C'est comme si tout à coup le quart de siècle qui s'était écoulé prenait sens. Comme s'il lui avait été nécessaire, voire vital, de remplir en amont un carnet de croquis qui l'aide aujourd'hui à être si sûr de son trait. Christophe Coppens pratique le retour aux sources avec bonheur. Pour la deuxième fois, il revient à La Monnaie et met en scène Le Château de Barbe-Bleue et Le Mandarin merveilleux de Béla Bartók (1881-1945), un di...

C'est comme si tout à coup le quart de siècle qui s'était écoulé prenait sens. Comme s'il lui avait été nécessaire, voire vital, de remplir en amont un carnet de croquis qui l'aide aujourd'hui à être si sûr de son trait. Christophe Coppens pratique le retour aux sources avec bonheur. Pour la deuxième fois, il revient à La Monnaie et met en scène Le Château de Barbe-Bleue et Le Mandarin merveilleux de Béla Bartók (1881-1945), un diptyque lyrique qui le fait " vibrer intérieurement ", un opéra en un acte et un ballet-pantomime qu'il habille et qui lui permettront de " mettre en forme chaque soupir ", sans s'interdire les licences poétiques ni le foisonnement surréaliste. On sait qu'il sait y faire - on se souvient de ses oeuvres de jeunesse, ses Dollhouses où il livrait son âme nue, de ses chapeaux et de ses accessoires qui frappèrent l'imaginaire, et de sa mise en scène la saison passée en ces lieux mêmes, ce Foxie ! de Janá?ek qui le vit retrouver ses premières amours de jeune étudiant au Conservatoire. Il craignait d'être celui dont on dirait : " Il a fait un jour un opéra ", il peut être rassuré. Avec une sérénité non feinte, le Belge épouse ces deux univers bartokiens " différents et en même temps très liés. Ce sont des extrêmes. On commence de manière très tranquille, douce, précise et épurée, tout en circonspection et en retenue avec Barbe-Bleue. Et ensuite, avec Le Mandarin, ce sera l'explosion visuelle et musicale, l'enfer se déchaînera. " Il sera question de la condition humaine et des rapports hommes-femmes, de la difficulté de communiquer, des malentendus, d'archétypes et de miroir tendu au public. Pour l'heure, tous répètent, la basse croate Ante Jerkunica et la mezzo-soprano française Nora Gubisch, l'Orchestre symphonique et les Choeurs de la Monnaie dirigé par Alain Altinoglu. Il n'en dira pas plus, l'effet de surprise compte pour lui, Christophe Coppens tient à la beauté d'une première non dévoilée. Ainsi soit-il.