L'ARTISTE

Marcel Miracle est né en 1957 à Moramanga (Madagascar). Depuis vingt ans, cet artiste franco-suisse, géologue de formation, a rejoint Lausanne où il partage son existence entre un métier d'instituteur et la construction d'une £uvre immensément poétique. Deux vies, un pseudo : " Marcel, c'est le petit fonctionnaire ; Miracle, c'est l'artiste. " écrit-il. Cette schizophrénie, il ne l'assume publiquement que depuis quelques années. Avant d'accrocher aux cimaises le fruit de son imagination féconde, Marcel Miracle amassait en effet ses créations dans l'intimité d'un appartement tapissé de malles et de valises plein...

Marcel Miracle est né en 1957 à Moramanga (Madagascar). Depuis vingt ans, cet artiste franco-suisse, géologue de formation, a rejoint Lausanne où il partage son existence entre un métier d'instituteur et la construction d'une £uvre immensément poétique. Deux vies, un pseudo : " Marcel, c'est le petit fonctionnaire ; Miracle, c'est l'artiste. " écrit-il. Cette schizophrénie, il ne l'assume publiquement que depuis quelques années. Avant d'accrocher aux cimaises le fruit de son imagination féconde, Marcel Miracle amassait en effet ses créations dans l'intimité d'un appartement tapissé de malles et de valises pleines à craquer de créativité. Vivement encouragé par Michel Thévoz, directeur de la collection de l'Art Brut à Lausanne, à emprunter le chemin des galeries, Marcel Miracle sort de l'anonymat au mitan des années 2000. Durant tout ce temps à bricoler son esthétique dans le secret, l'homme a été pour le moins prolifique : la galerie Agnès b., qui le représente à Paris, répertorie en 2006 environ 11 000 pièces ! Un trésor où la poésie s'associe au dessin pour braquer avec humour le coffre-fort de notre raison. Des milliers de menus ready-made, objets récoltés par errance auxquels Marcel Miracle redonne une autre vie et un sens peu commun en les mariant à des mots, étincelles d'un imaginaire qu'il entretient comme un feu sacré en se plongeant et se replongeant sans cesse dans la lecture de ses mentors : Breton, Perec, Pessoa ou encore Giono. Car Marcel Miracle va à littérature comme on va au puits. Et dans ce pays, il semble qu'on ne connaisse pas la sécheresse. Il s'agit de la deuxième exposition que consacre la galerie bruxelloise Aliceday au travail de Marcel Miracle. Son titre, Voie lactée, renvoie-t-il à la phrase suivante imprimée aux cimaises ? " Un tuyau : prendre l'habitude de compter les étoiles et non les moutons. " Même si énoncer les choses, c'est risquer de les vider de leur surprise, on a envie d'oser cette piste. Car entrer dans l'£uvre de Marcel Miracle, c'est le contraire absolu d'une expérience grégaire. Le foisonnement de perspectives qu'offre la multitude de ses £uvres prémunit le spectateur de toute lecture unique et courtaude. Face à la sélection a-chronologique et totalement libre qu'a opérée la galerie Aliceday dans le si grand petit monde de Marcel Miracle, on part en voyage à l'£il, saute d'un jeu de mot à un collage hilarant, chevauche un leporello tout en zyeutant sur un improbable assemblage d'objets (bien) trouvés avec la jubilation et l'enthousiasme d'un enfant qui plonge ses mains dans le coffre à jouets. Avec un peu d'inconscience, il se peut qu'à l'arrivée on retrouve quelques fragments de soi, perdus en cours de route. Marcel Miracle : Voie lactée. Galerie Aliceday, 39, quai au Bois à Brûler, à 1000 Bruxelles. Jusqu'au 23 décembre. Tél. : 02 646 31 53. www.aliceday.be Chaque mois, Le Vif Weekend vous propose le décryptage d'une exposition. Parce que l'art contemporain est souvent taxé d'hermétisme, nous vous donnons les clés de lecture pour passer les portes des galeries et apprécier le meilleur de l'art vivant. BAUDOUIN GALLER