Quand on connaît les épreuves traversées par Radio Scorpio ces trois dernières décennies, on peut se dire que sa survie tient du miracle ! Malgré les problèmes d'argent récurrents, un cambriolage, l'absence de licence pendant un temps, l'expulsion de ses locaux, la station, implantée à Louvain, est parvenue à garder le cap : elle est restée indépendante, locale et ne diffuse jamais de publicité. Une façon pour cette pionnière des radios libres, qui, avant 1980, émettait illégalement depuis le campus de la Faculté de sciences sociales, d'être encore et toujours un outsider dans le paysage radiophonique belge, essentiellement commercial. " De nombreuses chaînes locales s'inspirent des émetteurs nationaux. Nous souhaitons faire tout le contraire, expli...

Quand on connaît les épreuves traversées par Radio Scorpio ces trois dernières décennies, on peut se dire que sa survie tient du miracle ! Malgré les problèmes d'argent récurrents, un cambriolage, l'absence de licence pendant un temps, l'expulsion de ses locaux, la station, implantée à Louvain, est parvenue à garder le cap : elle est restée indépendante, locale et ne diffuse jamais de publicité. Une façon pour cette pionnière des radios libres, qui, avant 1980, émettait illégalement depuis le campus de la Faculté de sciences sociales, d'être encore et toujours un outsider dans le paysage radiophonique belge, essentiellement commercial. " De nombreuses chaînes locales s'inspirent des émetteurs nationaux. Nous souhaitons faire tout le contraire, explique Peter Van de Velde, un des six membres du conseil d'administration de l'ASBL, par ailleurs présentateur à l'antenne depuis huit ans. Puisque nous ne sommes pas tenus par les exigences d'éventuels financiers, nous avons beaucoup de liberté. Toute personne qui le souhaite peut faire une proposition pour produire quelque chose sur nos ondes. Nous recevons des subsides de la ville mais celle-ci n'a aucun droit de regard sur notre programmation. Cela ne signifie pas pour autant que nous ne sommes pas fortement ancrés dans la cité. Nos infos et notre émission culturelle Cult ! traitent presque exclusivement de Louvain. Radio Scorpio, c'est Louvain ! " Le slogan " Ignoring the hit-parades since 1979 " témoigne du parti pris de Scorpio en matière de musique : présenter une vraie alternative à l'offre classique. " Cela ne veut pas dire que nous ne passons jamais de morceaux populaires, mais nous nous y intéressons avant qu'ils ne le deviennent, insiste Peter Van de Velde. Nous travaillons avec des spécialistes qui possédent un large réseau. Le nouveau morceau de James Blake, par exemple, a été mondialement diffusé en avant-première sur trois stations : une à New York, une à Londres et chez nous ! " La rédaction musicale, comme toute l'équipe d'ailleurs, est constituée entièrement de bénévoles, dont moins de la moitié sont étudiants. " Le groupe est très diversifié et c'est ce qui le rend intéressant, indique Peter Van de Velde. L'émission Volksradio Moons, par exemple, est présentée depuis vingt ans par un facteur du coin. Mais les jeunes ont aussi l'opportunité de partager leur univers via nos ondes. Cette liberté d'expérimentation est très instructive pour eux. " Des figures marquantes des médias flamands ont ainsi fait leurs premiers pas chez Scorpio, comme Bruno Wyndaele, présentateur à Louvain de 1983 à 1992 et aujourd'hui producteur télé. " Je garde en souvenirs de mon passage là-bas des batailles héroïques contre l'administration pour conserver notre licence, les factures impayées et la lutte pour obtenir des recettes, témoigne-t-il. Je me souviens des événements censés ramener de l'argent et où personne ne venait, mais aussi de ceux où l'on ne savait plus où donner de la tête tellement le public était immense... " Une nouvelle direction et bon nombre d'actions de financement ont permis de (re)faire de Scorpio une ASBL viable. Ses revenus viennent de diverses festivités, de subsides et d'une contribution de ses membres qui payent 80 euros par an pour un programme. Depuis 2007, la station semble avoir pris la bonne direction et compte 140 bénévoles. " Nous aimerions étendre notre portée à l'ensemble de la province, rêve Peter Van de Velde. Nous pourrions ainsi être entendus dans les autres communes du Brabant flamand. Aujourd'hui, vous pouvez nous écouter partout dans le monde grâce à Internet, mais notre fréquence, 106 FM, est encore limitée à un rayon de 8 km autour de la ville. Et tout dépend d'où vient le vent. " www.radioscorpio.bePAR ELLEN DE WOLF / PHOTOS : DIEGO FRANSSENS