Dans le dernier roman - séduisant - " Journal d'Hirondelle " d'Amélie Nothomb, l'antihéros reprend momentanément goût à la vie (si l'on ose dire) en changeant radicalement de métier. Sans dévoiler ici la subtilité de l'intrigue (pas de panique, la métamorphose s'effectue dès les premières pages), le personnage principal passe en effet du statut de coursier à celui, odieux, de tueur à gages. Zappant son existence (et a fortiori celle des autres) avec une facilité des plus déconcertantes, il apprend à renaître, à revivre, à ressentir à nouveau. Provoc, comme d'hab.
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Dans le dernier roman - séduisant - " Journal d'Hirondelle " d'Amélie Nothomb, l'antihéros reprend momentanément goût à la vie (si l'on ose dire) en changeant radicalement de métier. Sans dévoiler ici la subtilité de l'intrigue (pas de panique, la métamorphose s'effectue dès les premières pages), le personnage principal passe en effet du statut de coursier à celui, odieux, de tueur à gages. Zappant son existence (et a fortiori celle des autres) avec une facilité des plus déconcertantes, il apprend à renaître, à revivre, à ressentir à nouveau. Provoc, comme d'hab. On eût cependant aimé que la transition s'opère de manière moins sanglante et que Urbain (c'est son prénom) passe plutôt entre les mains expertes de " Vocation Vacations " pour cerner distinctement ses exigences professionnelles. Mais Miss Amélie ignorait sans doute l'existence de cette entreprise singulière. Lancé aux Etats-Unis, www.vocationvacations.com offre à chacun l'opportunité de tester " en vrai " un nouveau métier avant de se décider à abandonner son actuelle profession pour de bon. Chocolatier, comédien, archéologue, styliste, hôtelier, chorégraphe, producteur télé, moniteur de golf... La liste est longue (actuellement 200 propositions) et, évidemment, non exhaustive. Mais l'avantage de la formule réside surtout dans le confort suivant : l'amateur de nouvelles sensations professionnelles est directement propulsé au c£ur même du métier choisi (il ne s'agit nullement d'un stage d'observation, mais bien d'une réelle expérience vécue in situ avec l'aide d'un coach), alors qu'il est supposé être en vacances aux yeux de son véritable employeur. Bref, si la nouvelle expérience ne lui plaît pas du tout, il peut donc retourner au bureau sans le moindre risque. Car il était officiellement en congé. Ni vu ni connu. En revanche, si l'intéressé est conquis par l'aventure, il saura dès lors à quoi s'attendre et pourra d'emblée entamer son étonnante reconversion. A l'instar de Ryan, ce quadra hypersérieux qui, après dix-sept années de banque et un passage éclair chez " Vocation Vacations ", décida de laisser tomber le costard-cravate pour revêtir la tenue rembourrée de dresseur de chiens. Dans son cas (comme dans celui de nombreux autres curieux d'ailleurs), l'expérience inédite de ce zapping professionnel servit de déclencheur à la concrétisation d'un vieux rêve, étouffé jusque-là. Relativement onéreuse (de 300 à 2 300 euros pour ces vraies-fausses vacances étalées sur une à dix journées, sans compter les frais de transport et de logement), cette nouvelle approche du monde de travail reflète à vrai dire l'évolution des mentalités. Jadis, on avait (généralement) une montre, un partenaire, une maison et un boulot pour la vie. Mais, depuis le triomphe de la société de consommation et l'avènement du zapping généralisé, cette fidélisation à l'extrême a volé en éclats et le revirement de situation n'a désormais plus rien de tabou. Aujourd'hui, rien n'est figé, tout est possible : on change de montre comme de chemise, d'appartement comme de femme, de métier comme de mari. Sans peur et sans reproche. Bref, après l'ère des familles recomposées, voici enfin venu le temps des métiers recomposés. On zappe, on explore, on mixe, on redémarre. Pour donner, sans doute, un autre sens à sa vie. Comme dans un roman d'Amélie. Frédéric Brébant