Le musée est encore fermé lorsque le fringant Ivan Mahy, 75 ans au compteur, nous ouvre les portes. Ses premiers mots : " On commence par où ? C'est une très longue histoire... " Quelques secondes plus tard, le moteur est chaud et les anecdotes se mettent à tourner à plein régime, tout au long d'une balade entre des cabriolets, des limousines, des carrosses, des camionnettes ou des motos qui s'affichent comme les précieux témoins de plus d'un siècle d'odyssée automobile.
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Le musée est encore fermé lorsque le fringant Ivan Mahy, 75 ans au compteur, nous ouvre les portes. Ses premiers mots : " On commence par où ? C'est une très longue histoire... " Quelques secondes plus tard, le moteur est chaud et les anecdotes se mettent à tourner à plein régime, tout au long d'une balade entre des cabriolets, des limousines, des carrosses, des camionnettes ou des motos qui s'affichent comme les précieux témoins de plus d'un siècle d'odyssée automobile. L'homme nous parle d'abord de son père, Ghislain Mahy, un Gantois passionné de mécanique qui a construit sa propre voiture à l'âge de 17 ans, avant d'ouvrir la première agence de location de véhicules sans chauffeur du royaume, en 1938. Il nous explique comment ce patriarche, sans le savoir, a ensuite posé la première pierre du musée Mahy en acquérant une Ford T pour la modeste somme de 150 francs belges. Petit à petit, la collection s'est agrandie au point de devenir l'une des plus belles et des plus enviées du pays, s'installant successivement dans l'immense Cirque d'hiver de Gand, un ancien bowling de 2 000 m2 (toujours à Gand), un bâtiment de Houthalen (dans le Limbourg), puis à l'Autoworld bruxellois... " Il faut comprendre que mon père n'a pas fait tout cela pour devenir riche. Tout est parti d'une passion. Puis, au début de la Guerre de Corée, lorsqu'il a vu que le prix des métaux augmentait et que de nombreux véhicules étaient envoyés chez les démolisseurs, il a voulu en sauver un maximum. Il se rendait chez les paysans ou dans les villages afin de les récupérer, souvent à des prix dérisoires. C'est pareil pour moi aujourd'hui : cette collection ne me permet pas de vivre. Nous sommes même déficitaires à cause du coût des installations et de l'entretien des bâtiments. Mon vrai métier, c'est concessionnaire automobile. Ici, je viens pour transmettre mes histoires aux visiteurs, mais je ne suis entouré que de bénévoles... " C'est donc à Leuze-en-Hainaut, dans une ancienne entreprise de textile, que resplendissent désormais les quelque 1 000 merveilles d'Ivan Mahy. Près de 300 pièces sont exposées (les autres se trouvent dans des hangars, en attendant un futur agrandissement des lieux). La salle principale est impressionnante : les voitures y sont classées par nationalité, formant un carré de promenade à ausculter les yeux grands ouverts. Les connaisseurs s'arrêteront devant des bijoux signés Cadillac, Delahaye, Maserati, Chrysler, Mercedes et... on en passe beaucoup. Les simples curieux, eux, apprécieront inévitablement les histoires liées à chaque engin : on croise notamment la première Aston Martin du Roi Baudouin, la gagnante russe d'un concours de beauté au rallye de Monte-Carlo, des ancêtres de camions-poubelles et d'ambulances, ou des modèles qui ont servi à des tournages de films (Darling Lili, Le jour le plus long, etc.). On passe ensuite à travers une salle qui, somptueux modèles à l'appui, revient sur l'évolution des carrosseries, des châssis ou des moteurs de 1895 à nos jours. On admire des motos étonnantes, des vitrines de voitures miniatures, une salle didactique qui décortique l'ossature de nos engins et même un mini-circuit destiné aux bambins. Notre interlocuteur insiste : " L'idée est de raconter une histoire qui plaît à tout le monde. Notre fierté, c'est que la plupart des choses que vous voyez se trouvent dans leur état d'origine : au moins 50 % d'entre elles n'ont jamais été restaurées et, pourtant, elles viennent du monde entier... " A la sortie, en s'asseyant dans sa voiture qui ne paie pas de mine, peinture métallisée, cinq vitesses, autoradio et vitres électriques, la sensation est curieuse, voire tristounette. " Mais rendez-vous dans cent ans, qui sait ", se rassure-t-on tandis que défilent les souvenirs somptueusement démodés de nos grands-parents... Mahymobiles - Le musée de l'auto, 3, rue Erna, à 7900 Leuze-en-Hainaut. Tél. : 069 35 45 45. www.mahymobiles.be Ouvert jeudi et samedi de 13 à 17 heures, et dimanche de 10 à 17 heures. Prix : 7,50 euros (adulte) et 5 euros (moins de 12 ans). Groupes et visites guidées sur rendez-vous. PAR NICOLAS BALMET / PHOTOS : DIEGO FRANSSENS