Carnet d'adresses en page 131.
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Carnet d'adresses en page 131.La place Sainte-Catherine, au centre de Bruxelles recèle de véritables merveilles : de vastes espaces insoupçonnables, empreints d'une âme et d'un cachet incomparables. On franchit une grille, on traverse une cour et on monte au troisième étage d'une bâtisse qu'on devine gigantesque. Autrefois, elle servait d'entrepôt. Abandonnée, elle a été rachetée par un promoteur qui a profité des tendances dans l'air du temps pour la transformer en 12 lofts (4 par étages). Selon les règles en vigueur, il a été tenu d'aménager les communs, les voies d'accès, les couloirs et les ascenseurs, de définir les limites de tous les lofts ainsi que de prévoir les arrivées d'eau, de gaz et d'électricité pour chacun d'eux. Ensuite, ils ont été vendus, un par un, dans un état brut. Lorsque l'architecte Alain Borgers s'est emparé du chantier, il s'est retrouvé face à un espace vide de 320 m2, ayant pour seul " décor " une dalle de béton au sol et un plafond, nervuré, de béton. Les propriétaires se sont laissé séduire par le concept du loft, sans vouloir sacrifier pour autant au confort et à l'intimité. La chambre et la salle de bains occupent des lieux isolés et fermés. La cuisine, séparée par une cloison, ne fait pas partie de l'espace. A la demande des propriétaires, le sol a été entièrement recouvert d'un parquet en wengé très foncé, huilé puis ciré. Le parti pris est audacieux, car le wengé est fragile, se griffe facilement et demande beaucoup d'entretien. " Le bois clair banalise beaucoup, souligne le maître des lieux. Le wengé, en revanche, habille, donne de la chaleur, a une belle présence et forme un beau contraste avec les murs blancs. " A côté de la porte d'entrée, l'architecte a imaginé un hall d'entrée, réunissant les vestiaires et les W.-C. Organisé comme une chi-cane, il empêche de pénétrer trop brutalement dans l'intimité de l'espace vie. On commence la visite par la cuisine, installée dans une pièce isolée. On y accède par une porte vitrée, en réalité un châssis métallique avec une division horizontale, typique de l'architecture industrielle à Bruxelles dans les années 1930. La cui-sine prête-à-monter vient de chez Artlinea. Une heureuse coïncidence : les portes sont en chêne teinté wengé, en parfaite harmonie avec le sol. Le mur en briques rouge foncé, le seul vestige de l'allure originelle du bâtiment, a été conservé avec l'accord des propriétaires. Le frigo et la hotte semi-industrielle, en Inox, apportent d'agréables taches de clarté. Dans la salle à manger, la table en aluminium brossé, accompagnée de chaises assorties, £uvres de Maarten Van Severen, se marie parfaitement avec un aménagement sobre, néanmoins très éclectique du vaste séjour : mobilier des années 1930, tapisserie du xviiie siècle et canapés contemporains. L'ensemble est agréablement éclairé par deux systèmes de câbles, tendus sous les poutres structurelles et par des appliques encastrées qui dispensent un éclairage halogène. Le chauffage est au gaz. Très discrets, les radiateurs minimalistes courent le long des plinthes. Dans la chambre règne une ambiance masculine, rigoureuse, très élégante. La logique du wengé se poursuit : dans les tables de nuit, dans les stores en bois, teinté wengé. On remarque la sobriété sophistiquée des placards. Dessinés sur mesure par Alain Borgers, ils sont équipés de portes en verre laqué. La technique consiste à appliquer, à l'arrière une couche de couleur pâle, suivie d'une couche opacifiante. Résultat, on ne voit pas à travers et on apprécie la beauté de la matière et sa profondeur. Pour faire paraître la salle de bains plus grande, l'architecte a fait percer une ouverture dans le toit. La lumière naturelle dilate l'espace d'office. Puis il a fait entièrement tapisser de miroirs le mur longeant la baignoire. Les vasques en porcelaine des lavabos s'accordent parfaitement avec la noblesse du marbre de Carrare et la couleur quasi noire du wengé. Une fois de plus, les portes des placards ont une finition sophistiquée. Ici, elles sont en verre feuilleté. La couleur est aussi douce et laiteuse que dans la chambre, mais le verre se distingue par une légère transparence. On termine par la grande originalité de ce loft : une immense terrasse, offrant une vue unique sur la capitale. Près de l'entrée, il y avait une petite trappe, menant vers la toiture plate. Alain Borgers a proposé de casser le plafond pour agrandir la trappe et percer une verrière rectangulaire pour amplifier l'apport de lumière. Aujourd'hui, on accède au toit par un escalier métallique industriel, dont les marches sont agrémentées de motifs " pointes de diamants ". Lorsque les rayons du soleil passent à travers, les murs s'animent de superbes dessins. Cette solution originale a donné envie de rendre le toit " habitable ". On y découvre donc une toute nouvelle construction, une " boîte " simple et généreusement vitrée qui fait fonction, suivant les saisons, de salon d'été ou de jardin d'hiver. Mais surtout, on profite pleinement de cette terrasse exceptionnelle de 140 m2. On voit le Palais de Justice, l'église Sainte-Catherine, les toits de Bruxelles qui changent de couleur avec le ciel. Tous les abords ont été meublés avec des massifs d'arbustes, pour que cette oasis de beauté puisse jouir d'une tranquillité parfaite. Barbara Witkowska