C'est d'abord une histoire d'amitié. Nous sommes en 1991, cinq potes photographes s'associent sous le nom paradoxal de Tendance Floue. Défi : partager sans se diluer, faire valoir son talent propre sans marcher sur la bobine du copain ( lire aussi l'interview de Meyer en page 30). La structure est (et reste) fragile, mais la volonté est là. Alors que d'autres se sont cassé les dents sur la dure réalité du métier, vingt ans après sa modeste apparition, ce collectif faussement foutraque compte aujourd'hui 14 membres et entend plus que jamais opposer " à la standardisation croissante des pratiques de diffusion et de médiatisation du photoreportage une forme de résistance généreuse ". Entendre : se démarquer des grosses agences aux yeux brûlés par l'actualité chaude, otages de l'immédiateté numérique et profondément blessées par la crise de la presse. En diversifiant les supports (presse, édition...

C'est d'abord une histoire d'amitié. Nous sommes en 1991, cinq potes photographes s'associent sous le nom paradoxal de Tendance Floue. Défi : partager sans se diluer, faire valoir son talent propre sans marcher sur la bobine du copain ( lire aussi l'interview de Meyer en page 30). La structure est (et reste) fragile, mais la volonté est là. Alors que d'autres se sont cassé les dents sur la dure réalité du métier, vingt ans après sa modeste apparition, ce collectif faussement foutraque compte aujourd'hui 14 membres et entend plus que jamais opposer " à la standardisation croissante des pratiques de diffusion et de médiatisation du photoreportage une forme de résistance généreuse ". Entendre : se démarquer des grosses agences aux yeux brûlés par l'actualité chaude, otages de l'immédiateté numérique et profondément blessées par la crise de la presse. En diversifiant les supports (presse, édition, institutionnel, expositions), en multipliant les genres (photo plasticienne, documentaire, reportages longs), en asseyant une réputation décomplexée et expérimentale, promesse d'originalité sur un marché saturé d'images, ce gang armé d'objectifs et de désirs s'est faufilé avec panache entre les mailles du filet. S'il reste foncièrement indépendant et laisse à la photo le temps de révéler le monde de façon moins frontale, moins expresse, plus subtile, c'est aussi en partie grâce à la solidarité qui les porte. Financière, bien sûr (35 % des revenus individuels sont reversés au groupe), mais aussi artistique. Expression brillante de cet esprit collégial, chaque année, les photographes mettent en veille leur boulot perso et embarquent sur un projet commun. Parmi ceux-là, Nationale Zéro, à découvrir au centre culturel de Marchin tous les week-ends du mois d'août à l'occasion des 5es Promenades photographiques en Condroz ( lire le carnet pratique en page 31 ). En 2003, à la veille de l'entrée dans l'Union européenne de dix nouveaux pays, les photographes de Tendance Floue se sont passé le relais au fil d'un itinéraire arbitraire qui les mènera de Malte à la Pologne, de la Finlande à l'Écosse. Au final, une mosaïque de regards singuliers dessinant les contours d'une Europe, " si lointaine et si proche à la fois ", pour paraphraser le thème qu'ont précisément retenu les organisateurs des 5es Promenades photographiques du Condroz. " Notre idée est d'interroger la possible cohabitation des idées et des modes de vie, éclaire Emmanuel Dautreppe, commissaire du festival. Les questionnements que provoquent Tendance Floue, sur les notions d'errance, de territoire et de géographie sont à cet égard pertinents. Et puis, c'est l'occasion de fêter l'anniversaire de ce collectif remarquable de cohésion. Il s'agit en outre de la seule date belge dans le cadre de la tournée européenne de leurs vingt ans d'existence. " On serait floue de manquer ça. Meyer (1969) est entré à Tendance Floue en 1996. Nous le pêchons par téléphone, début juillet, la voix rocailleuse des lendemains de fête, en direct des Rencontres d'Arles, où le collectif inaugurait la veille une rétrospective anniversaire (*). Une certaine envie d'être libre, de vivre une expérience. Je les suivais depuis leur début, j'appréciais leur comportement expérimental, ils faisaient souffler un vent frais sur le secteur. Aujourd'hui, toute ma vie est tournée vers cette aventure, je conserve un désir intact de fabriquer des images, de les cueillir, de les porter, de les choyer, ce qui est essentiel. Très bien. C'est face aux autres que prend toute la valeur de la singularité. Plus encore dans les projets collectifs ( NDLR : comme Nationale Zéro) qui sont notre marque de fabrique absolue. Il ne faut pas trop vivre d'espérances. On le voit à la faveur de notre rétrospective à Arles, on a atteint une certaine maturité. Si on en est là, c'est parce que l'on est heureux et que l'on continue de vivre au jour le jour. La survie, économique entre autres, se fabrique en permanence, on se bagarre tous les jours, tous nos efforts sont tendus vers un seul objectif : faire des images. Toujours ranger son amour propre à un moment donné. Face aux souffrances, aux difficultés, partager, s'écouter, s'entendre. On sait à quel point cela peut être difficile. Mais c'est assez naturel chez nous et nous sommes les premiers à nous en étonner. Autour des images, on a construit des relations très fortes, solides et agréables. (*) Rétrospective Tendance au Magasin électrique - Parc des Ateliers de Arles dans le cadre des Rencontres de la Photographie. Jusqu'au 18 septembre prochain. www.rencontres-arles.com www.tendancefloue.netPAR BAUDOUIN GALLER