En fin d'après-midi, quand le soleil couchant nappe la ville d'une lumière dorée et poudrée, pas d'hésitation : les pas se dirigent vers " la " place Djema'a el-Fna, la " Place de la mort " ou la " Place de la Destruction " en arabe. Jadis, elle aurait été le théâtre d'une sauvage tuerie. On dit, aussi, qu'on y accrochait, autrefois, au-dessus d'un mur voisin, les têtes des rebelles. Bien vivante depuis longtemps, elle est le centre de toute la vie et de toutes les distractions. Impossible de faire un récit sur cette ville sans évoquer ses foules exotiques et frénétiques, éclectiques et bigarrées. Depuis peu, elle s'est sérieusement rajeunie. De jolis pavés, disposés avec raffinement, ont remplacé la terre battue et les trottoirs quelque peu cahotants. Mais envoûtante est l'ambiance toujours intacte.
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En fin d'après-midi, quand le soleil couchant nappe la ville d'une lumière dorée et poudrée, pas d'hésitation : les pas se dirigent vers " la " place Djema'a el-Fna, la " Place de la mort " ou la " Place de la Destruction " en arabe. Jadis, elle aurait été le théâtre d'une sauvage tuerie. On dit, aussi, qu'on y accrochait, autrefois, au-dessus d'un mur voisin, les têtes des rebelles. Bien vivante depuis longtemps, elle est le centre de toute la vie et de toutes les distractions. Impossible de faire un récit sur cette ville sans évoquer ses foules exotiques et frénétiques, éclectiques et bigarrées. Depuis peu, elle s'est sérieusement rajeunie. De jolis pavés, disposés avec raffinement, ont remplacé la terre battue et les trottoirs quelque peu cahotants. Mais envoûtante est l'ambiance toujours intacte. Une foule dense et enthousiaste s'agglutine toujours avec le même intérêt autour des danseurs chleuh, jeunes garçons habillés de longues robes aux manches largement ouvertes, des charmeurs de serpents aux gestes épileptiques, des conteurs aux boucles folles, des porteurs d'eau, des magiciens qui avalent à longs traits de l'eau bouillante ou s'enfoncent dans la gorge un cierge de poix enflammé. On se laisse séduire par les tatoueuses au henné, on savoure les spécialités des mille cuisiniers de plein air, on écoute avec passion les vendeurs de vent, de l'air ou de rien. Place Djema'a el-Fna tout se vend et s'achète, se propose, se marchande. Pour une photo - et quelques dirhams -, un colporteur venu du Rif vous offrira un sourire éblouissant, un musicien gnaoui fera surgir de nulle part ses amis qui improviseront un mini-festival. Ici, la ville vit, vibre, décompresse, se raconte, exhibe ses traditions et son éternité. Envie de romantisme et de sérénité ? On quitte la foule pour l'un de ces coins calmes, les magnifiques jardins qui entourent la Koutoubia. Carrée, massive, vêtue de pierre rougeâtre, la grande tour de la mosquée, s'élevant à près de 70 mètres, domine la cité, se voit de loin et brise l'horizontalité générale de la ville. Le lanternon qui surmonte le minaret est coiffé par quatre boules de cuivre. Pour expliquer cette chose insolite (les mosquées se terminent en général par trois ou cinq boules), tournons-nous vers la légende. Elle raconte que la femme du sultan el-Mansour a gravement péché, en mangeant pendant le ramadan. Pour se racheter, elle a fait fondre ses bijoux en or qui forment ainsi la quatrième boule, la plus petite. La Koutoubia est une admirable synthèse de l'art marocain : simplicité des lignes, richesse et élégance du décor, harmonie de ses tons chauds. Ce sont les conquérants almohades qui élevèrent la mosquée au xiie siècle. Ils ont pris la ville aux Almoravides, les fondateurs de Marrakech, venus, avec leur chef Ibn Tachfine, du désert du Sénégal en 1062. Durant le règne des Almohades, la cité s'est admirablement épanouie et embellie car les sultans successifs rêvaient d'un monde de beauté et de volupté qui s'étendrait du Guadalquivir jusqu'au Sahara. Pour le délimiter, ils avaient prévu deux " tours de guet " : la Koutoubia face au désert et la Giralda à Séville, construite selon le même modèle. Superbement rénovée depuis peu, la silhouette élancée de la Koutoubia est comme animée par une flamme intérieure. Elle ne cesse de rayonner et garde jalousement, depuis plus de huit siècles, sa réputation de " Kairouan marocain " ou encore de " Damas de l'Occident ". D'ici, une superbe perspective laisse apercevoir au loin le petit pavillon qui veille sur le lac de la Menara, serti au c£ur des jardins de l'Agdal. Au xiie siècle, l'un de ces sultans almohades fit créer, en quête de fraîcheur, ces immenses jardins, abritant deux énormes bassins. Beaucoup plus tard, vers le milieu du xixe siècle, le sultan Moulay Abderrahmane a remplacé les fleurs et les plantes par des oliviers qui se déploient sur 18 hectares ! C'est probablement le même sultan qui fit construire sur le bord de l'un des bassins, ce charmant pavillon, entouré de palmiers et de cyprès. Aujourd'hui abandonné, il continue à projeter l'ombre de sa silhouette gracieuse sur la surface bleutée des eaux immobiles et limpides (nettoyées par les carpes). La vue de ces eaux calmes est sans doute le souvenir le plus poétique que laisse Marrakech. Puis, on visite les tombeaux des Saadiens. Ils sont nichés au fond d'un petit enclos délimité par d'épaisses murailles et rien ne laisse supposer que derrière se cachent de tels trésors. Venus d'Arabie, les conquérants saadiens renversèrent les Mérinides régnants en 1578 pour prendre leur place. Le sultan Abou el-Abbas Mulay El Mansour, dit le Doré, gloire de la dynastie saadienne, épris d'art, de luxe et de beauté, embellit la ville de nouvelles mosquées et de nouveaux palais. Malgré ces débuts prometteurs, la dynastie fait long feu. Les successeurs d'El Mansour n'ont pas laissé de souvenirs impérissables. Restent les tombeaux. Dans la plus belle salle, reposent les trois sultans les plus importants dans de longs cercueils de marbre. Tout autour se dressent des colonnes, également de marbre, qui soutiennent un plafond étincelant de reflets dorés et de couleurs passées. Selon les spécialistes, la présence du marbre, une simplicité minimaliste et des proportions admirables, font penser que l'architecte de ce mausolée était familier de l'architecture de la Renaissance italienne. Les murs sont, comme d'habitude, en stuc ciselé ou revêtus de mosaïque en céramique. Le regard ne se lasse pas de vagabonder parmi ces entrelacs, rinceaux et nids d'abeille d'une richesse et d'une variété incomparables. Plus loin, une autre longue salle au plafond également doré contient quelques tombes, plus petites, des princesses et des enfants. La lumière oblique du soleil, les reflets chatoyants de l'or, le blanc pur des tombeaux, donnent à cette belle chapelle comme un air de rêve et d'irréalité. Les jardins sont un havre de paix et de sérénité. On enchaîne avec une halte dans un autre jardin, splendide, lui aussi, avant de pénétrer dans le palais de la Bahia, une petite " folie " de Ba Ahmed, le tout-puissant vizir du sultan Abd el Aziz (qui régna de 1894 à 1908) et, en réalité, le vrai maître du Maroc à cette époque. Un rien mégalo, Ba Ahmed rêvait d'un palais qui pourrait rivaliser avec les plus belles constructions impériales. Pendant six ans, la Bahia, " la brillante ", a vu s'activer les artistes et artisans les plus talentueux de Fès, les derniers à connaître les secrets du plâtre ciselé, des mosaïques en céramique et de la sculpture en alvéoles du bois de cèdre doré. Résultat ? C'est l'un des plus splendides et charmants palais marocains. Des patios se succèdent, des jardins s'ouvrent sur d'autres jardins, plantés de cyprès, d'orangers, de daturas et de jasmins. Les salles de réception et les appartements privés, décorés avec raffinement, rivalisent de stucs, de céramiques et de bois sculpté. Et comme toujours, fontaines et bassins, mosaïques et cours dallés procurent une délicieuse impression de fraîcheur. Le jardin Majorelle est un éden au c£ur de la ville moderne. Dans les années 1920, Jacques Majorelle, peintre orientaliste français, souffrant d'asthme, fit construire, sur le conseil du maréchal Lyautey, résident général du Maroc, une villa mauresque, entourée d'un jardin luxuriant. Aujourd'hui propriété du couturier Yves Saint Laurent, elle ne se visite pas. On admire sa belle silhouette, à la fois cubique et gracieuse, habillée de bleu indigo et pimentée de quelques touches turquoises. En revanche, on peut se balader longuement dans les jardins. Jacques Majorelle fut le plus important collectionneur de plantes de son époque. De ses nombreux voyages aux quatre coins du monde, il ramenait palmiers, cactus et bambous, nénuphars, lotus et papyrus, les uns plus beaux que les autres. Admirablement restauré et entretenu, le jardin est un enchantement pour le regard et une véritable leçon de botanique. Depuis quelques années, Marrakech connaît un boom sans pareil. Forcément, elle évolue tout doucement vers la modernité. Mondaine et populaire, chic et bohème, elle réussit toujours à faire partager ses mille et un trésors et est toujours prête à séduire. Guide pratique en page 56. Barbara Witkowska