ELLE EST PRÉCOCE

Olivia Grace Bolles, dite Olivia Bee, naît à Portland le 5 avril 1994. Le même jour, à moins de 300 kilomètres, Kurt Cobain se payait un dernier tête-à-tête avec son Remington de calibre 20, donnant à la date de naissance de la demoiselle une portée hautement symbolique en termes de teen spirit. Heureusement, Miss Bee évolue dans un registre nettement moins torturé que le chanteur et guitariste de Nirvana et développe un univers éminemment personnel, dont la magie tient aussi à une part de mystère. Olivia empoigne son premier boîtier à 11 ans et à peine quatre ans plus tard, elle est repérée sur le Net. Ainsi commence la carrière de photographe professionnelle de celle qui, à seulement 19 ans, s'est imposée comme un nom à suivre dans la photo contemporaine. Douce mélancolie, célébration de l'instant présent, mélange de justesse, d'impertinence et de sincérité, son style fluctue suivant les projets sans jamais rater sa cible. " Il y a une partie de moi qui se revendique de Nan Goldin et Ryan McGinley, explique-t-elle, et une autre plus proche de Tim Walker, David LaChapelle ou Gregory Chris. J'aime autant travailler sur des clichés spontanés que sur des mises en scène très sophistiquées, faire des portraits classiques ou des trucs bizarres... Dans mon journal, je capture des moments, alors que pour une commande, je dois recréer tout un univers, c'est très différent. Ce que je préfère, c'est simplement de photographier des gens que j'aime. Et la nature de l'Oregon, ses lacs et ses forêts. "
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Olivia Grace Bolles, dite Olivia Bee, naît à Portland le 5 avril 1994. Le même jour, à moins de 300 kilomètres, Kurt Cobain se payait un dernier tête-à-tête avec son Remington de calibre 20, donnant à la date de naissance de la demoiselle une portée hautement symbolique en termes de teen spirit. Heureusement, Miss Bee évolue dans un registre nettement moins torturé que le chanteur et guitariste de Nirvana et développe un univers éminemment personnel, dont la magie tient aussi à une part de mystère. Olivia empoigne son premier boîtier à 11 ans et à peine quatre ans plus tard, elle est repérée sur le Net. Ainsi commence la carrière de photographe professionnelle de celle qui, à seulement 19 ans, s'est imposée comme un nom à suivre dans la photo contemporaine. Douce mélancolie, célébration de l'instant présent, mélange de justesse, d'impertinence et de sincérité, son style fluctue suivant les projets sans jamais rater sa cible. " Il y a une partie de moi qui se revendique de Nan Goldin et Ryan McGinley, explique-t-elle, et une autre plus proche de Tim Walker, David LaChapelle ou Gregory Chris. J'aime autant travailler sur des clichés spontanés que sur des mises en scène très sophistiquées, faire des portraits classiques ou des trucs bizarres... Dans mon journal, je capture des moments, alors que pour une commande, je dois recréer tout un univers, c'est très différent. Ce que je préfère, c'est simplement de photographier des gens que j'aime. Et la nature de l'Oregon, ses lacs et ses forêts. " Si son joli minois est absent de la nouvelle campagne pour Anaïs-Anaïs, elle incarne parfaitement le rebranding de Cacharel, qui vient de révéler, pour les 35 ans de son jus mythique, une version réactualisée. Baptisé Premier Délice, ce floriental gourmand ajoute des notes fruitées et légèrement vanillées au bouquet de fleurs blanches - lys, chèvrefeuille, jasmin, muguet... - au coeur de la composition initiale. Elle-même à la frontière ténue qui sépare l'adolescence de l'âge adulte, Olivia Bee en a réalisé les visuels et le spot publicitaire, tout en fraîcheur et en jeunes filles en fleur(s), s'inscrivant parfaitement dans l'imaginaire de la marque. " Je suis tellement contente que la campagne sorte enfin, on bosse dessus depuis un an... Ma mère portait Anaïs-Anaïs - comme tout le monde ! -, c'est un parfum super iconique, avec une forte identité visuelle, alors c'est génial pour moi de pouvoir prendre part à ce lancement, destiné à une nouvelle génération. Evidemment, il fallait respecter toute l'histoire de la marque et l'éclairer d'une autre manière. J'ai voulu amener un peu de clarté et d'optimisme, c'était un sacré challenge. " Quand elle ne dirige pas 200 personnes pour les besoins d'une pub, Olivia propose ses services aux poids lourds du sportswear (Adidas, Nike) comme aux icônes adolescentes (Converse All Star, jeans Levi's), met en scène la nouvelle Fiat 500, illumine les pages du Monde d'Hermès, shoote le tout-New York pour Vogue et passe de la presse la plus sérieuse (New York Times, Le Monde, Der Spiegel) à la plus déjantée (Vice Magazine) avec un égal bonheur. Fidèle à son apide pseudonyme, Olivia Bee turbine comme une abeille et garde son appareil à portée de main en permanence, jouant du déclencheur jusqu'à l'épuisement. " J'ai récemment pris deux mois de vacances après ma conférence TED (NDLR : événement international axé sur la créativité et l'innovation) à Athènes. J'avais besoin de souffler, je travaillais beaucoup trop et je n'y prenais plus plaisir. Mais aujourd'hui, tout ce que je veux, c'est bosser ! Je n'en peux plus de rester à New York et d'aller boire des verres, il me faut de l'action. " Plus qu'un appréciable gagne-pain, la photographie constitue pour elle un moyen de s'exprimer et de prolonger ses expériences, notamment sur les réseaux sociaux. " La photo, c'est ma façon de ressentir les choses. Disons que je fais des découvertes et qu'ensuite, j'en garde un souvenir en image. Comme un bonus, que je publie sur Facebook, Twitter, Instagram ou Flickr. C'est mon journal, ma mémoire visuelle, que je laisse en libre accès sur le Net pour communiquer des émotions, inspirer de la joie et de l'optimisme. " Une impudeur caractéristique de la génération Instagram, dont elle s'érige en figure marquante, un peu malgré elle : " On me demande d'être un exemple et c'est un grand honneur, reconnaît-elle, mais j'estime n'avoir que peu de véritables responsabilités. Je veux pouvoir être qui je veux et ne pas m'empêcher de poster certaines choses. J'ai toujours été honnête, je n'ai jamais caché que je faisais parfois des choses stupides, comme n'importe quelle ado. J'ai besoin d'être normale aussi. " ... mais elle en a marre qu'on le lui rappelle constamment. " Cela fait déjà 5 ans que je travaille à temps plein, donc je ne suis plus tout à fait une débutante. Cinq ans, c'est un quart de mon existence, ça fait long pour moi ! " Et si la question de son jeune âge la poursuit au-delà de sa vie professionnelle - " Cette semaine, on m'a demandé mes papiers, pour vérifier que j'aie bien l'âge de prendre l'avion seule, c'est-à-dire 16 ans. C'était vraiment la honte ! " avoue-t-elle un peu gênée - Olivia se garde bien de cracher dans la soupe et relativise. " Mon âge, ça fait partie du truc, j'aimerais qu'on arrête d'en parler mais je comprends aussi la curiosité des gens. En fait, je ne veux pas être réduite à ça, je préfère qu'on parle de mon boulot. Je travaille beaucoup, j'ai pas mal de responsabilités plutôt inhabituelles vu mon âge, mais à certains moment, j'ai juste besoin d'avoir 19 ans. Voir mes potes, sortir, tomber amoureuse, faire des conneries, c'est très important aussi. Je suis plutôt fière d'être restée normale, de m'autoriser à avoir 19 ans par moments. Mais je ne veux pas m'attarder sur mes fiertés, j'ai encore tellement de choses à faire. " " Je suis issue d'un milieu modeste, mes parents ne rêvaient pas très grand. Moi, si. Mais mes goûts et mes envies changent tout le temps - je suppose que c'est normal à mon âge - et ça se ressent sur mon travail. " Aujourd'hui Olivia aspire donc à explorer d'autres formes de romantisme en signant, pourquoi pas, la première séance photo sur la Lune. Entre autres. Car ses talents ne s'arrêtent pas à la photo, elle s'apprête d'ailleurs à sortir un film pour Hermès, juste avant son premier clip vidéo. Dans la liste de ses envies, on retrouve en vrac : un long-métrage et d'autres films, de nouvelles collaborations avec le milieu de la mode, puis peut-être l'une ou l'autre escapade musicale et un livre, sur lequel elle planche déjà " depuis une éternité ". " J'ai envie de faire tellement de choses que je cours toujours mille projets en même temps. J'aime sortir de ma zone de confort. Aujourd'hui, j'ai le bonheur de pouvoir choisir ; peu importe le produit ou la marque, si quelque chose m'emballe et que ma liberté artistique est assurée, je fonce. Mais je reste tout de même sélective, je n'ai vraiment pas de temps à perdre à cause de mauvaises décisions. J'ai déjà dit non à des tas de choses, mais j'ai déjà commis des tas d'erreurs aussi... En général, mes tripes me disent si je dois y aller ou pas. Pour mon premier clip, j'ai refusé plein de petites chansons pop parce que je ne voulais pas m'enfermer dans cet univers un peu éthéré et onirique, dans la conception qu'on avait de moi. Je subis pas mal de pression, parce que je suis un "jeune talent" ou peu importe comment on m'appelle. Certains passent à la loupe tout ce que je fais, déclare ou porte comme vêtements, et il y aura toujours quelqu'un pour dire des crasses, donc j'essaie que ça ne m'atteigne pas trop. Ceux qui ne pensent qu'à juger peuvent aller se faire voir, j'ai la chance de faire ce que j'aime le plus au monde et personne ne pourra gâcher ça. "PAR MATHIEU NGUYEN