On a tous quelque chose en nous du Paradiso. Notre choix perso vise le concert que Ryan Adams y donne le 3 octobre 2006. Le jeune alternativo-rocker de Caroline du Nord, rien de commun avec son quasi- homonyme canadien Bryan, s'y produit en compagnie de son groupe, The Cardinals. Funeste connection avec la religiosité passée du lieu qui ne précipitera cependant aucun miracle : visiblement ivre, titubant, têtant sa bouteille de champagne devant les 1 500 spectateurs initialement complices mais en voie rapide de lassitude, Adams livre une prestation en tout point catastrophique. Les notes de guitares déglinguées filent la gueule de bois aux paroles en perdition. Les trois imposants vitraux aux couleurs dorées qui ceintrent l'arrière-scène s'en souviennent encore.
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On a tous quelque chose en nous du Paradiso. Notre choix perso vise le concert que Ryan Adams y donne le 3 octobre 2006. Le jeune alternativo-rocker de Caroline du Nord, rien de commun avec son quasi- homonyme canadien Bryan, s'y produit en compagnie de son groupe, The Cardinals. Funeste connection avec la religiosité passée du lieu qui ne précipitera cependant aucun miracle : visiblement ivre, titubant, têtant sa bouteille de champagne devant les 1 500 spectateurs initialement complices mais en voie rapide de lassitude, Adams livre une prestation en tout point catastrophique. Les notes de guitares déglinguées filent la gueule de bois aux paroles en perdition. Les trois imposants vitraux aux couleurs dorées qui ceintrent l'arrière-scène s'en souviennent encore. Depuis son ouverture le 30 mars 1968, sous le label " Cosmic Relaxation Center Paradiso ", dans cette ancienne église ressemblant de l'extérieur à une grande école, le lieu n'a cessé de symboliser une forme d'alternative aux normes du calvinisme. Même si à 500 000 visiteurs l'an, la programmation a depuis longtemps imprégné la culture des soixante-huitards d'autres impératifs commerciaux. D'autant qu'on ne fume plus au Paradiso depuis 2008 et l'interdiction néerlandaise du tabac dans les lieux publics. Ce qui change de certaines soirées pas si lointaines, donnant le sentiment de pénétrer un cumulus de pétards, brumeux comme des rasades de genièvre, le Schiedam local tapant à 40 °. Les briques en ont officiellement vu d'autres, à commencer par une congrégation religieuse qui inaugure le bâtiment en 1880 : la chose de style néo-roman accueille une tendance libérale de la foi, baptisée De Vrije Gemeente te Amsterdam. La commune libre d'Amsterdam, nom prémonitoire à ce qui suivra un peu moins d'un siècle plus tard lorsque l'église - tombée en désuétude en 1965 - est reprise par ce qu'il faut bien nommer " une bande de hippies ". Hippies, mais à la sauce Provo , version néerlandaise de l'émancipation internationale de la jeunesse des années 60. Un mélange deux temps : à la fois politiquement influencé par les anars et les artistes de CoBrA, mais aussi drillé par un sens de l'humour hérité du surréalisme. Cet étrange cocktail conspue la guerre du Vietnam mais aussi la famille royale locale, notamment en balançant des bombes (fumigènes) sur le mariage de Béatrix et Claus von Amsberg en mars 1966. Cet esprit-là s'installe donc deux ans plus tard au Paradiso où les frontières entre agora permanente et workshop culturel se veulent totalement perméables. Et à la manière de Woodstock manufacturant une forme de contre-rêve américain, le Paradiso devient le lieu magnétique de ralliement d'une partie de la jeunesse européenne. La tolérance locale vis-à-vis des soft drugs renforçant le pouvoir d'attraction de la belle Amsterdam... Rayon visiteurs particuliers, le Paradiso est quand même très chic, puisqu'on y a applaudi des étoiles aussi brillantes que Bowie, Al Green, Grace Jones, White Stripes, Joy Division, Chic, Arcade Fire, feu Amy Winehouse ou Arno. Les Sex Pistols y donnent leur dernier concert avec le bassiste Glen Matlock (remplacé par le calamiteux Sid Vicious) le 7 janvier 1977 et les Rolling Stones y bouclent une partie d'album live lors de deux prestations en mai 1995. Le marché noir fait alors flamber les tickets jusqu'à plusieurs milliers de dollars l'unité. Le Paradiso s'inscrit entre la vocation musicale de l'AB - dont il approche la jauge - et des signaux plus contemporains à la manière du Wiels, à Bruxelles. Soit environ 900 événements par année, répartis entre le Main Hall (1 500 places) et le Small Hall (250 places) avec de fréquentes délocalisations amstellodamoises. Comme le pique-nique organisé ce 13 août au Tolhuistuin - au nord de la ville - en l'honneur des Desperate Housewives locales... Le programme de cette fin août et de septembre prochain est d'une boulimie qui aurait du goût. Au hasard : Sinéad O'Connor en version acoustique (15 août), Jimmy Cliff (31 août), Primal Scream (5 septembre), Beirut (8 septembre) ou encore le vieux garçon de la plage, Brian Wilson (21 septembre). Sans oublier les soirées Noodlanding ! qui, cinq soirs par semaine, sur des set-lists diversement orientées, font obligatoirement chauffer le dancefloor. Le tout, le plus souvent, à des prix corrects et dans une ambiance qui a la mémoire de son cadre ô combien historique. Paradiso, 6, Weteringschans, à 1017 SG Amsterdam, en bordure de la Leidse Plein, www.paradiso.nl PAR PHILIPPE CORNET