C'est dans la pénombre d'un petit appartement bruxellois qu'Olli Bery lève le voile sur son travail. Accrochée à l'£il du photographe, une larme à l'encre bleue délicatement dessinée. Faut-il l'imaginer inconsolable ? Pas sûr. De son passé, il ne raconte pas grand-chose, c'est à prendre ou à laisser. À peine s'il laisse choir un pudique " Je devrais être mort ou en prison " qui n'explique rien mais en dit long.
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C'est dans la pénombre d'un petit appartement bruxellois qu'Olli Bery lève le voile sur son travail. Accrochée à l'£il du photographe, une larme à l'encre bleue délicatement dessinée. Faut-il l'imaginer inconsolable ? Pas sûr. De son passé, il ne raconte pas grand-chose, c'est à prendre ou à laisser. À peine s'il laisse choir un pudique " Je devrais être mort ou en prison " qui n'explique rien mais en dit long. Le parchemin tatoué qu'est sa peau évoque le miracle de sa survie en empruntant le fameux " Et la rue me reprit " du Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline. Sur cette ruine silencieuse et la rédemption qui l'accompagne, Olli Bery s'est inventé photographe comme l'étaient son père et son grand-père. Tard, car il a déjà 26 ans quand il enfonce pour la première fois un déclencheur. Il se met à shooter tout ce qui bouge. " Il a fallu un an pour que je fasse ma première photo. C'était un jour de neige, une rue dans laquelle de la fumée, des flics et un gamin noir ont composé un tableau... je n'avais plus qu'à appuyer. Une révélation. " Cette cohérence fondatrice va devenir sa marque de fabrique en même temps que le noir et blanc, un traitement chromatique qui " correspond à ma façon de synthétiser le monde ". Fort d'une esthétique " sans compromis ", Olli Bery se tourne vers un autre univers qui le fascine pour exercer son talent. En 2002, il monte au front du Furyfest - aujourd'hui Hellfest à Clisson, en Bretagne. Il se distingue en travaillant sur scène comme sur un ring. Faisant corps avec le magma tonitruant, il est au plus proche de la performance live. Du coup, il signera les images les plus emblématiques de cette messe consacrée aux musiques extrêmes, métal et punk. Il arrête en 2005. Non sans conséquence : " Le hardcore m'a donné mes valeurs morales. " C'est-à-dire ? " Je ne suis pas seulement là pour prendre des photos, je veux retirer de cette expérience un fondamental humain, c'est l'amour des gens qui me guide. " Il précise : " N'attendre rien de personne et être indifférent aux honneurs et au luxe. " Cet ascétisme se traduit également sur le terrain où Olli Bery s'encombre de peu de matériel, " la technique me ferait perdre ma spontanéité ". Dans la foulée de cette éthique dégraissée, il décide de suivre ceux dont les choix radicaux s'écartent du consensus général : gays armés aux États-Unis - " un sujet qui m'a permis de dédramatiser mon rapport aux armes " -, nouveaux chercheurs d'or en Californie ou activistes du droit des animaux - " je n'ai pas touché une seule protéine animale pendant les sept années durant lesquelles j'ai suivi cette communauté ". À 38 ans, l'homme bosse également, à leur demande, avec des politiciens et des industriels : " Ça se passe bien, je deviens très vite leur punk préféré. " Avec son frère, Philippe Bery, il crée Un oiseau dans la main, une structure filmique " commerciale mais intègre ". C'est avec celle-ci qu'il réalise des teasers pour compléter les books de mannequins issus d'agences telles que Ford Models Europe ou Women Management Paris. Repéré entre autres par Yann Linsart du magazine en ligne The Viewer et Nicolas Havette, le créateur des Nuits Photographiques à Paris, le nom d'Olli Bery résonne désormais aux quatre coins de la planète. Rien que sur les six premiers mois de l'année 2012, le Canada, Arles et Bruxelles le consacrent à la faveur d'expositions dont Walls (*). À travers des reportages sur Hongkong, ville fourbue, ou sur la musique du collectif flamand Church of Ra, un rouleau compresseur sonore guidé par une mystique chtonienne, c'est l'occasion de voir que même s'ils sont profonds, les noirs d'Olli Bery sont plein d'espoir. (*) Walls, du 17 février au 11 mars prochain, chez Recyclart, à Bruxelles. www.recyclart.info et www.olli-bery.com PAR MICHEL VERLINDEN " LE HARDCORE M'A DONNÉ MES VALEURS MORALES. "