1. L'OBJET QUE J'EMPORTE TOUJOURS DANS MA VALISE

Les livres ! Ils m'accompagnent et m'apaisent pendant mes voyages, qui sont le plus souvent des obligations professionnelles déstabilisantes. Quand je suis dans un avion ou dans un hôtel à l'autre bout du monde, j'aime poursuivre la lecture d'un roman que j'ai entamé chez moi. C'est à la fois une façon de ne pas perdre mes repères et de me reposer l'esprit. Récemment, j'ai dévoré Les Mains du miracle de Joseph Kessel, et Passion arabe, le formidable essai de Gilles Kepel.
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Les livres ! Ils m'accompagnent et m'apaisent pendant mes voyages, qui sont le plus souvent des obligations professionnelles déstabilisantes. Quand je suis dans un avion ou dans un hôtel à l'autre bout du monde, j'aime poursuivre la lecture d'un roman que j'ai entamé chez moi. C'est à la fois une façon de ne pas perdre mes repères et de me reposer l'esprit. Récemment, j'ai dévoré Les Mains du miracle de Joseph Kessel, et Passion arabe, le formidable essai de Gilles Kepel. Je crois beaucoup en cette phrase de Jim Harrison : " Ma maison est mon corps. " Le seul moyen de survivre, même dans le plus bel endroit du monde, c'est d'être en harmonie avec soi-même. Mais il y a deux ports d'attache où je me ressource plus qu'ailleurs : la propriété de mon épouse, dans le Perche, pour son silence, sa campagne superbe et ses cieux d'une beauté inouïe à seulement une heure et demie de Paris, et mon point de chute à Belle-Ile, une petite maison de pêcheur face à la mer, que j'ai retapée il y a quelques années. Malheureusement, je n'y vais pas assez souvent... Dubai, de ma chambre à l'hôtel Intercontinental, où je possède le restaurant Reflets depuis 2007 : un gigantesque mirage, sorte de Metropolis sortie des sables. Ce spectacle surréaliste dépasse l'imagination des jeux vidéo : des barres d'immeubles luisantes, des architectures ostentatoires et d'autant plus étonnantes qu'il y a trente ans, ce n'était que du désert. On n'y ressent rien d'agressif pour autant. Pour me détendre, j'aime m'attabler chez Betawi, une formidable cantine indonésienne bon marché. J'ai précisément choisi Belle-Ile pour son incroyable variété de plages. On y trouve des grandes étendues de sable et des petites criques, des blondes et des rocheuses, des familiales et des sportives, comme celle du Donan, que j'aime pour ses rouleaux. Pour une fois, j'ai vraiment profité de la région cet été : la saison fut exceptionnelle en Bretagne, avec des lumières fabuleuses et une eau à (presque) 20 degrés. Mon rituel quotidien ? Choisir chaque matin une plage différente, lire cinq pages de mon livre et me baigner un long moment. En fin de journée, à l'heure de l'apéro, j'aime prendre un verre de muscadet sur la terrasse du Castel Clara. www.castel-clara.com C'était au Japon, il y a quelques mois. Je me suis rendu dans la préfecture de Yamaguchi, où on m'a remis le titre honorifique d'ambassadeur culturel de la région. Un soir, au sommet d'une colline dominant une large baie, près de la ville de Nagato, j'ai assisté au coucher de soleil le plus féerique de ma vie. Le soleil a embrasé la mer et la végétation, les lumières des bateaux de pêche scintillaient sur l'eau, le paysage avait une profondeur de champ ahurissante. Même la présence d'une trentaine de touristes japonais munis de caméras n'a pas gâché la fête ! Le Mandarin oriental de Hongkong, bien sûr, que je fréquente assidûment puisque j'y ai ouvert un restaurant gastronomique au 25e étage. J'ai rarement vu un service aussi professionnel et gentil. Mais j'ai aussi un faible pour le Ritz de Londres. On y trouve tout ce qui peut me faire sourire et m'impressionner chez les Anglais : le côté vieillot et emphatique du décor, qui a pourtant été entièrement refait à neuf, le service sur-joué qui passerait pour complètement ridicule en France, l'élégance décalée des mamies au moment du tea-time, sans parler du propriétaire qui ne veut ni spa ni salle de gym dans son palace, de peur de croiser un client en peignoir dans l'ascenseur ! So British ! www.theritzlondon.com Fin 2013, j'ai organisé un dîner de prestige pour Christie's, qui a monté sa première vente aux enchères d'art contemporain à Shanghai. Mon emploi du temps est maintenant calé pour une année : je dois me rendre à Moscou, à Tokyo et partout où j'ai des restaurants. Mais j'ai l'intention de rester plus que jamais présent dans celui de la rue Balzac ! FRANÇOIS-RÉGIS GAUDRY