dès les débuts, les collections affichent des lignes de jupes et de pantalons de très grande qualité. La marque se développe ensuite avec des collections total look, reposant sur deux axes : le prêt-à-porter chic et les tenues plus sport pour le week-end. Le stylisme de la maison a été assuré pendant dix ans par Anne Severyns puis, en 1995, par Henk Goewie, un styliste néerlandais. " Toute marque doit aujourd'hui rester en état d'alerte, explique Isabelle Santens, administrateur déléguée de la société. On ne peut pas vieillir avec ses clients. Certes, il ne faut pas les perdre, mais il faut séduire, aussi, la nouvelle génération. C'est pourquoi il est très important de définir son style et de travailler avec un très bon créateur. Le style de Marjolein est beau et colle parfaitement à la marque. Elle a 30 ans, ce qui nous permet de rester en contact avec la génération qu'on veut toucher. Enfin, nos collections sont exclusivement féminines et le fait qu'elles soient dessinées par une femme est un atout. " A long terme, Xandres proposera des collections plus jeunes et plus pointues. Cette évolution se fera pas-à-pas. Pour commencer, Marjolein doit s'imprégner de l'ambiance de la maison. Certes, la jeune femme a déjà conçu en solo la collection printemps/été 07, mais pour la collection automne/hiver 06-07, elle s'est contentée d'assister Henk Goewie, tout en imposant déjà certaines de ses idées. " Nous avons cherché l'équilibre parfait entre simplicité et féminité, conclut Marjolein. Nous avons balayé tous les détails superflus, les paillettes, les imprimés et les coloris voyants, pour atteindre l'essentiel : des vêtements luxueux, sobres, bien coupés, à porter en ville. " Autre exemple de télescopage singulier : A.F. Vandevorst débarque chez Natan Jeans. Les points forts du style du couple anversois ? Un esprit masculin-féminin, des jeux de contrastes, beaucoup de chic et de sobriété, sans oublier un certain classicisme, rehaussé et pimenté par un " twist " ou un clin d'£il insolite. Des éléments qui ne pouvaient que séduire Edouard Vermeulen, l'âme de Natan, décidé à développer sa marque Natan Jeans créée il y a trois ans à la demande pressantes de ses clientes. " Pour les satisfaire, une mini-collection a vu le jour, explique le créateur qui a remporté d'emblée un très grand succès. La demande étant forte aussi pour un total look. Ne me sentant pas spécialisé, j'ai donc décidé de faire appel à de jeunes créateurs, de préférence diplômés d'Anvers, connus et reconnus en Belgique et à l'étranger. L'objectif consistait à créer une collection "femme Natan vue par..." Finalement, mon choix s'est porté sur A.F. Vandevorst car j'apprécie la structure de leurs silhouettes, ainsi que leur philosophie du détail. " La première collection du tandem anversois réunit des trenchs, des chemisiers, des robes et des pantalons. Bref une garde-robe à part entière qui propose des vêtements taillés dans de beaux matériaux, interchangeables, parfaitement coordonnés entre eux et combinés autour d'un jeans. Le tout s'harmonise admirablement au style de la femme Natan qui porte avec élégance ses 30, 40, 50, voire 60 ans. " Edition 5 " (5 pour cinquième collection) de Natan Jeans est un rien androgyne, impeccablement structurée et construite. Plusieurs tenues s'inspirent de la garde-robe masculine, joliment féminisées par de nouveaux volumes. La palette chromatique décline des non-couleurs fidèles à l'esprit maison, des grisés aux feuilles de sauge avec quelques nuances minérales très subtiles. La réaction de la clientèle ? Il est trop tôt pour en parler, la collection vient d'être livrée. En revanche, les acheteurs se sont montrés très enthousiastes. " Edition 5 " a été acquise par 80 boutiques multimarques. Auparavant, Natan Jeans n'était distribué que dans 45 points de vente. Le vent de créativité continue de souffler ailleurs. Ainsi, Walter Van Beirendonck s'attaque non seulement à l'enfant pour la marque JBC, mais il vient également d'être nommé à la direction artistique de Scapa Sports où il planche déjà sur la collection automne/hiver 07-08 en y " fournissant un fil conducteur et des touches personnelles ". De même, pour le printemps 2006, le jeune Xavier Delcour a relooké, dans un esprit très rock'n'roll, deux richelieus de J.M. Weston, marque très haut de gamme de souliers pour homme. Superbes, les modèles se distinguent par leur trépointe élargie. Le premier s'habille d'une peausserie " argent vif " qui révèle davantage les détails de la piqûre. Le second s'accessoirise de deux bouts en acier qui lui ajoutent une touche seventies pleine de charme. Enfin, la maison Delvaux a récemment sollicité le concours du créateur Bruno Pieters pour dessiner une collection de maroquinerie pour homme. Prévue pour Noël, la ligne garde encore, pour l'instant, ses secrets. Mais une chose est sûre : dans les couloirs de la prestigieuse maison, il se murmure déjà qu'elle sera " magnifique " ! Barbara Witkowska l