Fabriquer entièrement à la main des vêtements sur mesure, dans un atelier flou distinct de l'atelier tailleur, chacun d'entre eux devant compter au moins vingt artisans, brodeurs, plisseurs, plumassiers compris. Présenter deux fois par an une collection de vingt-cinq modèles, de jour et de soir. Et bien sûr défiler obligatoirement dans la capitale française, d'abord comme " invité ", pendant quatre ans. Alors seulement, et moyennant parrainage d'un " membre permanent ", une maison pourra entrer dans le giron de la ha...

Fabriquer entièrement à la main des vêtements sur mesure, dans un atelier flou distinct de l'atelier tailleur, chacun d'entre eux devant compter au moins vingt artisans, brodeurs, plisseurs, plumassiers compris. Présenter deux fois par an une collection de vingt-cinq modèles, de jour et de soir. Et bien sûr défiler obligatoirement dans la capitale française, d'abord comme " invité ", pendant quatre ans. Alors seulement, et moyennant parrainage d'un " membre permanent ", une maison pourra entrer dans le giron de la haute couture. Face à la sévérité des critères imposés, on peut se demander si cette vieille dame ne serait pas un peu psychorigide. D'autant, plaident les partisans d'un assouplissement, que les raisons qui ont mené à défendre si farouchement sa dénomination sont liées à un contexte économique précis, celui de l'immédiat après-guerre - en réalité, cette coquette qui ne fait pas son âge est née bien plus tôt, sous le règne de Louis XIV. En 1945, le but était simplement de permettre au secteur, générateur d'exportations dans une Europe qui en avait rudement besoin, d'avoir accès aux matières premières en échappant aux contraintes du rationnement. Une fois passée la période de pénurie, l'appellation juridiquement protégée est restée, distinguant du coup la prestigieuse pratique du prêt-à-porter, présenté lui à Londres, New York, Milan et même Paris, mais selon un calendrier différent. La question des règles si strictes à remplir se pose avec plus d'acuité encore quand on sait que ces restrictions à visée protectionniste s'avèrent parfois contre-productives. Au risque de conduire la couture à sa perte, faute de combattants ? On sait que de nombreuses griffes sont déjà prises à la gorge par les impératifs financiers qui découlent de ces exigences. Pour Olivier Saillard, historien et directeur du Musée Galliera, une des pistes pour assurer la survie de l'institution pourrait tenir dans sa " prise de distance avec la mode ". Interviewé par notre journaliste Anne-Françoise Moyson, il explique qu' " une pièce haute couture " jouerait alors " le rôle d'un classique ", que l'on garderait ad vitam. Décélérer, faire un pas de côté dans la course à la surconsommation, prendre l'option d'investir dans le durable et dans une production locale et respectueuse des conditions de travail : autant d'idées empreintes de modernité que laisse entrevoir le raisonnement de l'expert. Assurément, la vieille dame n'est pas si désuète. DELPHINE KINDERMANS, RÉDACTRICE EN CHEFFACE À LA SÉVÉRITÉ DES CRITÈRES, ON PEUT SE DEMANDER SI CETTE VIEILLE DAME NE SERAIT PAS UN PEU PSYCHORIGIDE.