Zona Tortona, sud-est de Milan. Depuis dix ans, ce quartier à l'accent fortement postindustriel se défait de son image décatie et de sa réputation malfamée pour gagner ses galons glamour auprès des plus grandes marques de mode (Armani, C.P. Company, Fayà). C'est ici au c£ur du nouveau poumon créatif de la capitale lombarde que la maison Ermenegildo Zegna a posé ses valises : depuis deux ans, un espace de plusieurs milliers de mètres carrés tout en verre et pierres polies dessiné par l'architecte italien Antonio Citterio, abrite le QG du tisserand centenaire. C'est ici, par un matin gris d'hiver dont Milan seule détient le secret, que nous avons rendez-vous avec Alessandro Sartori, directeur créatif de la ligne Z Zegna, généralement présentée comme la cadette intrépide et audacieuse de la respectable institution familiale.
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Zona Tortona, sud-est de Milan. Depuis dix ans, ce quartier à l'accent fortement postindustriel se défait de son image décatie et de sa réputation malfamée pour gagner ses galons glamour auprès des plus grandes marques de mode (Armani, C.P. Company, Fayà). C'est ici au c£ur du nouveau poumon créatif de la capitale lombarde que la maison Ermenegildo Zegna a posé ses valises : depuis deux ans, un espace de plusieurs milliers de mètres carrés tout en verre et pierres polies dessiné par l'architecte italien Antonio Citterio, abrite le QG du tisserand centenaire. C'est ici, par un matin gris d'hiver dont Milan seule détient le secret, que nous avons rendez-vous avec Alessandro Sartori, directeur créatif de la ligne Z Zegna, généralement présentée comme la cadette intrépide et audacieuse de la respectable institution familiale. Premier coup d'£il, verdict indubitable : l'homme porte classe, très classe. Trilogies gagnantes : blanc, noir, bleu marine. Chemise, cravate, costume. L'allure est architecturale, de pied en cap pour une silhouette fuselée assouplie par un flamboyant manteau oversize d'inspiration officier. Une combinaison d'intello, faussement ascétique, carrément rigoureuse, parfaitement séduisante. Et forcément à l'image d'Alessandro Sartori, il signore se sent bien dans ses créations. Né dans la région de Biella, à l'ombre des Alpes, précisément là où il y a cent ans, un certain Ermenegildo Zegna se lance dans la confection et l'exportation de tissus d'exception, le jeune quadra accumule les prédispositions à travailler dans la mode. Il y a d'abord son nom, Sartori, qui signifie tailleur, ça ne s'invente pas. Sa mère ensuite, couturière de son état, qu'il accompagne enfant pour acheter les étoffes et assister chez " de très jolies dames " aux essayages, " jusqu'à ce qu'on m'empêche de venir, du jour au lendemainà ". Mais il est déjà trop tard. Le virus du stylisme est incurable. " J'étais obsédé à l'idée de dessiner un vêtement et de le voir un jour porté par un inconnu dans la rue, d'imaginer sa personnalité, sa vie. Aujourd'hui quand ça m'arrive, c'est toujours une émotion fantastique, c'est comme si j'avais droit à une part de son intimité. "Le chemin à emprunter est donc tout tracé : lycée, section textile à Biella suivi de trois ans de stylisme à l'école Marangoni de Milan. Premier stage chez Zegna déjà, qu'il ne quittera que pour une parenthèse de deux ans en free-lance à Hongkong. Tour à tour assistant sur la ligne Sartoria, designer responsable des chemises, en charge des relations entre le tisserand et Gucci (qui utilise pour partie des tissus Zegna, à l'instar de nombreuses autres griffes de luxe), il apporte aujourd'hui la touche expérimentale et fashion absente de l'ADN de l'entreprise jusqu'à la création de la ligne Z Zegna, en 2003. D'abord présentées dès 2007 lors de la Fashion Week à New York, " pour asseoir notre philosophie avant-gardiste et donner une impulsion internationale à la marque ", les collections dessinées par Sartori sont depuis deux saisons montrées à la presse et aux acheteurs via Savona, dans le showroom dessiné par Citterio. Un retour aux sources doublé d'un sursaut qualitatif et d'une affirmation du caractère racé de Z Zegna. Acclamée à l'unanimité par la presse, la collection printemps-été 2010, sur le thème du dandysme contemporain, confirme tout le bien qu'il faut penser de cette ligne plus que prometteuse. Sans renier l'héritage de la maison, son amour inconditionnel des belles matières et les meilleures leçons du classicisme, Z Zegna revisite les règles du tailoring à la faveur d'une garde-robe subtilement déconstruite (vestes à doubles poches et sans manches, bords bruts sans ourlet) matinée de références à l'époque romantique (col cravate, montres à gousset, queue de pie). Le tout balancé dans des couleurs urbaines, du graffiti bleu roi au gris bitume. Un jeu raffiné d'oppositions entre tradition passée et énergie du présent qui caractérise aussi le Milan quotidien d'Alessandro Sartori. Andiamo. 1. Milano libri Dans un joyeux bordel, cette librairie située à l'angle du théâtre de la Scala offre une belle sélection de livres neufs et d'occasion sur la mode, la photographie et l'architecture. On y trouve également de vieux magazines, type Vogue des années 1960. Accueil chaleureux et bavard. Pour un choix plus exhaustif et un décor plus léché, le directeur créatif de Z Zegna conseille la librairie au dernier étage de Corso Como (10, Corso Como, www.10corsocomo.com) 2, via Giuseppe Verdi. 2. Pinacoteca di Brera Edifié au xviie siècle, le monumental Palazzo di Brera abrite une très riche collection d'art ancien. On pointera la célèbre perspective de la Lamentation sur le Christ Mort d'Andrea Mantegna, le magnifique agencement circulaire dans le Mariage de la Vierge de Raphaël ou encore le saisissant clair-obscur du Repas à Emmaüs du Caravage. Alessandro Sartori y apprécie les £uvres de Carlo Crivelli (1435-1495), peintre vénitien de la Renaissance. En particulier son traitement cru de l'anatomie, la précision de ses brocards, son ornementalisme. 28, via Brera. www.brera.beniculturali.it 3. Pasticceria Cova Pour un petit déjeuner dans le fameux quartier du Quadrilatère d'or, Alessandro Sartori craque pour les banquettes désuètes de la pasticceria Cova fondée en 1817 par un soldat de Napoléon. Rendez-vous de la belle société milanaise habituée de la Scala toute proche, ce petit boudoir est idéal pour un espresso machiatto (avec un nuage de lait) accompagné du pêché mignon matinal de tout italien qui se respecte : le croissant frais fourré à la marmelade. Très touristique passé 11 heures. 8, via Montenapoleone. www.pasticceriacova.com 4. Ermenegildo Zegna Montenapoleone Premier global store du tisserand piémontais, la boutique de la via Montenapoleone, l'artère chic et modeuse de la ville, a été dessinée par l'architecte star Peter Marino. Sur deux étages conjuguant le verre et le bois dans un espace à la fois minimaliste et cosy confinant au dressing, on y trouve toutes les lignes de la maison, d'Ermenegildo Zegna à Z Zegna en passant par Zegna Sport. En 2010, année du centenaire de la marque mère, s'ouvriront deux nouveaux global stores. Un à Shanghai (le marché chinois affiche une croissance à deux chiffres), un autre à Las Vegas. 27, via Montenapoleone. www.zegna.com 5. Bistrot Giacomo Petit frère décontracté du restaurant Giacomo, situé la porte à côté, le bistrot éponyme plaira à tous les esthètes gourmets. Banquettes rouge opéra, bibliothèque poussiéreuse, marqueterie, serveurs à n£ud pap' et tablier blanc pour une cucina italiana dans sa plus jolie expression. Vins du même tonneau. Prendre le plat du jour comme Alessandro. Ce jour-là : " Trofiette con salsa di crostacei e guarnizione di gamberi ". E poi : " Filetto di tonno con finocchi e carote e olio ". La perfection ne se traduit pas. 5-6, via Pasquale Sottocorno. www.giacomomilano.com 6. Refeel Loin des banquettes de chez Giacomo, le Refeel sent le Milan fashion à plein nez. Musique FM, cocktails et jolies personnes sur fond de murs bétonnés et de lumière tamisée. Le rendez-vous idéal pour s'énergiser avant de sortir. 20, viale Sabotino. www.refeel.it 7. Galleria Antonio Battaglia Au c£ur du quartier de Brera, le plus charmant de la capitale lombarde avec ses ruelles cachant des patios habillés de lierre, la petite galerie d'Antonio Battaglia (oui, le frère de Giovanna Battaglia, fashion editor du Vogue Italie) propose une sélection d'art contemporain italien dans une atmos-phère confidentielle. Collectionneur à ses heures, Alessandro Sartori a récemment acquis des £uvres de Giovanni Manfredini, peintre posant sur le corps un regard inquiétant et crépusculaire (www.giovannimanfredini.com). 5, via Ciovasso. www.galleriaantoniobattaglia.com 8. Fiore Sans Alessandro Sartori, on n'aurait jamais poussé la porte de ce restaurant doublé d'un tabac. Et pourtant. Cette adresse a priori quelconque, située à deux pas du QG d'Ermenegildo Zegna n'est pas devenue sa cantine pour rien (c'était la troisième fois de la semaine qu'il y déjeunait quand nous l'avons accompagné). Mozzarella di Bufala à pleurer sa mama, Agnoletti alla piemontese à se damner. Conseil vin d'Alessandro : le Barbera d'Alba 2006 de chez Sottimano. 59, via Savona. 9. Coltellinaio G. Lorenzi Coutellerie installée sur la via Montenapoleone depuis les années 1920, G. Lorenzi est le genre d'endroit qu'on croirait coulé à jamais dans la première moitié du xxe siècle. Du couteau de cuisine au coupe-cigare en passant par l'attirail complet de mordu de manucure, Aldo Lorenzi, l'élégant héritier de la maison vous ferait croire que la coutellerie est le plus noble des artisanats. Pensée, dit-il, comme " une bottega " dans l'esprit et la connaissance du produit, sa boutique résiste à la standardisation comme les Gaulois aux envahisseurs. 9, via Montenapoleone. www.lorenzi.it 10. Peck Gourmands, fuyez. Sur trois étages (cave à vin, delicatessen, salon de dégustation), ce temple de la gastronomie italienne sent l'excédent de bagages assuré. Impossible de rester insensible à ces ricottas cuites au four, ces jambons fumés d'une souplesse inouïe, ces morceaux de veau gargantuesquesà Alessandro Sartori en sait quelque chose. C'est son ticket gagnant quand il ne veut pas décevoir ses invités. 9, via Spadari. www.peck.it Un costume Made to Measure Ermenegildo Zenna à gagner, lire en page 92. Retrouvez LES PHOTOS DU DÉFILÉ Z ZEGNA SUR weekend.bePar Baudouin Galler / photos : julien pohl