Dans la géopolitique européenne du style et des tendances, Londres demeure en tête des villes les plus attractives. Cette course effrénée ne doit rien au hasard : Londres absorbe tous les flux créatifs internationaux pour mieux les remodeler à sa façon. Le dernier exemple en date est la volonté du maire, Ken Livingstone, de construire la première ville entièrement écologique. Londres aura donc sa cité " zéro carbone " dès 2010. Ce quartier écologique fera collaborer Greenpeace, les meilleurs cabinets d'architecture et la London Development Agency. La ville a déjà expérimenté un projet de cité écologique nommé BedZed dans le Sud, sur un espace modeste de 1,4 hectare.
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Dans la géopolitique européenne du style et des tendances, Londres demeure en tête des villes les plus attractives. Cette course effrénée ne doit rien au hasard : Londres absorbe tous les flux créatifs internationaux pour mieux les remodeler à sa façon. Le dernier exemple en date est la volonté du maire, Ken Livingstone, de construire la première ville entièrement écologique. Londres aura donc sa cité " zéro carbone " dès 2010. Ce quartier écologique fera collaborer Greenpeace, les meilleurs cabinets d'architecture et la London Development Agency. La ville a déjà expérimenté un projet de cité écologique nommé BedZed dans le Sud, sur un espace modeste de 1,4 hectare. En ce moment, tout le monde tourne la tête vers l'est. Entre Canary Wharf, le quartier branché de l'East End, et les projets olympiques, le centre de gravité se déplace. " A la différence de Paris ou de New York, Londres n'a pas de style spécifique ", commente Anthony Phai, un des nombreux étudiants en design venus tenter leur chance au Royaume-Uni. " Cette caractéristique est la porte ouverte à toutes les expérimentations, toutes les audaces. Londres est la ville la plus excentrique que je connaisse ! Elle est ouverte à toutes les tendances, n'a pas peur du ridicule et reste très agréable à vivre. " Les réalisations les plus récentes confirment cette fuite en avant vers une urbanité protéiforme et sans complexe : le London Eye, avec ses capsules futuristes, nargue le vénérable Big Ben et le Parlement. L'imposante Tate Modern domine le quartier du sud de la Tamise et semble faire de l'ombre aux réalisations architecturales proches (à voir tout de même car elles sont remarquables !). On pense également au lifting que s'est offert le British Museum : une réussite exemplaire signée du visionnaire Norman Foster qui a su jouer d'une architecture pesante pour recréer un joyau sous la verrière la plus élégante et futuriste du monde. Dans ce panorama urbain aux multiples facettes, il ne faudrait pas oublier l'ensemble de Barbican et ses tours modernistes un peu effrayantes dont on fête cette année les vingt-cinq ans. La curiosité demeure également intacte pour l'immeuble de la Lloyd's conçu par Richard Rogers (à qui l'on doit - en collaboration avec Renzo Piano - le Centre Pompidou, à Paris). Des dizaines d'amateurs photographient chaque jour cet immeuble extravagant dont la façade jure avec les buildings plutôt sages du voisinage. Ici, l'urbanisme visionnaire se double d'un appétit permanent pour l'art contemporain et, plus récemment, le design. " Je constate un engouement pour tout ce qui est nouveau, inédit. Du coup, j'adore faire connaître des designers inconnus ", explique Rabih Hage, propriétaire de deux superbes galeries dédiées au design. " J'ai par exemple fait découvrir le travail de Piet Hein Eek aux Londoniens. " Rabih Hage vient d'ouvrir un nouvel espace près de King's Cross. Ce quartier, autrefois mal famé, est en plein boom. Les hôtels de mauvaise réputation laissent place à des galeries et des cabinets d'architecte. La gare est en train de se transformer en immeuble d'habitation : de superbes lofts vont se substituer aux poussiéreux locaux des entreprises de chemin de fer. Le New-Yorkais Gagosian a été l'un des premiers à oser s'installer dans ce quartier. Sa galerie est sans doute le plus bel espace privé dédié à l'art contemporain à Londres, même si l'accueil peut être glacial ! Ici, l'art contemporain bat sans cesse des records. On se souvient de l'arrivée fracassante de Damian Hirst, des frères Chapman ou de Tracey Emin. Ces artistes, dont la cote flambe plus vite que les valeurs de la Bourse londonienne, ont été soutenus par Charles Saatchi, publicitaire milliardaire. La galerie qui porte son nom s'offre un nouvel espace au sud de Londres, près de Waterloo Station. Car l'amour des Londoniens pour toutes les formes d'art demeure intact. La rétrospective de Gilbert & George à la Tate Modern ce printemps dernier a battu tous les records de fréquentation. " L'art contemporain, le design ou l'architecture sont de véritables modes de vie pour les jeunes Londoniens ", explique Lawrence Loy, collectionneur d'art et arpenteur infatigable du Londres arty. " Les jeunes milliardaires de la City se doivent d'avoir une collection d'art contemporain... pour le grand bonheur des galeries et des jeunes artistes ! " Certains d'entre eux occupent d'ailleurs la Une des tabloïds, la remise du prix Turner du meilleur artiste contemporain fait les gros titres du Times et du Guardian.Londres rivalise aussi avec Paris sur le terrain de la mode. Certains grands noms de la haute couture parisienne en viennent aujourd'hui, comme Alexander McQueen ou l'inénarrable John Galliano aux commandes de Dior depuis 1996. Plus récemment Stella McCartney s'est imposée comme une des signatures qui comptent dans la mode internationale. Londres a pour elle d'avoir toujours été une grande source d'inspiration pour la couture. Punks, dandys, hippies forment le mélange le plus attirant d'Europe et ce qui était vrai dans les années du Swinging London l'est toujours. " Regarder en arrière est le seul moyen de créer le futur ", aime à répéter Vivienne Westwood. La pasionaria du style british a su réutiliser les codes visuels et graphiques des punks pour créer le style le plus reconnaissable des podiums anglais. C'est à l'Est que ça se passe ! Le style britannique est inimitable : des pointes d'excentricité, de créativité ou de couleurs se décèlent toujours même chez le plus sérieux banquier de la City. Paul Smith, le pape de la mode masculine, aime à rappeler que " le costume strict a disparu à tout jamais ". Le poste d'observation le plus sûr est devenu Shoreditch. Quartier d'immigration en pleine évolution, il abrite une multitude de cafés et de restaurants à la mode. Notting Hill n'a pas pu garder cet esprit branché car les loyers y sont devenus trop élevés et la nouvelle génération créative a préféré investir un autre district. Toutefois, Notting Hill reste une valeur sûre. Outre les grandes griffes de la mode, il est plaisant de se frayer un chemin au milieu des échoppes, des maisons multicolores et des Bentley avec chauffeur ! C'est cependant bien à l'Est que tout se passe. Les réalisateurs de films n'arrêtent pas d'utiliser ses décors naturels. Tout près de Spitalfields, le nouveau marché aux Puces branché se sont tournés de nombreux films du nouveau cinéma britannique mais aussi The Crying Game il y a quinze ans. Son acteur principal, Stephen Rea, a d'ailleurs ouvert un salon de coiffure très hype dans le quartier. From Hell avec Johnny Depp, qui revisite l'histoire de Jack l'Eventreur, a aussi été filmé dans ce quartier, à deux pas de Fournier Street, la rue la plus arty du monde ! D'aspect délabré, l'artère abrite entre autres les studios de Gilbert & George et de Tracey Emin. Plus loin, à Brick Lane, la hype s'est pris d'affection pour ce quartier indien où l'on trouve les derniers hits de Bollywood et (évidemment !) le meilleur curry. L'histoire de Londres s'écrit donc sous nos yeux et c'est un spectacle fascinant car la ville a largement les moyens de ses nouvelles ambitions. Il faut savoir se perdre, explorer les nouveaux quartiers et quitter le flot des touristes qui se massent devant Piccadilly Circus. Car la cité se déplie comme un puzzle géant qui se réinvente sans cesse pour notre plus grand plaisir. Reportage Jean-Michel de Alberti Photos : Ludovic Maisant pour Weekend