Comment faire la différence ? A force d'être sur tous les fronts, il y a risque de dilution. La mode a trouvé la parade. Elle défile, théâtralise, partage, like, selfie, instagramme, streetstyle. Et chacun, label, maison et créateur, tente à son échelle d'imprimer durablement les esprits, avec parfois un supplément d'excitation partagée. Mention " frissons " à Valentino qui clôt son show avec l'apparition survoltée de deux hommes entre deux âges, Ben Stiller et Owen Wilson, tournant en live une scène du second volet de leur comédie culte Zoolander (2001) (lire par ailleurs), et au collectif Vêtements, qui invite ses hôtes au Dépôt, sex-club gay, dans un bouillonnement d'énergie propre aux années 80 quand c'était à celui qui dénicherait le lieu le plus improbable pour défiler autrement, et propose un vestiaire référencé, transgénérationnel et (dé)construit qui s'inscrit sans fausse pudeur dans le luxe.
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Comment faire la différence ? A force d'être sur tous les fronts, il y a risque de dilution. La mode a trouvé la parade. Elle défile, théâtralise, partage, like, selfie, instagramme, streetstyle. Et chacun, label, maison et créateur, tente à son échelle d'imprimer durablement les esprits, avec parfois un supplément d'excitation partagée. Mention " frissons " à Valentino qui clôt son show avec l'apparition survoltée de deux hommes entre deux âges, Ben Stiller et Owen Wilson, tournant en live une scène du second volet de leur comédie culte Zoolander (2001) (lire par ailleurs), et au collectif Vêtements, qui invite ses hôtes au Dépôt, sex-club gay, dans un bouillonnement d'énergie propre aux années 80 quand c'était à celui qui dénicherait le lieu le plus improbable pour défiler autrement, et propose un vestiaire référencé, transgénérationnel et (dé)construit qui s'inscrit sans fausse pudeur dans le luxe. Et comment résister à l'éphémère qui guette ? En peaufinant son ancrage, dans le temps et dans l'histoire. La mode se nourrit de réminiscences qui parfois se font hommage, littéralement ou non. Les années 70 règnent toujours sur les catwalks - et même la décennie suivante, en n'en gardant que le meilleur. Etre né à la même époque est une raison suffisante, les territoires de l'enfance peuplent toujours les plus beaux fantasmes des créateurs. Mais la mode se nourrit aussi de racines - et si elles sont maison, c'est tant mieux. Prenez Sonia Rykiel, qui en reine du tricot bouleversa la rue post-soixante-huitarde. Son Q.G. de Saint-Germain-des-Prés est désormais confié à Julie de Libran qui l'a transformé en bibliothèque épatante, plus de 50 000 livres posés là, à côté d'une garde-robe du temps présent qui ne demande qu'à battre le pavé. Oui, le vestiaire dit beaucoup d'une époque. On ne s'étonnera donc pas de trouver des vêtements sans distinction de jour ou de nuit, et souvent de genres. Entre le masculin et le féminin, les frontières sont de plus en plus floues. Chez Gucci, Alessandro Michele transcende parfaitement le vocabulaire sexué avec ses lavallières transgenres sur transparence. On s'amusera ailleurs à découvrir des néo-bourgeoises, des rockeuses, des femmes-animales, des concentrés de poésie, quelques guerrières, des jeunes mères parées de dentelle (Dolce & Gabbana) et des Parisiennes, forcément, mais avec tendance à la mondialisation. Et puisqu'il n'est plus tout à fait l'heure des concepts et des vestes à trois manches, voici en images le contenu d'une garde-robe automnale très portable. Démonstration en dix défilés. Chez Hermès, on n'oublie jamais ses racines, le meilleur gage pour entrer dans l'histoire et déjouer du même coup les pièges de l'éphémère. Rendez-vous au manège des Célestins, à la Garde républicaine, pour une démonstration magistrale du savoir-faire maison mêlé aux inspirations " équitation " tout en finesse de Nadège Vanhee-Cybulski, responsable de la création des collections féminines de la maison depuis juillet dernier. En quarante silhouettes d'une grande élégance où le cuir, le twill de soie, le cachemire, le bleu-noir, le rouge et le blanc cassé sont rois, elle prouve que l'intemporel est diablement contemporain. Que souhaitent les femmes en matière de mode ? Pour Miuccia Prada, la réponse est simple : de la couleur, des noeuds et des ornementations. Le label italien a donc (temporairement) laissé de côté ses silhouettes résolument étranges et parfois peu accessibles, pour livrer un vestiaire exquis, rempli de poésie. Les teintes sont douces et vont du rose - la couleur de l'automne-hiver 15-16 - au turquoise clair, en passant par le vert d'eau ou le gris léger. Il y a des touches de fourrure posées sur les épaules, des gants dans lesquels on rêve de plonger ses mains. Rien de trop mièvre pour autant, puisque les pièces sont régulièrement fabriquées dans des matières techniques, façon Néoprène. Pour princesses des temps modernes.Une fois n'est pas coutume, Bottega Veneta sort des sentiers battus, pour oser quelques expérimentations. Outre d'hypnotiques pois qui parsèment les looks, on croise plusieurs lavallières, symbole de cet esprit résolument rétro qui flotte, de façon générale, sur les collections. Pas de nostalgie cependant, le tout étant contrebalancé par l'utilisation de matériaux techniques. A noter encore la présence de quelques robes-tuniques, qui s'enfilent sur un pantalon extra-long. Incontestablement le duo sacré de l'hiver 15-16.Il a tout pour lui : une gueule d'ange à la James Dean, un sens très pro du branding, une vision actuelle de ce que doit être une marque haut de gamme. Avec une énergie euphorisante, Jonathan William Anderson, 30 ans à peine, poulain de LVMH, rénove de fond en comble Loewe, maison espagnole fondée en 1846 et spécialisée dans le cuir. Dans cet univers du luxe et de l'artisanat, il fait bouger les repères, préfère les vêtements confortables, s'inspire des années 80 dans ce qu'elles avaient de meilleur et parvient, avec l'aide des ateliers, souligne-t-il fairplay, à rendre le cuir aérien. L'inspiration est forte, rien de moins qu'une mythique Marilyn Monroe, déambulant sur une plage de Malibu. Pour sa prochaine collection hivernale, MaxMara nous fait voyager dans le temps, avec jupe crayon et lunettes papillon. Mais on retiendra surtout ce mohair léger, presque transparent, porté comme une seconde peau. Une matière repérée également chez Chanel, Roberto Cavalli ou Dolce & Gabbana. Les plus frileuses pourront l'associer à un manteau matelassé, autre tendance cocoon de la saison. A ce sujet, mention spéciale pour Fendi et sa doudoune gonflée à bloc, tel un édredon.S'il ne fallait retenir qu'un élément des collections milanaises, ce serait très certainement le manteau, pièce majeure de tout vestiaire hivernal. On l'aime lorsqu'il joue les prolongations, en se déployant des épaules au sol, comme chez Fausto Puglisi. Ou lorsqu'il se débarrasse de ses manches, à la façon de Marni. Mais la griffe qui parvient à tirer son épingle du jeu dans cet exercice, c'est Jil Sander. En utilisant des étoffes de qualité - cachemire double face, panneaux de poulain... -, le label réputé pour son état d'esprit minimaliste donne envie, avec des pièces sobres et d'inspiration masculine, taillées au cordeau.Elle a magistralement occupé la brasserie Gabrielle, la néo-bourgeoise dessinée par Karl Lagerfeld pour Chanel. Forcément, dans cette " French collection ", il s'en est donné à coeur joie : il les a chaussées d'escarpins à brides et bout noir, talon de 4 centimètres à peine parce que " cela fait une belle jambe " et leur a offert du tweed à profusion - on connaît les codes maison. Rien de tel que cette matière piquée au vestiaire du gentleman pour jouer la bourge contemporaine, il semble que les créateurs se soient passé le mot, dans sa déclinaison effrangée chez Haider Ackermann ou carrément littérale chez Veronique Branquinho et Saint Laurent.Quarante ans déjà que Giorgio Armani a lancé sa griffe et propose sa propre vision de la mode. Cet adepte du tailoring bien pensé confirme la tendance apparue en janvier dernier, lors de la Fashion Week dédiée à l'Homme, et qui floute toujours plus les frontières entre les vestiaires des deux sexes. Pour preuve, le créateur italien a ici consacré sa collection entière au pantalon, avec pas moins de vingt nouveaux modèles, tous différents. Legging fondu dans une jupe, pyjama drapé de soie, pantacourt en velours... Autant de pièces pratiques par excellence, qui ne manqueront pas de trouver leurs adeptes.Puisqu'il voulait " un sentiment de surcharge émotionnelle dans la collection, avec cette femme animale et sexuée vêtue d'un camouflage d'un genre nouveau ", Raf Simons, directeur artistique de Dior, a paré de bottes vinyle seconde peau ses filles qui n'ont plus rien à voir avec les fleurs chères au débonnaire père fondateur. L'intérêt de cette matière laquée ? Elle fait miroiter la lumière, tend au wetlook, en jette un maximum et joue sur plusieurs tableaux référentiels - seventies, bourgeoise, rock, voire SM... Ce qui permet d'embrasser en une seule paire de cuissardes quelques tendances lourdes de la saison. Une première silhouette et tout est dit : un manteau de fourrure virginal et XXL où se lover - du coup, on peut sortir jambes nues en boots - et une petite malle métallisée Epi Silver qui pourrait bien être un beauty-case si cet objet monogrammé, qui a immédiatement fait le tour du monde instagrammé, ne permettait de se connecter et de recharger ses batteries. Pour la malle, en l'occurrence la boîte Flacons créée en 1900 déjà, on ne la trouvera que chez Louis Vuitton, l'inventeur patenté, mais pour ce qui concerne la fourrure, pas de chasse gardée, elle se porte à tout crin, chez tous, même chez Stella McCartney dans une version, of course, végétalienne.PAR ANNE-FRANÇOISE MOYSON ET CATHERINE PLEECK