Elle se rêvait femme au foyer et ses copines la prenaient pour une folle. Olympia Le-Tan leur riait au nez, elle n'a jamais eu les mêmes fantasmes que le commun des mortels. Elle n'avait pas non plus envisagé de " travailler dans la mode ", broder des minaudières, en feutrine de préférence, signer un film avec Spike Jonze et créer une collection de bookbags, de cabas et de bijoux de tête titrés Housewives' Choice. La faute au destin. Quand vous vous prénommez Olympia, vous êtes un peu bénie des dieux, c'est étymologique. Si en plus vous êtes têtue... Et talentueuse, chose qui se biberonne - être la fille d'un dessinateur au trait minutieux (Pierre Le-Tan) et d'une mère britannique " excentrique " n'est pas le moins du monde anodin.
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Elle se rêvait femme au foyer et ses copines la prenaient pour une folle. Olympia Le-Tan leur riait au nez, elle n'a jamais eu les mêmes fantasmes que le commun des mortels. Elle n'avait pas non plus envisagé de " travailler dans la mode ", broder des minaudières, en feutrine de préférence, signer un film avec Spike Jonze et créer une collection de bookbags, de cabas et de bijoux de tête titrés Housewives' Choice. La faute au destin. Quand vous vous prénommez Olympia, vous êtes un peu bénie des dieux, c'est étymologique. Si en plus vous êtes têtue... Et talentueuse, chose qui se biberonne - être la fille d'un dessinateur au trait minutieux (Pierre Le-Tan) et d'une mère britannique " excentrique " n'est pas le moins du monde anodin. Olympia attrape un livre pour enfant, rangé derrière elle, sur l'étagère à peu près bordéleuse, c'est Le Voyage avec la sirène, " mon père l'a écrit exprès pour moi ". Elle l'ouvre à la première page, " là, c'est moi, je suis sur la plage et une sirène qui ressemble à ma mère m'emmène au fond de l'eau pour me faire découvrir ce qui s'y passe. Il y a une famille qui regarde la télé, comme dans la vie normale... " Sauf qu'avec elle, la normalité prend ses aises. Depuis toujours, Olympia Le-Tan dessine, beaucoup ; elle avait donc pensé s'inscrire dans une école d'art dont elle ne se souvient même plus du nom, a plutôt étudié sans dilettantisme, mais un an seulement, l'italien, la littérature et le cinéma, dans une université londonienne, la Royal Holloway, parce qu'elle en aimait le campus " en briques rouges à l'ancienne ". Elle n'avait aucun plan de carrière, à part " housewife ", ne pensait pas un seul instant à la mode ni à ses futurs sacs, laissa faire le hasard. Qui pour le coup avait les traits de Gilles Dufour, à l'époque créateur au studio Chanel, qui aimait le travail de Pierre Le-Tan, était devenu son ami, en avait profité pour jeter un £il sur les £uvres d'Olympia, trouvait son style " assez amusant " et lui avait proposé un stage dans l'ombre de Mademoiselle. Elle avait 18 ans, " ils m'ont gardée pendant un an et demi. Gilles me donnait des petites missions - " tu veux pas dessiner un sac en mouton retourné ou trouver des rubans pour décorer des twin-sets ? ". " Elle se souvient avec légèreté qu'elle aimait " bien faire ce genre de trucs " et que, emportée par son élan, le week-end, elle avait commencé " à broder, à fabriquer des petites choses, mais toujours un peu ludiques et naïves... ". Elle connaissait les gestes, enseignés quand elle était petite, par une grand-mère " hyper chic " qui aimait les travaux d'aiguilles et le reste - les tailleurs parfaits, les rangs de perles -, " n'a jamais porté de chaussures plates ni de pantalon de sa vie ", mais de temps en temps une minaudière Olympia Le-Tan, ça oui. En 1998, Gilles Dufour quitte Chanel pour Balmain, emportant dans ses bagages Olympia et ses cabas youplaboum avec hamburgers et cornet de frites tout en sequins que ses copines s'arrachent, elle fournit alors quelques petites boutiques - et aussi Colette. Puis, comme ça, elle décide de ralentir le rythme, laisse tomber Balmain en 2000, rêve encore et toujours d'être une parfaite femme d'intérieur pas désespérée, sort la nuit, jusqu'à plus soif, " passe des disques " au Baron, inaugure la succursale au Japon, fait des allers-retours, souvent longs, entre Paris et Tokyo pour finir par rencontrer un producteur de cinéma, Grégory Bernard, qui veut financer sa collection de sacs à la forme parfaite, le rectangle copié-collé de vieux livres qu'elle pioche dans sa collection ou dans celle de son père, on est en 2009. Elle vous raconte tout ça en riant, dans un souffle léger, au détail près. Ses lèvres pleines peintes au Ruby Woo de M.A.C. font de jolis mouvements, comme celles de son héroïne de feutrine, échappée de Dracula pour sauver le squelette de Macbeth englouti par la baleine de Moby Dick, vous me suivez ? Il faut regarder Mourir auprès de toi, le court-métrage d'animation, on dit " stop motion movie ", qu'elle signe avec Spike Jonze. C'est un peu cruel, légèrement dark et follement réjouissant. Encore une fois, tout est affaire de hasard (heureux). Chez des amis communs, Olympia Le-Tan rencontre le géant de la littérature jeunesse - Max et les Maximonstres, c'est lui. Il aime son travail, lui commande un sac OLT, elle marchande, pas folle la guêpe : " OK mais contre un film ". C'est qu'elle n'en démord pas, elle a une idée d'animation brodée débridée qu'elle a déjà proposée à Grégory Bernard, lequel avait préférer l'aider à lancer ses bookbags. Évidemment, quand elle revient à la charge avec le nom de Spike Jonze, plus moyen de lui refuser ce qui n'a rien d'un caprice. Dans cet atelier-bureau haussmannien du IIe arrondissement de Paris, elle a accumulé des bobines de fil, trouvées dans la mercerie à deux pas d'ici où elle allait déjà quand elle était enfant, " acheter des rubans pour les cheveux ". Il y a aussi des rouleaux de feutrine, de l'espagnole, " c'est la meilleure ", une armoire vitrée trouvée aux puces, des CD de The Kinks, The Velvet Underground, The Smiths et tout son petit bric-à-brac, des mallettes, des boîtes de lait, un vieux cabas rescapé, un diadème japonais cassé, un petit monde enchanté. Sur les bureaux, sa collection printemps-été 2012, thématique infirmière et celle de cet hiver, inspirée par les parfaites ménagères, des vraies minaudières-livres de cuisine, des bijoux de cheveux avec radis, des mini sacs Good Things to Eat, toujours en édition limitée, au nombre de 16, son chiffre porte-bonheur, rapport au jour de sa naissance. Et aussi un peu parce qu'elle a peur de la lassitude ; d'ailleurs, elle pensait que les gens s'ennuieraient très vite de ses it bags entièrement faits main - " j'y tiens " -, de ses nominettes, pour écolière britannique brodées à son nom (avec précision : " hand made with love in France ") et fabriquées à Londres, par John Lewis, " C'est un peu la Samaritaine anglaise, c'est là que ma mère commandait les miennes quand j'étais petite ". Mais c'était compter sans ce joli truc en plus : Olympia se marie avec tout, la preuve par Natalie Portman en Dior et minaudière Lolita de Vladimir Nabokov ou Clémence Poesy en Chanel et La Belle et la Bête, vues à Cannes lors du dernier Festival, ou tous les jours, Olympia elle-même en OLT, plus d'autres encore, telle son amie Victoire de Castellane, nièce de Gilles Dufour, comme le monde est petit. Et le sien, si léger en apparence, qu'elle poste chaque jour, " c'est addictif ", sur son blog appelé The Olympia Press, du nom de cette maison d'édition célèbre et parisienne " qui éditait des livres érotiques, Lolita et ceux de la beat generation ". Elle y glisse des photos qui l'inspirent, des dessins, des couvertures, des broderies en cours, des alignements colorés, " des petites choses mignonnes ". On la voit parfois, mais très rarement, en photo, en robe modèle vintage (autour des années 50) qu'elle ajuste à ses mesures " pour que cela m'aille mieux ", des Prada quand il s'agit d'aller haut perchée ou des Saint Laurent, voire des Louboutin, " classique, quoi ", avec son rouge à lèvres très rouge " sans, c'est comme si je n'étais pas habillée " mais jamais avec du vernis dans le même ton, elle n'en porte plus, " il y a un âge pour tout ". Olympia n'en revient pas. Elle avoue même qu'elle est un peu " choquée ". Quoi, déjà 34 ans et toujours pas femme au foyer ? PAR ANNE-FRANÇOISE MOYSON