Chaque année, à pareille période, la planète architecture est en ébullition. L'annonce du Pritzker Prize, considéré comme une sorte de prix Nobel en matière d'art de bâtir, suscite les pronostics les plus variés. C'est que la récompense donne un peu le ton de l'évolution du secteur. S'il y a quelques années encore, le sacre était plutôt réservé à des starchitectes en puissance - Zaha Hadid, Jean Nouvel, Rem Koolhaas... -, auteurs de bâtiments XXL aux caractéristiques ...

Chaque année, à pareille période, la planète architecture est en ébullition. L'annonce du Pritzker Prize, considéré comme une sorte de prix Nobel en matière d'art de bâtir, suscite les pronostics les plus variés. C'est que la récompense donne un peu le ton de l'évolution du secteur. S'il y a quelques années encore, le sacre était plutôt réservé à des starchitectes en puissance - Zaha Hadid, Jean Nouvel, Rem Koolhaas... -, auteurs de bâtiments XXL aux caractéristiques spatiales hors normes, l'heure est aujourd'hui à mettre en avant le rôle social, environnemental et humaniste de créateurs qui marquent l'histoire sans faire forcément le buzz. C'est ainsi que pour 2018, le jury a choisi un homme qui, du haut de ses 90 printemps, fait figure de sage dans la profession : l'Indien Balkrishna Vithaldas Doshi. Si son nom est certainement inconnu du grand public, son parcours, lui, justifie amplement cette consécration. Formé en Inde, ce concepteur a, au milieu du xxe siècle, rejoint la France pour collaborer avec Le Corbusier en personne. Baigné par les dogmes modernistes, il reviendra ensuite dans sa patrie pour superviser, au nom du grand maître, le projet de Chandigarh, avant de former son propre bureau et de tracer à son tour sa voie, très personnelle. " Les enseignements de Le Corbusier m'ont amené à questionner l'identité et m'ont poussé à découvrir de nouvelles expressions contemporaines adoptées régionalement pour un habitat durable ", a-t-il déclaré à l'annonce de ce couronnement. Et c'est en effet là sa grande force : influencé par le langage très rigoureux de son mentor - et de Louis Kahn avec lequel il réalisé l'Institut indien de management -, Doshi a su mettre au point des bâtiments en parfaite adéquation avec son pays. " Il a une compréhension profonde des traditions indiennes et a réussi à allier préfabrication et artisanat local, pour développer un vocabulaire en harmonie avec l'histoire, la culture et les conditions climatiques du lieu ", explique le jury du Pritzker. Finalement, on doit à ce nonagénaire une centaine de réalisations : des institutions publiques, mais également des maisons privées et des logements à bas prix. Car le bâtisseur s'était fixé un but dans la vie, celui " d'offrir à la classe la plus pauvre un habitat approprié ", et de qualité. Voilà aujourd'hui toute l'ampleur de son talent révélée.