Le premier souvenir de Lîdje qui émerge de sa mémoire d'enfant est fait d'ampoules fluorescentes, de baraques à croustillons brûlants, de moustachus qui trafiquent la " reverb' " de leur micro pour vanter d'improbables lots - un Bugs Bunny XXL, un fusil à eau double pompe, un costume d'Indien : " La nuit était déjà tombée, on passait dans la tremie ( sic) sous le pont Albert, et les lumières de la foire apparaissaient. " Il dit ça avec les yeux d'un p'tit poyon à qui on aurait donné un Pass full access sur les attractions. Jean-Paul Lespagnard, bruxellois d'adoption, habitué de la tril...

Le premier souvenir de Lîdje qui émerge de sa mémoire d'enfant est fait d'ampoules fluorescentes, de baraques à croustillons brûlants, de moustachus qui trafiquent la " reverb' " de leur micro pour vanter d'improbables lots - un Bugs Bunny XXL, un fusil à eau double pompe, un costume d'Indien : " La nuit était déjà tombée, on passait dans la tremie ( sic) sous le pont Albert, et les lumières de la foire apparaissaient. " Il dit ça avec les yeux d'un p'tit poyon à qui on aurait donné un Pass full access sur les attractions. Jean-Paul Lespagnard, bruxellois d'adoption, habitué de la trilogie branchouille Paris-New York-Berlin, garde envers et contre tout une affection toute particulière pour la Cité ardente. Il en a conservé une pointe d'accent, la gouaille, le contact facile. Il insiste : " C'est beau de grandir ici, tu gardes une fraîcheur, c'est une qualité. Je sais d'où je viens et qu'on est toujours le binâmé d'un autre. " Les couches-culottes et les premiers mots c'est à Harzé que ça se passe, un petit village dans les environs d'Aywaille. La famille est simple, père camionneur, mère au foyer. Il prend le bus tous les matins pour suivre ses études secondaires à Saint-Luc Liège, section arts plastiques, y apprend à dessiner. A assumer son look aussi, foutraque et délire. " Saint-Luc est connu dans toute la ville pour sa tolérance au niveau vestimentaire. J'étais plus qu'excentrique. " Il rit : " J'avais des semelles compensées de 20 centimètres, les cheveux colorés et je transportais toujours un tas de jouets dans mon sac. " Important, le look, vecteur de son imaginaire dès le plus jeune âge : " A 5 ans, j'ai demandé une machine à coudre à la Saint-Nicolas, je bricolais dans le garage de mon père pour faire des corsets avec des chambres à air. " La mode dans les veines. Il choisit d'en faire son moyen d'expression principal. Les études ? Ni La Cambre, ni Anvers mais Château Massart à Liège - quoi d'autre ? - en cours du soir. Un travail de fin d'études déjanté sur " le hooliganisme et le fanatisme religieux inspiré du costume chrétien en Allemagne (sic) ", une demi-douzaine de shootings de mode pour Le Vif Weekend plus son univers gentiment barré et sans inhibition séduisent, en 2008, le public et le jury du prestigieux Festival international de mode et de photographie à Hyères. La chanteuse Yelle, aussi, pour qui il assure le stylisme d'un clip. Ainsi que la marque française 1.2.3., qui, à l'issue de la compétition hyéroise lui décerne un prix de 15 000 euros pour lancer une minicollection. Aujourd'hui, Jean-Paul Lespagnard est en pourparlers avec des financiers japonais pour lancer sa marque. On lui souhaite sincèrement bonne chance. Et avant qu'il ne faille passer par son assistante pour prendre rendez-vous, on en profite pour passer une journée à la cool avec lui. Butin : dix bons plans pour ressentir son Liège avec en sous-titre la première image de la ville qui lui vient quand il ferme les yeux : " une joie de vivre dans la grisailleà et des boulets sauce lapin ". Par Baudouin Galler