Que l'on entre à Narbonne par voies d'eau, via le canal du Midi et de la Robine ou par voies de terre, c'est d'abord le soleil éclatant et sa lumière cristalline qui vous accueillent. Fleurs et bannières colorées ponctuent le parcours jusqu'au centre-ville. Charles Trenet, natif d'ici, a laissé son empreinte un peu partout et dans l'air, incontestablement Y'a d'la joie et du rire... Au centre d'un rond-point, une immense amphore romaine laisse échapper un filet de nectar rouge. Le ton est donné. Comme si poser les pieds sur les pavés brûlants de l'ancienne Via Domitia procurait déjà une certaine ivresse. Une euphorie très latine qui connaît son apogée au cours de l'été, lorsque les touristes se mêlent aux Narbonnais, pour faire la fête et danser la salsa sous les étoiles...
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Que l'on entre à Narbonne par voies d'eau, via le canal du Midi et de la Robine ou par voies de terre, c'est d'abord le soleil éclatant et sa lumière cristalline qui vous accueillent. Fleurs et bannières colorées ponctuent le parcours jusqu'au centre-ville. Charles Trenet, natif d'ici, a laissé son empreinte un peu partout et dans l'air, incontestablement Y'a d'la joie et du rire... Au centre d'un rond-point, une immense amphore romaine laisse échapper un filet de nectar rouge. Le ton est donné. Comme si poser les pieds sur les pavés brûlants de l'ancienne Via Domitia procurait déjà une certaine ivresse. Une euphorie très latine qui connaît son apogée au cours de l'été, lorsque les touristes se mêlent aux Narbonnais, pour faire la fête et danser la salsa sous les étoiles... Narbonne, autrefois Narbo-Martius ou la première colonie romaine en Gaule, tire de son passé romain une grande fierté ! De son grand port de mer, du forum, de l'aqueduc ou de l'amphithéâtre, il ne reste pourtant quasi rien. Mais qu'importent les vieilles pierres, puisque leur c£ur palpite encore... Arrivé sur la place de l'hôtel de ville, le visiteur qui lève les yeux pour la première fois sur l'imposante tour médiévale de Gilles Aycelin ne peut être qu'ébloui. Ses s£urs de la Madeleine et Saint-Martialle que relie la belle façade Viollet-le-Duc de l'hôtel de ville prennent sous le soleil généreux des teintes d'or. La découverte, au c£ur de la cité, de cet ensemble monumental du Palais des évêques et de la cathédrale Saint-Just et Saint-Pasteur, plonge dans le passé médiéval de la ville et invite à la rêverie. Une étrange sensation étreint en pénétrant dans la cathédrale inachevée dont seul existe son ch£ur gothique rayonnant adjoint plus tard d'un cloître. Privée de nef et de transept, la cathédrale oblige fidèles et visiteurs à prendre place dans le saint du saint, tout proche de l'autel et à lever les yeux û et l'âme û vers la voûte qui semble ici plus céleste que jamais. Imprégné du passionnant héritage de la ville, on explore ses ruelles animées, ses boutiques modernes et attrayantes. Ici une terrasse accueillante, là des effluves d'un chocolatier artisanal... Puis le long de la Robine, vêtues de métal et de verre dans le style Baltard, les halles magnifiquement restaurées s'élèvent comme un temple de la gastronomie. Elles sont le rendez-vous des gourmets qui cherchent des produits frais ou désirent se familiariser avec les spécialités locales. Parmi elles, la galette et la figuette narbonnaise préparée avec de la pâte feuilletée, des pignons de pins de la Clape, des figues confites, de la crème d'amandes et du célèbre miel de Narbonne ouvrent à coup sûr l'appétit. Comme un joyau dans son écrin, le canal de la Robine aux berges fleuries û classé par l'Unesco û traverse la ville et la relie au canal du Midi. Construit à la fin du xviiie siècle dans l'ancien lit de l'Aude détournée depuis quatre cents ans, il symbolise la renaissance de la tradition marchande de Narbonne. Le long de ses berges chantent toujours les cigales... A cinq minutes du centre-ville, la nature déjà reprend ses droits. Lagunes, forêts méditerranéennes ou garrigues, les paysages ici se mêlent toujours à des vignobles aux noms enchanteurs. Si les premières vignes apportées par les marchands grecs de l'Antiquité ont disparu, celles que l'on voit ici restent les plus vieilles de France. Sur certains domaines, subsistent de surprenantes propriétés dont l'imposant corps de maison jouxte de véritables cathédrales. Abritant les anciens chais, elles datent généralement de la fin du xixe siècle et rappellent le temps où les plus anciennes vignes de France s'épuisaient à faire couler le vin à flots... Fraude et surproduction ont alors beaucoup nuit à l'image des vins des Corbières et il aura fallu près d'un siècle d'efforts pour les réhabiliter. Certains ont jeté le gant et ont transformé leur demeure en chambre d'hôtes et gîtes de charme, mais d'autres ont poursuivi leur combat pour la vigne. Depuis 1985, dix crus généreux et puissants (A O C) associés à leur terroir forment aujourd'hui le riche patrimoine des Corbières en Languedoc. Bon nombre de leurs caves et caveaux se retrouvent parmi les 600 du Languedoc-Roussillon labellisés " Relais Tourisme Vigneron ". Très conviviaux, les viticulteurs racontent ainsi leurs vins et invitent à les déguster avec des produits régionaux : fromage, poissons, olives... On les rencontre le long d'itinéraires de randonnées à pied et à vélo aménagés le long des anciennes voies romaines. Les paysages qui enlacent Narbonne sont d'une richesse infinie. Pour les protéger, le Parc naturel régional de la Narbonnaise est né récemment. Il couvre 100 000 hectares qui englobent au sud les Corbières Maritimes, puis juste au-dessus le Massif de Fontfroide et sa superbe abbaye. Le parc comprend aussi une vaste zone humide faite d'étangs, de lagunes et de salins. Une zone splendide à découvrir au départ de Narbonne grâce au circuit du Golf Antique. Ce réseau d'itinéraires balisés (75 km au total) pour promenades et randonnées permet de faire le tour des charmants villages de pêcheurs û Gages, Peyriac-de-Mer, etc û qui l'encerclent. Enfin, Narbonne-ville est indissociable de sa s£ur Narbonne-plage, station balnéaire coquette et centre de voile à laquelle on accède au terme de la traversée du Massif de la Clape. Ce site naturel exceptionnel, autrefois recouvert par la mer, recèle une flore et une faune originales. Intégré au parc naturel de la Narbonnaise, cet espace est très prisé des amoureux de randonnées, balades équestres et d'escalades. Le bleu du ciel, l'ocre de la terre et les nuances de vert obtenues par un mélange de pins, de cyprès, de chênes et de buissons de garrigues où dominent le thym, la sauge et une centaurée indigène rappellent les toiles de Toulouse-Lautrec qui venait peindre ici dans le château de sa mère. Les vallons frais abritent également des vignes offrant aux promeneurs un charme supplémentaire. Une foule de petits viticulteurs y produisent d'excellents vins étiquetés A O C Coteaux du Languedoc-La Clape. Parmi eux, le comédien Pierre Richard qui, l'été, dédicace ses bouteilles. Il vit à Gruissan, à côté de Narbonne-plage, là où parmi les jolies maisons sur pilotis on a tourné le film " 37,2° le matin ". D'ailleurs l'été, à la terrasse des cafés, il n'est pas rare de croiser encore l'une ou l'autre star... Impossible de faire le chemin jusqu'à Narbonne sans sillonner le Pays Cathare. De la Méditerranée aux Pyrénées, il s'étend aux portes de la ville, sur le département de l'Aude et couvre donc une bonne partie de la région des Corbières. Mais la présence des vignobles ne tarit pas la diversité des paysages de ce pays mythique. Plantés dans des décors naturels spectaculaires, les châteaux cathares érigés entre le xie et xiiie siècles sont autant de forteresses imposantes et sublimes surmontant d'invraisemblables pitons rocheux. Surnommées les forteresses de l'hérésie, elles sont les témoins muets d'un chapitre douloureux de l'histoire de France au cours duquel l'intolérance du pouvoir religieux en place a pourchassé, supplicié et brûlé les adeptes d'un christianisme manichéen appelé cathares. Frisson sous un soleil de plomb. Restent aujourd'hui onze divins témoins de ce passé dont les plus impressionnants sont sans doute, Puilaurens à Lapradelle, Peyrepertuse à Duilhac et Quéribus à Cucugnan, juste en face du village où le curé d'Alphonse Daudet prononça son célèbre sermon. Envie d'une baignade de rêve ? Plongez dans les eaux jade et turquoise des Gorges de Galamus, non loin de Lapradelle. Quant au superbe village de Lagrasse connu pour son abbaye de Saint-Papoul, il recèle de sympathiques chambres d'hôtes et d'excellentes tables permettant d'écouler des jours paisibles dans une localité hors du temps. Texte & photos : Sophie Dauwe & Jean-Jacques Serol /