MAISON MARTIN MARGIELA

Tout y est : le blanc, le noir, le camel, la fourrure oversize, le trench revisité, les cols travaillés, les trompe-l'£il, les manches baladeuses, l'asymétrie devant-derrière ou gauche-droite. Maison Martin Margiela ne déroge pas à la règle qu'elle s'est forgée depuis ses débuts expérimentaux. Et c'est beau. Un avant-goût de la collection capsule de novembre prochain pour H&M.
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Tout y est : le blanc, le noir, le camel, la fourrure oversize, le trench revisité, les cols travaillés, les trompe-l'£il, les manches baladeuses, l'asymétrie devant-derrière ou gauche-droite. Maison Martin Margiela ne déroge pas à la règle qu'elle s'est forgée depuis ses débuts expérimentaux. Et c'est beau. Un avant-goût de la collection capsule de novembre prochain pour H&M.La féminité assumée, les lignes fuselées, le satin duchesse lourd et le laçage évocateur. La rigueur vitaminée, l'aisance architecturée, la beauté des matières. Le sens du drapé, l'émotion vagabonde, le cube pour la forme et l'élégance en tout point. Sur un air de Bon Iver qui rêve en chantant " to slow down the time ", le grand Dries se joue des imprimés, mais sans mélange hasardeux. En amont, il a arpenté le Victoria & Albert Museum, s'est penché sur les costumes coréens, chinois et japonais, les a pris en photo sous toutes les coutures et s'en est servi comme prints savamment posés sur des tailleurs-pantalons, des robes foulard, des tuniques kimonos longueur genoux. Il fait courir les broderies dorées, des canards, des ph£nix, des feuilles sur les manches de ses vestes ceinturées, ajoute des touches de corne ici et là et signe un vestiaire-manifeste. Lui qui trouve qu'il y a " trop de mode " prouve qu'on peut ralentir le temps, magistralement. Le Loch Ness et son monstre, les Highlands et leur tartan, Jean-Paul Lespagnard et ses visions, fulgurantes. Pour sa troisième collection présentée à Paris, il jongle avec ses classiques, marie la soie et la worsted wool, le coton et les matières techniques puis y appose son blason. Le tour de force. L'art du costume, du tailleur, de la construction infiniment précise. Le créateur anversois poursuit ses réflexions sur la couture, son expérience à l'opéra (Le Ring de Wagner à La Scala) nourrissant son travail mode et inversement. Un manteau long, strict, donne le ton. Sans tapage. D'abord, on ne voit que cette coiffe-coiffure à couper le souffle, entre le casque et la parure, elle est signée Elvis Pompilio, notre modiste national, avec un brief plutôt bref : " warrior versus punkette ". Rien n'est jamais caricatural chez Ann Demeulemeester, surtout pas ses leggings seconde peau glissés dans des cuissardes en cuir vieilli, ses vestes à basques, ses manches (dé)zippées, ses redingotes, ses robes longues, fourreaux, drapées devant ou travaillées dans le dos avec revers, sa maille XXL, ses mini-vestes en cuir qui ne réchauffent que les épaules, ses jupes à plis généreux. Le tout en noir et dans un bleu couleur de la nuit. La force et la fragilité architecturées, à la puissance 10. La vibration de l'imprimé, le tailoring affûté et la maille au plus-que-parfait. Vert émeraude, manches trois-quarts et jupe crayon. Le trio gagnant selon Édouard Vermeulen.L'élégance un brin masculine, la douceur de la soie, les couleurs de l'automne, la poésie un peu rock. Il aime draper, il ne s'en est jamais caché, et s'en donne à c£ur joie, avec tentative de pureté revendiquée. Haider Ackermann a du talent, le goût des couleurs qui claquent et le sens des sinuosités. Son automne-hiver 12-13 est une belle leçon de portabilité (ce n'est pas une insulte) et de créativité. Courbes ascendantes, sensualité rehaussée de cuir, soie fluide, formes organiques, large ceinture angulaire, détails motard, maille tubulaire et basques maison. Sa garde-robe est un condensé puissant de son univers fait de contrastes, de lignes longilignes, de volutes et de chocs chromatiques parfaits. La reine des robes est aussi celle des volumes et des détails surréalistes. Dans sa grammaire unique, elle prouve encore une fois qu'elle maîtrise parfaitement le noir, le jaune poussin ou moutarde, les pastels, les dos basculés, la maille bouclette, le tweed zippé et les colliers-guirlande de mouches. Total respect. Un premier défilé bluffant et sous son nom, placé sous le signe du cuivre. Cédric Charlier avait annoncé qu'il se rapprocherait du corps, que tout serait pensé, de la tête aux pieds, il n'a pas menti. C'est au scalpel qu'il a travaillé ses silhouettes. Avec contrastes, tissus masculins, faux noirs et vinyle brillant. Le feu sous la glace. Parti pris théâtral. An Vandevorst et Filip Arickx déroulent le tapis noir pour présenter leur dressing où se rencontreraient l'artiste allemand Joseph Beuys (1921-1986) et sa compatriote, la danseuse et chorégraphe Pina Bausch (1940-2009). Un seul gant de cuir porté et un Fedora très beuysien, enfoncé jusqu'au cou, qui cache tout, les yeux, la bouche, c'est signé Steven Jones. Sur ces corps anonymes, beaucoup de maille chinée format XXL, voire transparente, des trenchs oversize, des vestes de smoking noir, des robes-manteaux ultralongues, de la soie, un col en fourrure, des perles rebrodées sur plastron, jupe et pantalon, et pour finir, de la dentelle en all over. " Chaque personnage est un artiste. "PAR ANNE-FRANÇOISE MOYSON