Depuis longtemps déjà, le bois flotté, drossé sur les côtes par le vent et les courants marins, et les branchages naturels, ramassés dans nos forêts et savamment asséchés, sont entrés dans le monde de la décoration. Certaines enseignes en ont fait leur fond de commerce, à l'instar de la marque roubaisienne Bleu Nature qui crée avec ces éléments naturels des meubles et d'autres objets pour intérieurs campagnards. Mais, depuis quelques années, des fabricants misant sur un style plus sobre, plus minimaliste, et de jeunes créateurs comme le Belge Kaspar Hamacher, se laissent également séduire par les formes capricieuses et primitives de ce matériau brut... Sur son site Internet Trendtablet, la chasseuse de tendances Li Edelkoort affirme d'ailleurs que le design glamour aux lignes épurées a fait son temps : d'après elle, c'est l'arte povera qui devrait faire son grand retour dans les saisons à venir. " Une nouvelle génération de créateurs est actuellement à la recherche de son histoire, de ses racines parfois très profondes. Dans le cadre de ce processus, ils font appel à des matières naturelles et durables : le bois, les peaux, la terre et le feu. Tels de nouveaux hommes des cav...

Depuis longtemps déjà, le bois flotté, drossé sur les côtes par le vent et les courants marins, et les branchages naturels, ramassés dans nos forêts et savamment asséchés, sont entrés dans le monde de la décoration. Certaines enseignes en ont fait leur fond de commerce, à l'instar de la marque roubaisienne Bleu Nature qui crée avec ces éléments naturels des meubles et d'autres objets pour intérieurs campagnards. Mais, depuis quelques années, des fabricants misant sur un style plus sobre, plus minimaliste, et de jeunes créateurs comme le Belge Kaspar Hamacher, se laissent également séduire par les formes capricieuses et primitives de ce matériau brut... Sur son site Internet Trendtablet, la chasseuse de tendances Li Edelkoort affirme d'ailleurs que le design glamour aux lignes épurées a fait son temps : d'après elle, c'est l'arte povera qui devrait faire son grand retour dans les saisons à venir. " Une nouvelle génération de créateurs est actuellement à la recherche de son histoire, de ses racines parfois très profondes. Dans le cadre de ce processus, ils font appel à des matières naturelles et durables : le bois, les peaux, la terre et le feu. Tels de nouveaux hommes des cavernes, ils réinventent l'abri, l'outil, la machine. Ils imaginent des rituels ancestraux pour une vie simple mais riche et équilibrée, comme des Flintstones des temps modernes. " Mais, dans notre société tournée vers la green attitude, ces meubles et objets fabriqués à partir de morceaux de bois présentent également un atout écologique séduisant. Utiliser une essence locale limite le transport... et purifie l'atmosphère puisqu'avant de finir au salon, un arbre a déjà absorbé une solide dose de CO2 ! " Un mètre cube de bois stocke environ une tonne de gaz ", confirme Serge De Gheldere, ingénieur et " ambassadeur du climat ", qui a récemment contribué à mettre sur pied une campagne de promotion de ce matériau. Une raison de plus pour s'intéresser à ces oeuvres des plus " branchées " et à ceux qui les imaginent ! La société américaine Whole Treesest spécialisée dans la construction de bâtiments au départ de jeunes arbres, les forçant éventuellement à adopter au cours de leur croissance la forme voulue. Si ce style architectural particulier n'a pas encore vraiment fait d'émules dans nos contrées, au Japon, cela fait une vingtaine d'années déjà que Terunobu Fujimori installe de curieuses habitations dans les couronnes des arbres. Avant de concrétiser, vers 40 ans, sa première création personnelle - un musée où il utilise des troncs coupés pour soutenir un auvent -, le Japonais a étudié l'histoire de l'architecture durant plusieurs années. Suivra sa propre maison plantée de pissenlits, plusieurs autres logements et musées et, plus récemment, une série de maisons de thé. Celui qui affirme puiser son inspiration dans l'Age de pierre a également de nouveaux projets en vue en Europe, " mais encore rien de concret ". Il reste également peu loquace sur ses essences préférées : " J'aime les spécimens naturels et légèrement courbés ou les vieux fûts de grandes dimensions. Pour le reste, je n'ai pas de prédilection particulière. " Dans l'introduction du nouvel ouvrage qui lui est consacré, son confrère et compatriote Toyo Ito estime que " pour un architecte qui suit les tendances actuelles, les créations de Fujimori peuvent apparaître de prime abord comme l'oeuvre d'un excentrique aux goûts farfelus. Nous sommes toutefois ici face à un historien, qui a étudié en profondeur l'architecture de l'Antiquité à nos jours. Son esprit est une véritable encyclopédie des styles occidentaux et orientaux, d'hier et d'aujourd'hui, qu'il lui suffit de feuilleter mentalement pour imaginer un nouveau concept au départ de fragments conservés dans sa mémoire. Son oeuvre personnelle parvient cependant à transcender cet assemblage de citations pour donner naissance à une architecture résolument originale. " Terunobu Fujimori, Architect, par Michael Buhrs, Dana Buntrock, Thomas Daniell, Terunobu Fujimori, Toyo Ito et Hannes Rössler, édité par Hannes Rössler et Michael Buhrs, 240 pages. Dans notre pays aussi, il se trouve des créateurs pour aimer les arbres ! En 2006, le Bruxellois Charles Kaisin a ainsi dessiné une chaise dont l'un des pieds semblait se mettre à pousser, " de manière à souligner l'origine du matériau et le processus d'émergence de l'objet ". Au printemps 2012, il a également organisé un dîner (The Fantasies of Charles) où les trente-six convives - dont Jean Paul Gaultier, Elio Di Rupo... -, étaient assis à une table aux pattes constituées de jeunes arbres entiers, encore dotés de leurs branches... sur lesquelles piaillaient trente-six perruches ! Andrea Branzi est de ces concepteurs qui ont fait du bois à l'état naturel matière à réflexion. L'automne dernier, l'architecte et designer italien exposait pour la première fois aux Etats-Unis, à la galerie Friedman Benda, à New York. A cette occasion, il présentait certains de ses anciens projets mais aussi et surtout de nouvelles oeuvres - des bibliothèques, des étagères et d'immenses miroirs - intégrant littéralement dans leur structure des troncs de bouleau. Des créations étonnantes mais qui ne sont en réalité que la suite logique du travail du Milanais. " Ses tout premiers modèles fabriqués à partir d'arbres ou de branches remontent déjà aux années 80, explique Eddy François, l'architecte qui représente son confrère dans notre pays. Ils s'inscrivent dans le cadre de la série animali domestici : à l'instar d'animaux domestiques, ce mobilier répond à notre besoin fondamental de satisfaction affective et émotionnelle... " Le créateur a ainsi déjà dessiné par le passé des sièges en branches de bouleau, des armoires, mais aussi des bijoux et des objets alliant bois et argent. " Ce qui m'intéresse, c'est d'inventer des structures mixtes - par exemple en mariant le verre et le bois, la nature et la technologie ", déclarait-il il y a quelques années. PAR LEEN CREVE