1. Je déclare officiellement ouverte la Fashion Week

En guise de " Je déclare officiellement ouverte la Fashion Week ", un micro-show chapeauté. Pour ouvrir le bal, il faut toujours porter le bon bibi. En aucun cas, en l'occurrence, il ne peut faire référence au Derby d'Epsom, encore moins à Queen Mum. En un défilé-installation théière Wedgwood et sièges en fer forgé, une poignée de modistes terriblement anglais montrent ce qu'ils ont dans le ventre. En guise de curateur Stephen Jones, le père spirituel de cette nouvelle vague. Repéré, une coiffe de papiers à cupcake avec lumières intégrées de Little Shilpa. Nous sommes bien en Angleterre.
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En guise de " Je déclare officiellement ouverte la Fashion Week ", un micro-show chapeauté. Pour ouvrir le bal, il faut toujours porter le bon bibi. En aucun cas, en l'occurrence, il ne peut faire référence au Derby d'Epsom, encore moins à Queen Mum. En un défilé-installation théière Wedgwood et sièges en fer forgé, une poignée de modistes terriblement anglais montrent ce qu'ils ont dans le ventre. En guise de curateur Stephen Jones, le père spirituel de cette nouvelle vague. Repéré, une coiffe de papiers à cupcake avec lumières intégrées de Little Shilpa. Nous sommes bien en Angleterre. Matthew Williamson quitte New York pour Londres. Un vaste espace tout de blanc tendu, piliers, chaises, estrades, pour mieux éblouir en un défilé d'imprimés too much, de gros colliers brillants, de chemisiers irisés et transparents, de maillots noirs à miroirs appliqués, de fluo et de robes red carpet qui font semblant de n'avoir pas froid aux yeux. Le bling-bling n'est donc pas mort ? C'est le gimmick de Marios Schwab. Pas totalement convaincant, à en croire ses silhouettes très prise de tête. Entre Londres et New York, où il opère pour la mythique maison Halston, le chemin est parfois tortueux.être compressée dans la foule qui, depuis quarante minutes, fait le pied de grue à l'entrée d'un défilé dans la cour de Somerset House, à deux pas de la Tamise et du Waterloo Bridge. Sentir l'ambiance virer électrique. Entendre alors le gorille de service, 2,50 m de carrure, dire : " J' veux ma maman. "La mariée était en culotte et dentelle mauve. Dree Hemingway, arrière-petite-fille d'Ernest, clôt le show chez House of Holland. Punk's not dead. Ne pas retenir l'ensemble de cocktail rouge à manches froufroutantes de Amy Molyneaux et Percy Parker qui forment le tandem PPQ depuis 1992. Rendre cependant grâce à ce chic pétillant, cette énergie créative, cette légèreté narquoise très dancefloor portés par des filles blacks et sculpturales. tâterait-il de la cigarette qui fait rire ? Une Mona Lisa, un smiley, une statue de la liberté, des fleurs hawaïennes, des palmiers, des cartes de l'Italie, un logo Nike et un message transcendantal " Life is a beach ", tout ça sur des robes tee-shirt, totalement brodées de paillettes et de sequins, c'est léger, mais un peu court. Antonio Berardi est sicilien, défilait jusqu'ici à Paris et s'offre en guise de décor la St Mark's Church, son pavement de carreaux noir et blanc, son vitrail orangé, ses bancs de bois, ses fonts baptismaux en marbre. Le silence s'installe, religieusement, son printemps-été 2010 fait vibrer le ch£ur.Des tresses, des rires, des sequins, des jodhpurs, un casting de mannequins si gracieuses, blacks et asiatiques. Nathan Jenden vote pour l'ailleurs. Vive Bollywood. Ten, comme dixième saison. Le Français Charles Anastase verse dans " l'interprétation austère de sa vision nostalgique ". Au Finsbury Town Hall, dans un décor de stucs et de cariatides, il réinvente le trench sévère, la robe romantique, la salopette de pêcheur, le col Claudine, le jupon de tulle, le chignon improbable. C'est naïf, spontané et abstrait, volontairement. Petits frissons. Julien MacDonald envahit effrontément les Royal Horticultural Halls où il fait poser des brins d'herbe vert tendre, du gravier blanc, des cyprès toscans, des vasques en terracotta, une fontaine et des statues de jeunes gens avec feuille de vigne. Dans ce jardin méditerranéen, ses mannequins prouvent que l'on peut être " sexy, powerful and liberating ". Natalia Vodianova, en first row, ne dit pas le contraire. à l'entrée, un petit mot étrange : " Attention, ce show contient des lumières stroboscopiques. " A l'intérieur, une bande-son en forme de déluge, de pluie tropicale, d'ouragan. Sur le catwalk, Naomi Campbell, impériale et matrone, qui fait encore des vagues quand elle passe. Au débotté, Paul Smith, entre quatre-z-yeux. Qui parle de la bouteille d'Evian qu'il vient de customiser avec ses " stripes ", de sa collection, qui met en scène des inspirations africaines, des sensations de chic au milieu de nulle part. Apothéose le soir à l'hôtel Claridge, dans les salons aux lustres de Murano où les mannequins aux lèvres orange, parfois bleu azur, font vivre avec pep une collection bien sapée, et jamais littérale.Anna Wintour a fait le déplacement pour " l'un des dix nouveaux talents les plus prometteurs " (selon Style.com). Le talent en question, c'est celui de Peter Pilotto, un label qui porte le nom d'un jeune Autrichien trentenaire formé à l'Académie royale des Beaux-Arts d'Anvers. Lequel travaille depuis deux ans avec Christopher De Vos issu lui aussi de l'Académie. Avec intelligence, ils puisent dans leur imaginaire pour inventer une nouvelle écriture.Ou le retour de Christopher Bailey. L'homme cumule les titres : directeur de la création chez Burberry depuis 2001, membre de l'Ordre de l'Empire britannique et designer de l'année. Ce presque quadragénaire, insuffle une touche rock 'n' roll au tartan plus tarte désormais. Dans la mode, tout n'est pas affaire de décor, mais ça aide. La preuve chez Mulberry. Les salons du Claridge's Hotel, écrin " 5 stars ", façon foire - un peu partout des ballons pastel, des chevaux de bois, une pomme d'amour sur chaque chaise. Tout ça, ravissant, pour une collection dragée. Avec petit chien en manteau de pluie assorti à celui de sa maîtresse. Wif wif. Elle adore les imprimés, Mary Katrantzou - et ce n'est pas un trompe-l'£il. Venue de la Rhode Island School of Design, passée par le Central Saint Martins College, elle affiche en grand ses convictions : des bijoux et des flacons de parfum, puis leurs distorsions en surimpression. Ses robes portent de drôles de nom - Sea Tiger, Barracuda, Yellow Inferno. En vente chez Colette, outre-Manche, petit buzz. Jeremy Scott décalcomanie la famille " Pierrafeu / The Flinstones " dans des fluo orange, vert, jaune ou rose. Avec os dans les cheveux ou en guise de fibule, chignon Cro-Magnon et Bikini troglodytique. No comment.1984. Le British Fashion Council lance sa London Fashion Week. Vivienne Westwood est de la partie, John Galliano aussi. Depuis, la scène londonienne a servi d'incubateur à Alexander McQueen, Stella McCartney, Hussein Chalayan, Gareth Pugh, Matthew Williamson. Ne pas oublier, dans la liste, Kate Moss, caution rock de tout créateur débutant. Osman Yousefzada laisse tomber son nom et présente sa collection numéro " 8 " appelée " The white collection ". Tout est pur, virginal, avec un peu d'or, en accent. Pour saluer, Osman ose le total look Omo. Cohérent. La délicatesse d'Erdem Moralioglu. Ex-Diane von Furstenberg, à son compte depuis 2005 et très à l'aise dans un travail couture aussi raffiné qu'un jardin anglais. Les joyaux de la Couronne. Dame Vivienne Westwood fait partie des trésors nationaux, des brontosaures, des punks toujours vivants. De retour à Londres, depuis 2008, avec sa seconde ligne Red Label, elle répète qu'elle aime son côté bricolage/do-it-yourself. A l'image de sa collection - une version remixée de ses vieux trucs qui ont toujours autant de gueule.Il est loin le temps où l'on osait penser tout haut que le défilé Unique par Topshop n'avait pas sa place dans la Fashion Week. C'était il y a quatre ans. Depuis, les leggings, les vestes en jeans et le Lurex rendent toujours hystériques une foule de filles qui un jour, dans longtemps, auront 18 ans.Et une longueur d'avance, avec scandale poids plume. Le Canadien Mark Fast fait défiler trois mannequins " hors normes " de l'agence 12 + UK, voit un membre de son équipe démissionner sur le champ mais prouve définitivement que ses mailles arachnéennes sont juste parfaites.à peine 27 ans et déjà tant d'honneur. Christopher Kane a cela dans le sang : il est le chouchou de tous - des gamines Topshopées qui portent son tee-shirt crocodile ou gorille sans rien en dessous, de Donatella Versace qui l'a pris dans son écurie pour quelques accessoires bien sentis et du Tout-Londres pour sa collection inspirée par Nancy Reagan, la femme du président, et Lolita, le film. Depuis ses robes en vichy ou dentelles et leur longueur genoux, tout le reste paraît étrangement démodé. par Anne-Françoise Moyson