C'est une petite souris. Une petite souris qui ne serait pas grise. Ren-contrer Sofia Coppola, c'est se confronter à la discrétion et à l'élégance mêmes. Notre rendez-vous est au premier étage du café de Flore, à Paris, à l'heure du déjeuner, et à la table la plus reculée, la plus planquée de l'endroit. Elle arrive avec deux minutes de retard, dans un long cardigan de laine bleu marine à petits boutons d'argent vieilli (Marc Jacobs, mine de rienà), tee-shirt de coton blanc, jeans et bottes sans talons. Ultrachic, sans avoir l'air d'y toucher : sa marque de fabrique. Elle vous envisage presque avec timidité, comme si l'intervieweur risquait de la dévorer toute crue, commande des £ufs brouillés au jambon et une orange pressée - californienne, tout de même ! - puis elle oublie sa montre, son portable, son emploi du temps. Délaissant son assiette, où elle picorera à peine, ignorant que nos voisins de banquette ont fini par la reconnaître, elle tourne son visage vers moi, attentive et concentrée. Ses films auraient dû m'a...

C'est une petite souris. Une petite souris qui ne serait pas grise. Ren-contrer Sofia Coppola, c'est se confronter à la discrétion et à l'élégance mêmes. Notre rendez-vous est au premier étage du café de Flore, à Paris, à l'heure du déjeuner, et à la table la plus reculée, la plus planquée de l'endroit. Elle arrive avec deux minutes de retard, dans un long cardigan de laine bleu marine à petits boutons d'argent vieilli (Marc Jacobs, mine de rienà), tee-shirt de coton blanc, jeans et bottes sans talons. Ultrachic, sans avoir l'air d'y toucher : sa marque de fabrique. Elle vous envisage presque avec timidité, comme si l'intervieweur risquait de la dévorer toute crue, commande des £ufs brouillés au jambon et une orange pressée - californienne, tout de même ! - puis elle oublie sa montre, son portable, son emploi du temps. Délaissant son assiette, où elle picorera à peine, ignorant que nos voisins de banquette ont fini par la reconnaître, elle tourne son visage vers moi, attentive et concentrée. Ses films auraient dû m'alerter, cette fille n'est pas du genre à faire semblantàSofia Coppola : Je connais la ville depuis que je suis toute petite. Mes parents ont acheté, il y a longtemps, un appartement non loin d'ici, et c'est dans ce quartier que je me suis installée à mon tour quand je suis venue il y a quelques années, pour le tournage de Marie-Antoinette. Saint-Germain est un peu mon village dans Paris. J'aime son atmosphère à la fois cool et chargée d'histoire. J'avais 15 ans et j'ai décroché un stage chez Chanel, au studio couture. J'étais d'ailleurs plutôt nerveuse et intimidée à l'idée de travailler pour Karl Lagerfeld. En fait, il m'a très vite mise à l'aise. Et puis il y avait là Victoire de Castellane, qui travaillait aux bijoux, et qui est tellement drôle. J'ai adoré mon passage là-bas et j'ai obtenu qu'ils me reprennent l'été suivantàOh, non ! Je ne savais pas du tout ce que je voulais faire ! Mais c'est vrai que j'ai toujours eu un intérêt certain pour la mode. Dans l'appartement parisien de mes parents, je me souviens que, enfant, j'étais bluffée par le chic, si différent de celui que je côtoyais en Californie, des actrices françaises qu'ils recevaient ici, comme Aurore Clément ou Carole Bouquet. Après mes stages chez Chanel, j'ai d'ailleurs demandé à être abonnée au Vogue français. Et, dans mon petit village de la Napa Valley, c'était un peu comme un ovni qui arrivait par la poste, alors qu'aujourd'hui, avec Internet, chacun peut suivre la mode, où qu'il soità Lui aussi, je le connais depuis longtemps et j'aime vraiment beaucoup son travail. Il a une créativité tout à fait unique et un sens de la mise en scène qui n'appartient qu'à lui. Je vais souvent à ses shows, qui ont quelque chose de magique. Sa mode m'a beaucoup influencée quand j'ai travaillé sur Marie-Antoinette, par exemple, car je voulais que les costumes de Kirsten Dunst soient à la fois xviiie siècle et contemporains. Et c'est le genre de mix que John réussit particulièrement bien. Il a créé spécialement la robe que porte le mannequin, et il est venu plusieurs fois sur le tournage, mais j'ai eu carte blanche pour ce projet. Oui. Et, même si les prises de vues n'ont duré que trois jours, c'était une bonne façon pour moi de me remettre derrière la caméra. Ne croyez pas que je sois paresseuse, mais ma fille Romy n'a que 2 ans et elle m'a tenue un peu éloignée des plateaux. Il est en tout cas le reflet du Paris qui m'émerveille. Un esprit léger, semblable à celui des films de la nouvelle vague que j'ai aimés. Les longs-métrages de Truffaut ou A bout de souffle, de Godard. Et je pense que le fait d'avoir choisi une chanson de Brigitte Bardot en bande-son ajoute encore à cette atmosphère. C'est juste une balade dans la capitale, avec une jeune fille espiègle et fraîche, comme le parfum qu'elle porte. Un peu l'escapade d'une Américaine en vacances à Paris, et c'est là forcément que je m'y retrouveà C'est un parti pris. Moi qui partage mon temps entre ici et New York, je suis toujours frappée, quand je reviens, de ce rythme plus léger, plus doux qu'ont les Parisiens et les Parisiennes. Pour cette promenade filmée, j'ai voulu un concentré de cet esprit, et des lieux qui peuvent l'incarner. Nous avons tourné dans une pâtisserie ancienne du quartier des Halles, dans les salons d'essayage de la maison Dior, sur un pont enjambant la Seine, chez Moulié, ce joli fleuriste de la rive gauche, à l'hôtel de Crillon ou dans les jardins du Palais-Royalà Même si, Saint-Germain oblige, le jardin du Luxembourg restera toujours mon préféré ! Je ne suis pas très bonne à ce jeu-là, mais je peux vous glisser le nom d'un bon bar à Versailles : c'est le O'Paris. Il est à deux pas du château. On allait souvent y boire des pots en fin de journée pendant le tournage de Marie-Antoinette. Il y a aussi une autre raison à celaà C'est mon beau-père qui tient l'endroit ! Je l'ai lu aussi, mais c'est totalement faux : mes projets immédiats vont vers le cinéma ! Je finis d'écrire mon prochain film, dont je ne vous dévoilerai pas le pitch, mais que je voudrais tourner cette annéeà aux Etats- Unis. Sorry, Paris ! Propos recueillis par Guillaume Crouzet