Ne dit-on pas " à terre dure, hommes durs "à Difficile d'imaginer qu'il y a à peine quarante ans, il n'y avait ici ni eau, ni électricité, ni radio. Encore moins de routes. Un habitant de Saint-Barthélemy, Louis Magras, se rappelle, par exemple, que quand il était petit, il allait travailler dans les champs de son père car " c'était la misère ". Son voisin, Bernard, n'avait pas de citerne mais des jarres ou des tanks pour récupérer l'eau de pluie. Pour manger ? La pêche qui a toujours nourri les îliensà
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Ne dit-on pas " à terre dure, hommes durs "à Difficile d'imaginer qu'il y a à peine quarante ans, il n'y avait ici ni eau, ni électricité, ni radio. Encore moins de routes. Un habitant de Saint-Barthélemy, Louis Magras, se rappelle, par exemple, que quand il était petit, il allait travailler dans les champs de son père car " c'était la misère ". Son voisin, Bernard, n'avait pas de citerne mais des jarres ou des tanks pour récupérer l'eau de pluie. Pour manger ? La pêche qui a toujours nourri les îliensàPour Bruno Magras, le maire de l'île, Saint-Barthélemy est tout simplement un " caillou de 25 km2, sans point d'eau, comprenant une douzaine de petits villages de pêcheurs, des maisons de poupées aux couleurs acidulées blotties dans les lataniers et les cierges cactus, des plages de sable blanc et une eau cristalline. " A Corossol, un village de pêcheurs, les femmes ne portent la quichenotte, la coiffe traditionnelle, que pour les fêtes mais elles fabriquent encore, tout en discutant en créole des Antilles francophones, les chapeaux de feuilles de latanier. " Dans le temps, on les vendait aux goélettes qui passaient et dans les îles environnantes, se souvient Bérengère. Il y avait aussi l'indigo et le coton. Ma mère m'avait appris à faire le fil. "C'est ça aussi le charme de Saint-Barthélemy : la tradition intacte et le rapport direct à la mer et à la terre. Ceux qui aiment marcher découvriront des paysages inoubliables et quasi vierges comme la pointe de Colombier, la partie la plus occidentale de l'île, accessible uniquement à pied ou encore les plages des Salines, l'Anse des Cayes fréquentée par les surfeurs ou l'Anse des Flamands ombragée par les cocotiers. Lorient, Gustavia, Grand Cul de Sacà Autant de sites aux noms évocateurs ! L'île est indéniablement française : la France l'a vendue à la Suède en 1784 avant de la racheter en 1878 pour 80 000 francs-or. Pendant encore un siècle, Saint-Barthélemy va somnoler avant de connaître un engouement inattenduàL'île fut lancée comme lieu de villégiature de luxe en 1957 par David Rockefeller, un héritier de la dynastie américaine, qui y fit construire une villa. Quelques années auparavant, Rémy de Haenen, futur maire et cacique de Saint-Barthélemy, réussit le premier à poser un biplace là où paissaient des moutons. Aujourd'hui, ce terrain est devenu une courte piste bétonnée coincée entre plage et colline mais même pour un pilote expérimenté, l'atterrissage reste un exercice délicat. Rémy de Haenen fut aussi à l'origine de la construction du premier hôtel, le fameux Eden Rock, un nid d'aigle en surplomb de la mer, dans la baie de Saint-Jean. Chevalier d'industrie mais gentleman, il recevait sans frime et avec élégance Greta Garbo, Howard Hughes, Robert Mitchum, Louis Malle ou encore le commandant Cousteau. Avec ce dernier, il partit à bord de La Calypso à la chasse au trésor. Celui de la Conception, un galion espagnol qui sombra en 1641. La demeure fut rachetée en 1995 par David Matthews, un financier britannique. Avec Jane, son épouse, il prend désormais soin de ce coin de paradis caribéen perché sur un rocher volcanique dans la baie de Saint-Jean, l'une des plus belles plages de l'île. " Ici ni paparazzi, ni pickpocket, s'enorgueillit Thierry de Badereau, le patron du restaurant La Plage. L'île n'est pas près de perdre son âme. Les maisons familiales se transmettent de génération en génération. Le développement touristique amorcé dans les années 1960 a donné du travail et nous a sorti de la misère. Saint-Barthélemy est devenue une marque mais se différencie de Saint-Tropez ou d'Ibiza : les célébrités qui y viennent se mêlent incognito à une jet-set intello. On les croise dans Gustavia, la capitale, pendant les fêtes de fin d'année. Carole Gruson, arrivée en bateau en 1990, ne peut qu'approuver, elle qui s'est coulée dans le moule îlien avec aisance. " Je suis tombée amoureuse de ce rocher et me suis mise au travail pour pouvoir rester ! " En publiant d'abord un guide gastronomique, le Ti Gourmet. Puis portée par la bonne cuisine, l'ambiance, la fête, elle a ouvert des restaurants, le Ti'St Barth, le Yacht Club et la Marine. " C'est une île pleine de séduction et d'énergie, faite pour les femmes, affirme-t-elle. Regardez les stylistes Lolita Jaca, Poupette, Valérie Bourdin et sa ligne Vanita Rosa. Ou encore la créatrice belge Véronique Branquinho qui partage son temps entre la Belgique et Saint-Barthélemy. Toutes des femmes séduisantes et fortes à l'image de notre inaccessible mais toujours plus troublante île des Petites Antilles. " Guide pratique en page 36.Reportage : Michèle Lasseur