Des années après l'extinction des feux cathodiques, son air bonhomme et ses sourcils broussailleux demeurent reconnaissables entre mille. A 81 ans, Bernard Pivot continue d'être interpellé dans la rue. Personne n'a oublié le présentateur d'Apostrophes, l'émission littéraire qui fit les beaux jours de la télé, sur Antenne 2, dans les années 70 et 80. " C'est comme si les gens avaient une dette envers moi, mais non ! Ce programme était fait pour inciter le public à la lecture sinon il n'aurait servi à rien ", affirme le journaliste qui a interviewé Alexandre Soljenitsyne, Georges Simenon, Romain Gary et tant d'autres. Une époque où l'on portait haut l'idée du costume cravate et du service public. La nostalgie n'est pourtant pas à l'ordre du jour. " Aujourd'hui " est ...

Des années après l'extinction des feux cathodiques, son air bonhomme et ses sourcils broussailleux demeurent reconnaissables entre mille. A 81 ans, Bernard Pivot continue d'être interpellé dans la rue. Personne n'a oublié le présentateur d'Apostrophes, l'émission littéraire qui fit les beaux jours de la télé, sur Antenne 2, dans les années 70 et 80. " C'est comme si les gens avaient une dette envers moi, mais non ! Ce programme était fait pour inciter le public à la lecture sinon il n'aurait servi à rien ", affirme le journaliste qui a interviewé Alexandre Soljenitsyne, Georges Simenon, Romain Gary et tant d'autres. Une époque où l'on portait haut l'idée du costume cravate et du service public. La nostalgie n'est pourtant pas à l'ordre du jour. " Aujourd'hui " est le substantif préféré du Roi Lire, comme le surnomme la presse hexagonale. En ce moment, il est en tournée pour Au secours ! Les mots m'ont mangé, un one-man-show qu'il a écrit et qu'il jouera en décembre prochain à Bruxelles. Une malicieuse déclaration d'amour à la langue française. " Entendre les rires dans la salle me comble de bonheur. Mais je ne pourrais pas jouer le texte de quelqu'un d'autre. Je ne suis pas comédien et j'ai une trop mauvaise mémoire ", dit-il. Dans son bel appartement, à Paris, près de la rue de Wagram, les livres, bien sûr, sont partout. Il y a aussi un grand écran plat : " Je regarde beaucoup de foot, le journal de 20 heures et des magazines d'information, mais jamais de films. " Et Cyril Hanouna, le trublion contesté du PAF ? " Je le trouve très habile mais ce n'est pas ma génération ", botte en touche le doyen. Le présent l'occupe à plein temps. Sa table déborde de romans qu'il doit finir pour les besoins de l'Académie Goncourt, le cénacle littéraire dont il assure la présidence depuis deux ans. Il prend quand même la peine de tweeter quotidiennement. Il a été initié au micro-blogage par un de ses gendres. Avec 400 000 followers, l'homme est une vedette des réseaux sociaux. Il y tient une sorte de journal où abondent les aphorismes. " C'est un bon exercice d'hygiène mentale et de style car il faut résumer un sentiment en 140 signes, ce qui n'est pas facile. C'est mieux que les mots croisés. " On lui fait remarquer que le ton est souvent ironique mais jamais méprisant ni hautain, bref très peu parisien. " Je regarde s'agiter le monde avec étonnement et ironie mais avec une certaine indulgence. En ce sens-là, je suis resté très provincial ", rétorque-t-il. Né à Lyon de parents épiciers, il monte à la capitale à 20 ans pour entamer des études de journalisme qu'il réussit brillamment. Il débute par la presse écrite (Le Figaro littéraire, Le Figaro, Le Point), fonde le magazine Lire, en 1975, deux ans après avoir fait sa première incursion à la télé avec Ouvrez les guillemets. Baptême réussi malgré les bémols de la direction de la chaîne qui lui fait remarquer qu'il est habillé comme un garçon de café. Le succès d'Apostrophes le rend bankable à une époque où le mot n'existe pas encore. Il est courtisé par tous. Même par Marguerite Duras qui le réveille en pleine nuit pour lui réciter les pages de ses manuscrits. On lui propose de présenter le JT de 20 heures. Il refuse - " Je préférais continuer à interviewer des écrivains qui sont les gens les plus intelligents du monde. " En 2014, il entre dans le Larousse et donne son nom à une école, dans le Beaujolais, sa région d'origine où il détient une propriété. On l'imagine bien en retraité espiègle au milieu de ses vignes. Pas lui. " Vieillir c'est chiant. Je n'ai jamais été autant débordé. Qu'est-ce que j'irais foutre à la campagne ? " Provincial, mais pas trop. Au secours ! Les mots m'ont mangé, à Wolubilis, à 1200 Bruxelles. www.wolubilis.be Les 10 et 11 décembre prochain. PAR ANTOINE MORENO" JE REGARDE S'AGITER LE MONDE AVEC ÉTONNEMENT ET IRONIE MAIS AVEC UNE CERTAINE INDULGENCE. "