Disparu de l'avant-scène médiatique depuis quelques années déjà, Patrick Sabatier est de nouveau en odeur de sainteté auprès du PAF, le paysage audiovisuel français. Parce qu'il a reçu, d'une part, le " 7 d'or du meilleur animateur du câble " pour son émission " Pendant la pub " diffusée sur TMC (inaccessible aux téléspectateurs belges). Et, d'autre part, parce qu'il séduit de nouveau la presse, notamment pour ses confessions autobiographiques parues dans le récent " Le temps n'efface pas tout " aux éditions Anne Carrière.
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Disparu de l'avant-scène médiatique depuis quelques années déjà, Patrick Sabatier est de nouveau en odeur de sainteté auprès du PAF, le paysage audiovisuel français. Parce qu'il a reçu, d'une part, le " 7 d'or du meilleur animateur du câble " pour son émission " Pendant la pub " diffusée sur TMC (inaccessible aux téléspectateurs belges). Et, d'autre part, parce qu'il séduit de nouveau la presse, notamment pour ses confessions autobiographiques parues dans le récent " Le temps n'efface pas tout " aux éditions Anne Carrière.A l'invitation de Weekend Le Vif/L'Express, le comédien belge Eric De Staercke a gentiment accepté de se plier à la lecture du livre de Patrick Sabatier avant de le rencontrer au coeur d'un grand hôtel bruxellois. Lever de rideau sur un entretien où le tu s'est rapidement imposé...Eric De Staercke : J'ai un souvenir de téléspectateur très précis à votre sujet... Patrick Sabatier : Quel âge avez-vous? E.D.S. : J'ai 39 ans. P.S.: Moi, j'ai 50 ans. On peut se tutoyer? E.D.S.: Oui, bien sûr! P.S.: Donc, je t'ai laissé un souvenir... E.D.S.: Je regardais très peu la télévision mais je me souviens d'une émission avec Chantal Goya où elle devait parler à coeur ouvert. Elle ne pouvait pas mentir et je sais que cela a très mal tourné... P.S.: C'était le 13 décembre 1985. E.D.S.: ( Etonné) C'est resté gravé! P.S.: Oui. C'était " Le Jeu de la vérité " qui consistait à ce qu'un artiste réponde aux questions des téléspectateurs. E.D.S.: Sans mentir! P.S.: Heu... Avec sa vérité ( sourire). Et on peut savoir que la vérité a des limites. E.D.S.: Mais Chantal Goya a été odieuse ce soir-là. P.S.: Oui. Tout d'un coup, elle a pété les plombs. E.D.S.: Elle a craqué... P.S.: Je ne sais pas ce qui s'est passé lors de cette émission. Mais je me souviens très bien qu'à un moment donné une institutrice lui a posé une question par téléphone du style " Ne trouvez-vous pas bêtifiant ce que vous faites pour les enfants? ". Cela a dû beaucoup la heurter et, tout d'un coup, elle s'est levée en disant " Mais comment, bêtifiant? Je suis une fée... ", etc. Et je ne comprenais pas ce qui lui arrivait. Il faut dire tout de même que nous étions en direct du Palais des Sports de Lyon et qu'il y avait énormément d'enfants devant elle. Toi qui es homme de théâtre, tu sais qu'il y a une grande différence entre jouer pour des spectateurs et jouer pour des téléspectateurs... E.D.S.: Ce n'est pas du tout la même chose! P.S.: A mon avis, elle a joué la salle... E.D.S.: Oubliant qu'il y avait des millions de gens derrière leur écran. P.S.: Et moi qui avais conscience de cela parce que c'est mon métier, je lui ai dit, pendant une chanson de Richard Cocciante et Fabienne Thibault, de se calmer un peu et de revenir sur ses propos. Mais elle m'a répondu : " Mais non! Je suis comme ça et je les emmerde! " comme si, tout d'un coup, elle voulait se révéler autrement. Et après, il lui est arrivé tout ce qui lui est arrivé, c'est-à-dire que des gens ont cassé ses disques et l'ont boudée pendant des années. E.D.S.: J'ai rencontré des artistes comme ça qui sont très bien dans ce qu'on leur donne à faire. Or, dans " Le Jeu de la vérité ", ils sont obligés d'être sincères et ils n'ont pas répété ça. Mais, pour en revenir à toi, ce qui apparaît clairement dans ton livre, c'est qu'on a l'impresion que tout a été très vite. Et sans doute trop vite. En fait, tu étais emblématique d'une nouvelle façon de faire de la télé dans les années 1980... P.S.: Je ne l'ai pas choisi mais c'est vrai. E.D.S.: Mais tu en en as été la victime aussi... P.S.: Oui. Moi, je suis arrivé devant les caméras à 24 ans. J'étais jeune et beau comme on dit. Je signais des autographes. J'avais un chauffeur. Il y avait de quoi devenir dingue! Et donc, fatalement, on connaît des écarts avec soi. Et évidemment que tu attrapes la grosse tête! Et évidemment que tes copains ne te reconnaissent pas! Ils ne peuvent pas parce que toi-même tu ne te reconnais pas! Tu n'es plus pareil et après, tu passes ta vie à essayer de te retrouver. Et tu redeviens bien, enfin je veux dire normal, quand tu as fait la part des choses. En fait, je m'aperçois que l'on est tous un peu pervertis par notre profession. On peut sembler naturel, mais on ne l'est plus dès l'instant où on concrétise sa passion. Toi, tu fais du théâtre. Moi, de la télévision. Mais on sait toujours qu'on est écouté, qu'on est remarqué. Donc, on n'est vraiment naturel que face à soi-même. Et encore! Il y en a qui se mentent toute leur vie. Mais c'est très compliqué. Parce que dès que tu es dans la machine du spectacle et que ton nom devient public, les gens ont un droit sur toi. Ils ont du pouvoir parce qu'ils ont payé. Et c'est intimement ressenti à l'intérieur de toi. Tu te lèves et tu n'es plus tout à fait le même homme. Bien sûr, tu essaies de t'approcher de toi, de ta vérité, mais, au début, c'est impossible. Parce que rien n'est normal. E.D.S.: J'avoue que l'image que j'avais de toi s'arrêtait à une image un peu cliché qui était " présentateur de télé commerciale que l'on peut mettre dans un tiroir et ressortir quand on veut ". J'avais franchement oublié qu'il y avait un être humain derrière. Et ce qui m'a le plus intéressé dans ton livre, c'est justement cette envie de parler aux gens. La façon dont tu commences à présenter les émissions, à entrer dans la mécanique, à développer cette envie d'être un intermédiaire entre les gens et la machine radiotélé. Je trouve que c'est une belle profession de foi. C'est ce qui m'a le plus intéressé avec, aussi, le fait de se dire : " Voilà, un jour, j'ai entendu une espèce de voix à la Jeanne d'Arc, un appel, et hop, j'y vais! " Il y a une force, là-dedans! La façon dont tu entres dans cette maison, sans t'imposer, parce que cela s'impose à toi. Si je n'avais pas lu le livre, jamais je n'aurais pensé qu'il y avait autant de passion derrière. P.S.: J'ai eu raison de l'écrire, alors ( rires)! Cela fait combien de temps que tu fais du théâtre? E.D.S.: Vingt ans. P.S.: Et aujourd'hui, tu as autant d'enthousiasme qu'au premier jour? E.D.S.: Plus! C'est comme si, au début, je ne savais pas par où aller et que je me disais " Il y a tout ça à faire! ", alors que mainteant je me dis : " Il y a encore tout ça que je peux faire! " J'avais peur aussi, en vieillissant, de ne plus jouer certains rôles. Mais il y en a tellement d'autres et qui sont peut-être plus sincères... Donc, finalement, la palette s'ouvre encore plus. Au début, on ne voit que la jeunesse. On va jouer " Le Cid " avec une épée et on va sauter. Mais, ensuite, il y a d'autres émotions, d'autres humeurs, d'autres sentiments qui s'ouvrent à nous. La jeunesse et la beauté ne sont pas nécessairement les références absolues. C'est une erreur de le croire. P.S.: Moi aussi, je fais aujourd'hui, en télévision, des choses que je n'aurais pas pu faire il y a dix ou quinze ans. Je n'aurais pas été crédible. J'ai d'ailleurs une réponse assez formatée à ce sujet mais elle me convient bien : avant, j'étais un animateur de télévision et aujourd'hui, je suis un homme qui fait de la télévision, ce qui n'a rien à voir. Dès qu'on est exposé, voire même surexposé, il y a ce qu'on est et il y a l'image que l'on donne. Et on n'est pas maître de tout. La sagesse, c'est de simplement le reconnaître. Donc, c'est vrai que, à un moment donné, je correspondais à l'image que les gens voulaient avoir de moi sur une chaîne comme TF1 : grosse chaîne commerciale, paillettes, etc. Et comme les gens brûlent ce qu'ils adorent et que les journalistes brûlent avant même d'avoir adoré... C'est d'ailleurs une de leurs techniques : la presse brûle avant et adore après ( sourire). Moi, quand je faisais 15 ou 20 millions de téléspectateurs sur TF1, j'étais détesté par la presse. Aujourd'hui, je fais 2 ou 3 millions de téléspectateurs sur TMC et j'ai des articles dans la presse qui pense et qui dit que je suis un mec bien. Mais maintenant que j'ai des articles dans " Télérama " et que j'ai fait le tour après vingt-six ans de télévision, je me dis que le plus important, c'est d'être en accord avec soi. E.D.S.: Mais ce que je ne comprends pas, c'est que tu dis dans ton livre que tu voudrais retourner sur une grande chaîne comme TF1 par exemple... P.S.: Quand on vit une grande histoire avec le public - et c'est ce qui m'arrive -, on se dit : " Mais de quel droit peut-on m'interdire de poursuivre cette histoire? " Alors que le public, la presse et le public sont d'accord! Donc, on s'aperçoit, en réalité, que c'est un petit groupe de gens qui a presque un intérêt à ce que je ne sois pas là. Ce n'est pas normal! Moi, je crois que le pire, dans la vie, c'est d'avoir des regrets. Aujourd'hui, je n'ai aucun regret de ce que j'ai fait. Et pour aller jusqu'au bout de mon raisonnement, je me dis qu'il faudrait que je retouche à une grande télé hertzienne. Peut-être que je ne ferais qu'une seule émission et qu'ensuite je partirais. Ou peut-être qu'on me virerait à nouveau. Mais c'est avant tout une question de combativité. Parce que je suis à la fois d'une apparence classique, politiquement correct comme on dit, mais dans ma tête, je suis quelqu'un qui se révolte assez facilement contre les interdits. Et moi, je ne reconnais à aucune personne un droit supérieur à celui du public. Toi et moi, on a choisi différemment de s'exposer. Cela veut dire que l'on va nécessairement au-devant de la critique, mais on l'a choisi. Tu te protèges peut-être un peu plus que moi derrière les rôles que tu endosses... E.D.S.: C'est vrai que je peux changer de temps en temps d'image, mais quand je suis ridicule, je suis ridicule. Si une critique me démolit, il me faut deux spectacles pour remonter après... P.S.: Oui, mais c'est quand même les gens qui viennent te voir au théâtre qui vont décider de ta carrière. Ce n'est pas les journalistes. Les journalistes vont décider de ton image. Ils vont interpréter ton succès ou ton échec. Mais ce que tu as en toi, tu le donnes d'abord au public. Et tu supporterais assez mal que l'on te dise : " Monsieur, vous ne jouerez pas dans ce théâtre-là. Vous jouerez dans celui-ci. " E.D.S.: Ou alors : " Tu ne joueras pas au théâtre, point! " C'est plutôt ça que les critiques font. Mais notre force, c'est de dire : " Je joue parce que j'ai envie de jouer. " P.S.: Donc, il faut rester très près de sa passion et toujours, je pense, se révolter contre les interdits surtout quand on les estime non fondés. E.D.S.: Moi j'aurais tendance à dire que, au théâtre, le public a raison. Parce que mon souci est que les gens ne s'emmerdent pas. Or on s'ennuie déjà tellement au théâtre! Donc mon premier souci est de captiver les gens pendant une heure et demie. On rejoint le même souci à la télé parce que les gens peuvent zapper. A la différence qu'à la télé tous les coups sont permis, surtout sur une chaîne comme TF1, pour ne pas la citer... P.S.: Mais je vais répondre à ta question. Tu me demandais : " Pourquoi as-tu envie de revenir? " Je n'ai pas envie de revenir sur une chaîne hertzienne pour être célèbre ou pour gagner de l'argent. J'ai envie de revenir parce que, si je ne revenais pas, je me réveillerais un jour en me disant : " C'est quand même dommage. " E.D.S.: Mais tu reviendrais dans le même univers ou dans un truc complètement différent? P.S.: Ce que j'ai dans la tête n'a rien à voir avec ce que j'ai fait jusqu'à présent. Sauf une émission, " Avis de recherche ", parce que cette idée de retrouver des copains de classe me plaît bien. En ce moment, je fais des entretiens très intimistes sur TMC en tête à tête avec des stars où je prends vraiment du temps. Mais je sais que si je regagne une chaîne comme TF1 ou France 2, je n'aurai pas ce temps. Donc, il faudra que je fasse autre chose. La petite boutique n'est pas le supermarché. Le petit théâtre de quartier n'est pas l'Olympia. C'est clair. Donc, il faut toujours avoir l'intelligence pratique d'adapter ce qu'on a envie de faire à l'endroit où on le présente. E.D.S.: Mais tu ne crois pas, qu'en retournant à TF1, ces gens peuvent à nouveau te poignarder? P.S.: Ils peuvent toujours essayer mais ce sera un peu plus compliqué. E.D.S.: Oui, mais y a-t-il quelque chose à attendre de ces gens-là? P.S.: Non! Rien! Et c'est pour ça que c'est vachement bien. Quand tu n'attends rien, tu n'es jamais déçu. Sur TF1, les dirigeants se contentent de respecter le succès. Si tu fais 6 ou 7 millions de téléspectateurs, ils te laissent tranquille. Ils font ce qu'ils veulent dès l'instant où ça ne marche pas. En revanche, ce que je leur reproche, c'est de ne pas avoir été humainement là quand ils auraient dû l'être. C'est tout. Le reste, leur chaîne, ils la font plutôt pas mal, dans le style... E.D.S.: Mais elle reste une chaîne de consommation! Or, j'ai l'impression, dans le livre, que tu veux aller vers autre chose... P.S.: Mais je vais vers autre chose! Et c'est pour ça que ce serait plus normal que je le fasse sur le service public. Maintenant, toi comme moi, nous sommes choisis par le public. On ne choisit pas. E.D.S.: Mais il y a un truc ambigu, aussi bien en théâtre qu'en télévision, c'est que les gens voudraient qu'on leur dise comment ils doivent vivre, qu'on leur donne un cours de morale. Je joue un spectacle en ce moment qui s'appelle " Est-ce qu'on ne pourrait pas s'aimer un peu? " et beaucoup de gens me demandent : " Et alors, quoi? Comment doit-on faire? " ( Patrick Sabatier se marre). Ils croient qu'on va leur apporter la solution, mais moi, je n'ai pas de morale à donner. Je raconte des histoires, c'est tout. P.S.: Tu sais, la première question que je me pose dans le livre, c'est que je ne sais pas si tout cela servira à grand-chose. La seule chose qui me semble fondamentale, c'est la mort. Elle m'a beaucoup choqué. Cela a été le détonateur. C'est un peu triste, mais c'est la seule chose qui m'ait paru vivante. Je l'ai vue et, depuis, tout le reste me semble superficiel. Tu sais, il n'y a pas grand-chose de changé entre le moment où le coeur bat et le moment où il s'arrête. Mon père est mort à 9 h 35. Que se passe-t-il entre 9 h 34 et 9 h 36? Rien. Tu es défait mais rien ne change. Même lui, il reste le même. Mais tout est terminé et, à partir de ce moment-là, tu es bouleversé parce que c'est définitif. Moi, je n'ai pas la chance de croire. Cela m'aurait peut-être aidé. Alors, le reste, après... Pour dire encore une banalité : quel temps perd-on dans la vie à faire des conneries! C'est valable pour les nations aussi. Et c'est là où tu te dis que la seule façon de vivre, c'est la tolérance et la liberté des gens. Tu ne peux plus, me semble-t-il, être raciste et avoir des idées étroites. C'est inconvenant! E.D.S.: Cela m'est arrivé aussi d'être confronté à la mort. Je pense surtout à la grand-mère qui m'a éduqué. Quand elle est partie, c'est tout un pan de l'enfance qui est parti. Or l'enfance, pour moi, c'est aussi la source du théâtre. C'est tout ça qui se greffe. P.S.: Mon ambition, aujourd'hui, qui est une vraie ambition, démesurément prétentieuse et folle, c'est que le vie soit une partie de plaisir. Je n'ai plus envie de perdre mon temps. D'ailleurs, j'ai fait un acte symbolique le jour où ma fille est née, le 22 février 1988 : j'ai pris mon agenda et j'ai supprimé tous les déjeuners. Et je me suis dit : " A partir d'aujourd'hui, je déjeune tous les jours avec ma fille. " Je me permets 4 ou 5 exceptions par an, à savoir des événements où je ne peux pas ne pas être, et c'est tout. Je voulais avoir un enfant et donc je voulais être là tous les midis avec elle. Il n'y a pas un midi où je ne rentre pas chez moi. Et aujourd'hui encore, mes deux enfants ne mangent pas à la cantine. Propos recueillis par Frédéric Brébant Photos : Jean-Michel Clajot/Reporters