Son nom n'est pas le plus connu de la planète " starchitecture " - néologisme faisant référence à ces hommes et femmes devenus incontournables, au même titre qu'un Karl Lagerfeld en mode, dès que l'on parle d'art de bâtir. On peut même se demander s'il fait vraiment partie de ces starchitectes tant sa modestie et la discrétion de ses créations sont manifestes. Pourtant, Souto De Moura est un tout grand nom de la discipline. L'architecte portugais, qui a réalisé notamment le stade de Braga pour l'Euro 2004 de football, a même reçu cette année la plus haute récompense convoitée par lui et ses confrères, un équivalent du prix Nobel en la matière : le Pritzker Prize. Et notre petit pays peut s'en réjouir car il dispose depuis peu d'un édifice réalisé par le maître. Ce mois-ci, ce dernier achève en effet, en collaboration avec le bureau belge SumProject, un crématorium tout de béton et de verre à Courtrai (photos). Un lieu serein, ancré dans son site, illustrant bien l'approche très contextuelle du créateur de Porto. " Le nouveau crématorium fait partie du paysage, expliquen...

Son nom n'est pas le plus connu de la planète " starchitecture " - néologisme faisant référence à ces hommes et femmes devenus incontournables, au même titre qu'un Karl Lagerfeld en mode, dès que l'on parle d'art de bâtir. On peut même se demander s'il fait vraiment partie de ces starchitectes tant sa modestie et la discrétion de ses créations sont manifestes. Pourtant, Souto De Moura est un tout grand nom de la discipline. L'architecte portugais, qui a réalisé notamment le stade de Braga pour l'Euro 2004 de football, a même reçu cette année la plus haute récompense convoitée par lui et ses confrères, un équivalent du prix Nobel en la matière : le Pritzker Prize. Et notre petit pays peut s'en réjouir car il dispose depuis peu d'un édifice réalisé par le maître. Ce mois-ci, ce dernier achève en effet, en collaboration avec le bureau belge SumProject, un crématorium tout de béton et de verre à Courtrai (photos). Un lieu serein, ancré dans son site, illustrant bien l'approche très contextuelle du créateur de Porto. " Le nouveau crématorium fait partie du paysage, expliquent les concepteurs dans une note d'intention. Et cette expérience paysagère se prolonge à l'intérieur de l'édifice. Celui-ci n'est pas une église ou une chapelle avec une atmosphère religieuse ou mystique. C'est un bâtiment sobre, permettant de saluer dignement ceux qui nous ont quittés. "Bel exemple d'architecture contemporaine et subtile pour notre pays, très pauvre en matière d'édifices emblématiques et novateurs en comparaison avec la France ou la Suisse, et encore davantage avec les nations émergentes qui démontrent leur progrès à coups de projets grandiloquents, ce crématorium a pu voir le jour grâce à la politique volontariste de la Région flamande pour l'architecture. Depuis de nombreuses années déjà, le nord du pays s'est en effet doté d'un bouwmeester pour superviser les démarches constructives sur tout son territoire et stimuler la création à travers le développement de concours et d'appels à candidatures très dynamiques - les Open Oproepen. C'est ainsi que le projet courtraisien a atterri dans les mains talentueuses de Souto De Moura via un concours international. Si cet exemple se veut très modeste dans son expression formelle, il illustre néanmoins cette tendance actuelle qui voit arriver en Belgique des bâtiments dessinés par de grands noms étrangers. En Flandre, mais aussi en Wallonie et à Bruxelles, où les maîtres d'ouvrage tant publics que privés semblent eux aussi de plus en plus demandeurs de bâtiments-phares auréolés d'une belle signature. On peut citer la gare de Calatrava à Liège ; le Palais de Justice d'Anvers du Britannique Richard Rogers, co-auteur du Centre Pompidou à Paris ; le musée Hergé du Français Christian de Portzamparc à Louvain-la-Neuve ou encore le Parc d'Aventures scientifiques de son compatriote Jean Nouvel à Mons. Et la série ne s'arrête pas là puisque de nombreux projets sont encore en gestation ( lire en pages 54 à 60). Une bonne chose pour redorer le blason d'une discipline qui chez nous survivait jusqu'alors de son passé glorieux, teinté d'Art nouveau et autre styles anciens, et amener le grand public à s'intéresser davantage à son environnement, aux bâtiments qui l'entourent et dans lequel il vit. Néanmoins, d'aucuns voient aussi dans cette déferlante de starchitectes une source de frustration, la non- reconnaissance des talents locaux, l'impression que les projets intéressants sont confiés à des mains supposées plus expertes parce que plus médiatisées. Ainsi, pour Olivier Bastin ( lire aussi en page 54), maître-architecte de la Région bruxelloise, " il semble qu'en Flandre, le travail fourni aux architectes étrangers dans le cadre des Open Oproepen est sans commune mesure avec la contrepartie pour les architectes belges à l'étranger. Ce qui commence à réellement poser des problèmes à pas mal d'agences flamandes ". L'architecte concède toutefois qu'" une réelle culture architecturale a été développée en Flandre alors qu'elle émerge à peine dans les deux autres Régions. Partie d'une affirmation politique identitaire forte, le recours aux architectes étrangers a su nourrir un débat à l'échelle de la Région qui vise à présent à passer à la dimension supérieure en exportant son savoir-faire vers l'étranger ". Et de conclure : " C'est un objectif, pas encore tout à fait une réussite. " De son côté, son homologue flamand, Peter Swinnen ( lire aussi en page 58) se défend : " Lorsque nous sélectionnons cinq équipes suite aux Open Oproepen, il y a toujours au moins un étranger, mais pas une star. Et si c'en est une, je m'arrange pour qu'elle soit confrontée à un vrai défi et ne puisse créer un objet facile, ce que ces starchitectes ont tendance à faire chez nous. " Au sud du pays aussi, le débat s'anime autour de ces projets " people ". Il suffit de regarder les discussions que suscite encore la gare de Liège-Guillemins de Santiago Calatrava, magnifique certes d'un point de vue esthétique, mais qui semble avoir oublié dans son envol le reste du quartier... L'important serait dès lors, pour les pouvoirs publics notamment, de mieux canaliser ces beaux gestes, d'en percevoir l'impact et les enjeux, de ne pas s'en satisfaire égocentriquement... pour que l'architecture contemporaine belge puisse enfin s'épanouir. Souto De Moura expose 50 projets, avec des croquis, plans et maquettes inédits, au Broelmuseum, 6, Broelkaai, à 8500 Courtrai.PAR FANNY BOUVRY