En termes de message envoyé aux autres, se vêtir n'est jamais anodin. Sans évoquer ici les signes ostentatoires d'appartenance à une communauté - on a assez entendu gloser sur le burkini cet été -, le simple fait d'opter pour un jeans ou un tailleur, des talons hauts ou des baskets est déjà une façon de communiquer. Et lorsque, aux Etats-Unis, la First Lady se constitue une garde-robe mettant en valeur des stylistes aux origines métissées plutôt que des WASP surmédiatisés, c'est aussi une prise de position.
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En termes de message envoyé aux autres, se vêtir n'est jamais anodin. Sans évoquer ici les signes ostentatoires d'appartenance à une communauté - on a assez entendu gloser sur le burkini cet été -, le simple fait d'opter pour un jeans ou un tailleur, des talons hauts ou des baskets est déjà une façon de communiquer. Et lorsque, aux Etats-Unis, la First Lady se constitue une garde-robe mettant en valeur des stylistes aux origines métissées plutôt que des WASP surmédiatisés, c'est aussi une prise de position. Idem quand Maria Grazia Chiuri, première femme nommée à la direction artistique de Dior depuis la fondation de la maison en 1947, habille ses mannequins de tee-shirts bardés d'un " We should all be feminists ". Un discours silencieux entériné par la présence parmi les invités de l'auteure nigériane Chimamanda Ngozi Adichie, figure de proue du mouvement pour l'égalité des sexes. Sans conteste un des moments les plus commentés des dernières Fashion Weeks, au même titre que le show d'Anthony Vaccarello, qui s'est récemment vu confier les rênes de Saint Laurent. Du cuir, de l'imprimé léopard, un jeu sur la transparence, un parti pris sexy et élégamment provocateur : le jeune Belge formé à La Cambre mixe le vocabulaire qui lui est propre à la grammaire du père de la griffe, tout en rendant hommage, de manière plus ténue, à Hedi Slimane, son prédécesseur. Chez Jacquemus également, il est question de références : le Parisien d'adoption fait appel au souvenir des santons de son enfance provençale pour imaginer des silhouettes pleines de fraîcheur. Un effet madeleine de Proust qui fonctionne. Mais le renvoi à des symboles connus n'a pas attendu les défilés du printemps 2017 pour nourrir la mode : rien que cet hiver, les vestiaires se ponctuent de l'" oeil ouvert " cher à l'Egypte antique (Givenchy), de soleils ou de chevaux ailés (Alexander McQueen) ou encore de dessins emblématiques de l'astrologie ou de l'ésotérisme. " Quand on remonte aux origines, dans les années 20 et 30, on s'aperçoit que les créateurs franco-italiens (...) partageaient une attirance pour le mysticisme, le religieux, le surréalisme ", explique le sociologue Frédéric Godart. Alors qu'Elsa Schiaparelli intitulait une de ses collections Zodiaque, la très superstitieuse Gabrielle Chanel, sa rivale, glissait partout des motifs " lion ", son signe astral, ou ses chiffres porte-bonheur. Dès qu'il s'agit de vêtements, le hasard n'a vraiment pas sa place. DELPHINE KINDERMANS RÉDACTRICE EN CHEFOpter pour un jeans ou un tailleur, des talons hauts ou des baskets est déjà une façon de communiquer.