Pour être longtemps restée à l'écart du tourisme, Skópelos, dans l'archipel des Sporades du Nord, a conservé un charme intact. Soumise à l'influence continentale et à des précipitations abondantes, l'île a gardé une couverture végétale fournie, toujours verte. Bien entretenue, l'architecture traditionnelle locale emploie volontiers pierre et ardoise. Des matériaux qui se sont dès lors imposés à Marc Held - auteur d'une monographie sur le bâti de cette île où il est installé depuis plus d'un quart de siècle - lorsqu'il s'est vu confier la réalisation de cette superbe demeure, face à la mer, sur la côte orientale.
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Pour être longtemps restée à l'écart du tourisme, Skópelos, dans l'archipel des Sporades du Nord, a conservé un charme intact. Soumise à l'influence continentale et à des précipitations abondantes, l'île a gardé une couverture végétale fournie, toujours verte. Bien entretenue, l'architecture traditionnelle locale emploie volontiers pierre et ardoise. Des matériaux qui se sont dès lors imposés à Marc Held - auteur d'une monographie sur le bâti de cette île où il est installé depuis plus d'un quart de siècle - lorsqu'il s'est vu confier la réalisation de cette superbe demeure, face à la mer, sur la côte orientale. Niché sur un terrain en forte pente finissant les pieds dans l'eau, l'habitation perchée dispose d'une belle esplanade avec vue sur les flots. Dans le volume principal, se déploient un vaste séjour, une petite cuisine et une seule chambre ; les autres - une dizaine - sont aménagées dans le bâtiment annexe, autour d'une cour plantée de mûriers. Une piscine vient compléter ce programme de plaisance. Inspiré par la typologie des constructions avoisinantes, le concepteur a opté pour des formes simples. " Chaque lieu a son génie, il suffit de se laisser guider par lui ", confie celui qui se veut aussi bien artiste qu'artisan. Ainsi la lauze a été privilégiée non seulement comme couverture de toiture, mais également au sol. On retrouve par ailleurs des briques moulées à la main - comme partout en Grèce. A l'intérieur, l'imposante charpente, qui rappelle celles de nombreuses bicoques de la région, a été laissée apparente, et est simplement badigeonnée de blanc. " Ce n'est pas parce qu'on a une immense baie vitrée, comme on en voit dans les projets contemporains, qu'on a une meilleure appréhension de la nature ", ajoute l'architecte qui a choisi de placer, pour le corps de logis, de hautes ouvertures verticales - qui ont effectivement autant de mérites paysagers et donnent davantage d'allure à la maison. Pour l'annexe, par contre, le créateur a misé sur des murs en pierres sèches, une toiture en vieilles tuiles romanes et des volumes qui évoquent les bergeries qu'on rencontre tout autour de la Méditerranée et en Grèce. Collé contre un mur, " le bassin de nage " est placé à la manière d'un lavoir, histoire de faire oublier qu'il s'agit d'une piscine... Pour meubler l'endroit, Marc Held, designer et architecte - il est en cela fidèle à l'exemple d'illustres prédécesseurs, Mies van der Rohe, Le Corbusier, Alvar Aalto, Arne Jacobsen... - , a laissé libre cours à une réflexion sur les rapports entre art populaire de bâtir et modernité. De ses observations, il a tiré deux conclusions. D'une part, quelles que soient sa taille, sa destination, son utilité, " une demeure doit être en accord avec son site et avec la lumière ". D'autre part, " le dépouillement, qui est en réalité difficile à bien gérer, est le sommet de l'élégance ". Comme si, dans la patrie de la beauté, le concepteur était revenu à cette idée essentielle que l'architecture n'est jamais que la transmutation, en formes concrètes, d'une philosophie et d'une spiritualité. Joignant la pratique à la théorie, il a tenu à dessiner lui-même la bâtisse et ses espaces extérieurs, tout comme le mobilier. Et si la villa emploie des matériaux traditionnels, les meubles, eux, mettent en avant des matières plus modernes - métal, plastique, etc. De la voile qui ombrage la terrasse - à la fois ultra-contemporaine et parfaitement intégrée à son environnement vernaculaire - aux tables et chaises, beaucoup de détails ont été imaginés spécialement pour ce site, ou édités en très petite quantité. On reconnaît aussi des pièces emblématiques du designer, comme un amusant paravent dans le séjour, d'indémodables sièges Primo Culbuto datant de 1967 ou le très symbolique lit créé pour Prisunic au début des années 70. Nul ne sait, en définitive, si cette superbe maison de Skópelos est contemporaine ou ancienne, classique ou futuriste. Peut-être est-elle tout cela à la fois... Par sa typologie, ses matières, ses couleurs, l'ensemble - contenant et contenu - dégage une impression de sobriété et de perfection, qui s'accorde effectivement avec le génie du lieu. http://marcheldarchitect.comPAR LUXPRODUCTIONS" Chaque lieu a son génie, il suffit de se laisser guider par lui. "