Attention, risque d'embouteillage sur le trottoir de la très sélect boutique Colette, à Paris, le 1er avril prochain. Pas de poisson rigolo au menu ce jour-là, mais juste une énième nouveauté disponible en avant-première dans les rayons de la cultissime enseigne de la rue Saint-Honoré. Une nouveauté signée Ora-Ito, l'enfant terrible du design français ( www.ora-ito.com), et qui mélange audacieusement parfum et sourire. Baptisé tout simplement Smiley, le projet de ce designer décapant consiste en une gamme de produits parfumés aux propriétés étonnamment euphorisantes. Stressé, fatigué, éteint ? Un petit pschitt de fragrance magique et vous voilà non seulement parfumé mais su...

Attention, risque d'embouteillage sur le trottoir de la très sélect boutique Colette, à Paris, le 1er avril prochain. Pas de poisson rigolo au menu ce jour-là, mais juste une énième nouveauté disponible en avant-première dans les rayons de la cultissime enseigne de la rue Saint-Honoré. Une nouveauté signée Ora-Ito, l'enfant terrible du design français ( www.ora-ito.com), et qui mélange audacieusement parfum et sourire. Baptisé tout simplement Smiley, le projet de ce designer décapant consiste en une gamme de produits parfumés aux propriétés étonnamment euphorisantes. Stressé, fatigué, éteint ? Un petit pschitt de fragrance magique et vous voilà non seulement parfumé mais surtout regonflé pour la journée ! Arborant évidemment la célèbre bouille jaune souriante (jadis affichée par les adeptes du flower power et, plus tard, par les corbeaux des années New Beat), la ligne de parfums Smiley bouscule donc joyeusement l'univers des cosmétiques traditionnels. Car l'accent est mis essentiellement sur la dimension aromathérapique du produit, tant au niveau du fond que de la forme. Osé, le packaging se veut d'inspiration pharmaceutique puisque l'eau de toilette est conditionnée sous forme de spray antitussif et que le parfum est emprisonné dans un flacon austère garni d'un compte-gouttes habituellement réservé aux narines bouchées. Bref, les vertus bienfaisantes du produit sont accentuées par un design ludico-médical évidemment destiné à faire parler de lui. Chic et choc, euphorique mais pas toc (le jus a en effet été imaginé par le parfumeur Jean-Pierre Bethouart, concepteur, entre autres, du masculin Dune de Dior). Délibérément tournée vers le bonheur artificiel, la gamme Smiley est à l'image de l'air du temps. Elle reflète cette envie d'euphorie, de folie et d'échappatoire qui berce notre quotidien. L'envie aussi de joindre l'utile à l'agréable, l'envie de sentir bon et de se sentir bien. Surtout se sentir bien. Est-ce d'ailleurs un hasard si ce bon vieux gaz hilarant revient en force dans certaines soirées branchées ? Connu pour ses vertus plus que relaxantes, le protoxyde d'azote (son nom scientifique) a été découvert à la fin du xviiie siècle avant d'être rapidement utilisé dans les fêtes foraines. Son inhalation par des volontaires soudainement emportés dans la spirale d'un bien-être béat déclenchait alors l'hilarité du public, d'où son nom : gaz hilarant. Plus tard, les propriétés anesthésiantes du protoxyde d'azote seront utilisées en milieu médical, permettant ainsi à la chirurgie de faire un bond considérable à l'aube du xixe siècle. Si quelques rares dentistes utilisent encore le gaz hilarant comme anesthésiant, force est de constater qu'il fait un joli come-back dans les rassemblements festifs. Sur certains blogs de la grande Toile mondiale, de joyeux lurons expliquent volontiers comment ils détournent le protoxyde d'azote des bonbonnes de crème Chantilly afin de l'enfermer dans des ballons " rigolos " qu'ils inhalent à loisir. Fous rires, paraît-il, garantis. Moins dangereux que les drogues dures - mais certainement pas inoffensif non plus ( www.drogue-danger-debat.org) -, le gaz hilarant à usage récréatif sera peut-être, qui sait, le nouveau paradis artificiel des années 2010. Une planète dédiée à la drôlerie organisée où s'est déjà posée la petite fusée Ora-Ito. Retrouvez Frédéric Brébant chaque lundi matin, vers 9 h 45, dans l'émission " Bonjour quand même ", de Jean-Pierre Hautier, sur La Première (RTBF radio).Frédéric Brébant