Sur le revers de sa veste, il a épinglé comme un manifeste une broche de sa création. Elle est issue de ses variations The Colors of the Season qui le virent allier l'argent et l'émail, vive les mélanges, dans un rouge qui claque et en grand format. Pour autant, Nilton Alves Cunha ne s'affiche pas toujours avec ses bijoux, rarement même, mais plutôt avec ceux des autres, ses contemporains, ou des antiquités alors, comme ce chardon trouvé sur une brocante, inouï de finesse, avec " une grosse épingle typique du XIXe siècle ". Et s'il porte des oeuvres ciselées par des femmes pour des femmes, c'est une manière de contrecarrer son travail, " plus masculin ". Car il confesse qu'il est moins " ludique " qu'elles, et " très strict ", pour mieux compenser son...

Sur le revers de sa veste, il a épinglé comme un manifeste une broche de sa création. Elle est issue de ses variations The Colors of the Season qui le virent allier l'argent et l'émail, vive les mélanges, dans un rouge qui claque et en grand format. Pour autant, Nilton Alves Cunha ne s'affiche pas toujours avec ses bijoux, rarement même, mais plutôt avec ceux des autres, ses contemporains, ou des antiquités alors, comme ce chardon trouvé sur une brocante, inouï de finesse, avec " une grosse épingle typique du XIXe siècle ". Et s'il porte des oeuvres ciselées par des femmes pour des femmes, c'est une manière de contrecarrer son travail, " plus masculin ". Car il confesse qu'il est moins " ludique " qu'elles, et " très strict ", pour mieux compenser son côté " bordélique dans la vie ", au risque sinon de " péter les plombs ". Encore une histoire de métal et de lave en fusion. Dans son cas, l'évidence est criante, c'est l'orfèvrerie qui l'a choisi, non l'inverse. Nilton Cunha vient du Brésil, une terre natale, le Minas Gerais, où les pierres précieuses poussent comme des mauvaises herbes et l'or aussi. Pourtant rien à voir encore : il suit d'abord des études techniques agricoles, " une façon de me tailler de la maison ", fait un détour par la banque et débarque en Belgique, en 1992, à 27 ans. Deux ans plus tard, le voilà inscrit au cours de bijouterie aux Arts et Métiers, à Bruxelles, il aime ça, mais la véritable révélation viendra plus tard, un peu avant l'an 2000, quand il apprendra plus intensément, plus officiellement l'orfèvrerie à l'Instituut voor Kunstambachten de Malines. " J'étais ébloui et ému. Le matin, je me réveillais et je sautillais de joie. Je goûtais ce que c'était, le bonheur. " La magie de " rendre liquide le solide ", de jouer avec les alliages, les couleurs, " acquérir l'intuition de la matière ", cette impression de " rentrer dans le métal précieux, le comprendre ", " transformer les lignes ", " décider du volume ", " donner une forme ". Tout en domptant la technique, en virtuose, faire corps avec son établi - c'est un métier où l'on martèle, cisèle, mate, il y a de la poix, on a les ongles sales, un casque protecteur sur les oreilles, mais Dieu, quelle " sensualité physique et métaphysique ". Comme il ne se contente pas des sentiers battus et que, dans la discipline, la coutume veut que l'on participe aux concours les plus réputés, en 2008, Nilton Alves Cunha tente sa chance avec Good Luck, une oeuvre sans soudure, de la haute voltige, qui mêle argent et Corian et qui ne renie en rien ses origines brésiliennes " où le religieux côtoie sans cesse le profane ". Il remporte le premier prix, l'Inhorgenta Innovation Award, à Munich, depuis, il est entré au musée. Ce qui ne le détourne pas, au contraire, de son métier de professeur. Il partage en effet son savoir à l'Institut de la parure et de la bijouterie Jeanne Toussaint, à Bruxelles, aux Arts et Métiers, qui le forma précédemment, c'est le destin. Depuis douze ans, il ajoute donc " sa touche perso " à cet enseignement, chahute un peu ses étudiants de première année en leur proposant de travailler leur créativité, son mot-clé. Une seule consigne : utilisez papier, ciseaux, vos doigts, débrouillez-vous. Le résultat, qui force l'admiration, sera exposé à la Collectors Gallery, chez Betty De Stefano, " parce qu'elle aime le Brésil " et les créations de Nilton qu'elle vend dans sa jolie boutique. Et parce que son appétence pour les beaux bijoux est insatiable, de même son envie de donner à voir ses passions. La lave en fusion fait toujours tache d'huile (proverbe brésilien). Nilton Cunha et ses étudiants à la Collectors Gallery, 17, rue Lebeau, à 1000 Bruxelles. Du 23 au 26 octobre prochain. www.cunha.be PAR ANNE-FRANÇOISE MOYSON" Je goûtais ce que c'était, le bonheur. "