Retrouvez Frédéric Brébant chaque lundi matin, vers 9 h 45, dans l'émission " Bonjour quand même ", de Jean-Pierre Hautier, sur La Première (RTBF radio).
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Retrouvez Frédéric Brébant chaque lundi matin, vers 9 h 45, dans l'émission " Bonjour quand même ", de Jean-Pierre Hautier, sur La Première (RTBF radio).Le gnangnantisme musical est-il de retour ? Flash-back, mi-août 2005, il y a dix jours à peine. Sur l'écran scintillant de MCM, la chaîne " djeun " par excellence, débute le très regardé Top 50 dédié aux meilleures ventes de disques. Par curiosité, je laisse défiler ce compte à rebours de clips hétéroclites. C'est facile, c'est pas cher et cela permet de faire au moins deux choses en même temps. La cuisine, la vaisselle, du rangement, des câlins et plus si affinités. De la cinquantième à la sixième place, l'agencement du hit-parade est, à vrai dire, prévisible : un peu de rock, beaucoup de rap et énormément de ballades cucul mielleuses dignes des plus grandes heures de la Starac. Dur dur. Mais le plus consternant reste à venir. Car pour le haut du classement, c'est tout bonnement le minimalisme mélodique qui est à l'honneur. Il y a d'abord la sublime Ilona (11 ans) qui classe deux titres dans le Top 5 (joli exploit), à savoir sa dernière £uvre " C'est les Vacances " précédée de son clone " Un monde parfait " (mais si, vous connaissez : " Un oi-seau, un en-fant, une chèèèèèèèèèvre "). Pénible. Ensuite, on trouve Pinocchio qui, bizarrement, n'a rien trouvé de pire à faire que de pousser la chansonnette. Le " T'es pas cap " de cet imposteur virtuel est tout bonnement insupportable. Et puis, enfin, il y a cette espèce de grenouille grise aux yeux globuleux qui s'offre carrément la première place sur fond de techno pétaradante mais gentillette : Axel F qui ânonne l'affligeantissime " Crazy Frog " sur sa moto imaginaire. Du grand " arte povera " puisque ce morceau n'était, à l'origine, qu' un simple bruit de mobylette transformé ensuite en sonnerie de téléphone portable. Points communs entre ces quatre navets musicaux : une mélodie (si l'on ose dire) ultraprimaire, des paroles qui jonglent avec une vingtaine de mots, un clip qui privilégie l'option dessin animé en images de synthèse (laissant volontairement le vrai interprète dans l'ombre) et, le plus surprenant, un succès commercial à la limite de l'indécence. Certes, on pourrait se rassurer en se persuadant que cette réussite spectaculaire est forcément due au plébiscite des enfants, premières victimes innocentes de ce gnangnantisme musical. Mais lorsque les mêmes disques gagnent des chaînes de radio dites grand public en dehors de tout hit-parade, alors le doute s'installe méchamment. Et on s'interroge sur l'avenir de la création musicale. Dieu merci, il y a l'iPod, ce baladeur numérique qui permet à chacun de transporter des milliers de chansons dans sa poche. Et de les faire facilement découvrir aux autres par la même occasion. C'est d'ailleurs l'autre tendance mélomane du moment : échanger sa playlist et/ou la rendre publique si l'on est people. Certains magazines s'amusent en effet à lever le voile sur ce petit coin d'intimité musicale des personnalités connues, tandis que les temples de la branchitude proposent à leurs clients de goûter à l'univers sonore d'artistes moins connus, à l'instar de la boutique parisienne Colette qui a placé, cet été, des bornes d'écoute connectée aux iPods de photographes exposés. Chic. Dans ce grand déballage musical, quelques initiatives tentent toutefois de mettre tout le monde sur le même pied d'égalité. Ainsi, à Londres, les soirées NoWax (littéralement " Pas de cire ", comprenez " Pas de disque vinyle ") offrent à chacun l'opportunité de devenir DJ l'espace de quelques minutes, que l'on soit célèbre ou pas ( www.nowax.co.uk). Seule condition : débarquer avec son baladeur numérique pour mixer sa playlist en direct. Original, rafraîchissant et instructif. Sauf si, bien sûr, l'apprenti mixeur s'est contenté de mettre toutes les chansons de Ilona, Pinocchio et Axel F sur son iPod. Plus sadique, tu meurs. Frédéric Brébant