LE PIONNIER DE L'ÉCOLOGIE

" Deux expériences m'ont beaucoup marqué lorsque j'étais jeune. A 16 ans, j'ai ainsi fait la connaissance d'un Américain animé d'idées écologistes. C'est lui qui m'a expliqué ce que recouvrait cette notion, à une époque où le mot lui-même n'existait pas. Par ailleurs, je découvrais chaque semaine avec fascination dans la revue satirique Hara-Kiri les dessins de Pierre Fournier, qui avait l'art de synthétiser d'une façon extrême mais aussi très claire tous les problèmes sociétaux et écologiques auxquels nous sommes confrontés à l'heure actuelle. Ce sont eux qui m'ont ouvert les yeux. En suivant tout simplement leur logique, j'ai commencé à utiliser des produits et techniques écologiques longtemps avant les autres. C'est d'ailleurs aussi à l'époque que je suis devenu végétarien. Entre-temps, l'écologie a connu trois vagues, dont les deux premières (celles des idéalistes en chaussettes de laine) sont restées assez anecdotiques : seule la dernière a été réellement pris...

" Deux expériences m'ont beaucoup marqué lorsque j'étais jeune. A 16 ans, j'ai ainsi fait la connaissance d'un Américain animé d'idées écologistes. C'est lui qui m'a expliqué ce que recouvrait cette notion, à une époque où le mot lui-même n'existait pas. Par ailleurs, je découvrais chaque semaine avec fascination dans la revue satirique Hara-Kiri les dessins de Pierre Fournier, qui avait l'art de synthétiser d'une façon extrême mais aussi très claire tous les problèmes sociétaux et écologiques auxquels nous sommes confrontés à l'heure actuelle. Ce sont eux qui m'ont ouvert les yeux. En suivant tout simplement leur logique, j'ai commencé à utiliser des produits et techniques écologiques longtemps avant les autres. C'est d'ailleurs aussi à l'époque que je suis devenu végétarien. Entre-temps, l'écologie a connu trois vagues, dont les deux premières (celles des idéalistes en chaussettes de laine) sont restées assez anecdotiques : seule la dernière a été réellement prise au sérieux, sous l'impact de l'urgence et de la nécessité. En tant que créateur, j'ai toujours été en avance de dix à quinze ans sur mon temps, y compris avec ma fameuse maison 3 Suisses : figurez-vous qu'à l'époque, en France, construire des habitations en bois n'était pas autorisé ! J'ai aussi très rapidement commencé à réfléchir à des moteurs électriques, à des moulins à vent ou à de nouvelles matières synthétiques pour remplacer le plastique le jour où le pétrole sera épuisé. Il est important de donner ce genre d'impulsions nouvelles à la société. " " Alors que les années 80 ont été caractérisées par un style assez strict et austère, moi, je rêvais déjà de formes organiques. Je reste certes un fonctionnaliste dans l'âme, j'ai mes racines dans le Bauhaus, mais Freud et Lacan m'ont appris que la vie ne se limite pas à ses éléments matériels : il existe aussi des facteurs plus spirituels, comme l'humour ou la poésie, qui confèrent une dimension supplémentaire à la matière, et en particulier au design. Plutôt que des produits banals, j'ai toujours voulu créer des surprises, susciter des réactions ; en ce sens, c'est vrai, je reste un rebelle. L'émotion est un élément important, tout particulièrement à notre époque où l'Homme est si souvent réduit à sa fonction de consommateur anonyme, qui n'a qu'à se taire et acheter, encore et toujours. Mes meilleures créations seront toujours les moins chères, celles qui sont compréhensibles et accessibles à tous. Un bon objet peut parfaitement être fonctionnel sans être strictement utilitaire : son sens peut aussi être poétique, culturel, politique ou même sexuel. Il faut aussi savoir que je ne suis jamais satisfait de mon travail. Le meilleur produit, c'est toujours celui qui est encore en projet, celui que je n'ai pas encore développé, ce qui explique aussi pourquoi je continue à travailler avec autant d'enthousiasme ! Actuellement, je réfléchis par exemple à un système qui réunirait tous les chômeurs du monde au sein d'un grand think tank. Mes projets préférés sont généralement des concepts immatériels qui prennent en compte les défis fondamentaux de notre époque. Ce qui nous occupe aujourd'hui, ce ne sont plus des questions stylistiques mais l'aide que nous pouvons apporter à l'humanité : le design tel qu'il existe actuellement ne peut certes pas sauver la vie des gens, mais il peut la rendre plus facile. " " Je n'ai pas l'impression que nous vivions actuellement une crise : le monde évolue, tout simplement. Pourquoi s'obstiner à qualifier de crise ce qui relève en réalité d'une mutation fondamentale au niveau aussi bien social qu'économique ou écologique ? Songez aux pénuries de nourriture, d'eau, de pétrole et d'énergie qui se profilent, aux déplacements des civilisations et des centres économiques de l'Occident vers l'Orient... Une foule de paradigmes sont actuellement en train d'évoluer de façon inéluctable. C'est le début d'un nouvel avenir. Ce que nous vivons aujourd'hui n'est donc pas une crise mais une mutation qui a débuté à notre insu il y a près d'un demi-siècle... et dont nous prenons à présent pleinement conscience. C'est évidemment dramatique pour ceux à qui cela coûtera la vie - et il y en aura - mais ce sera aussi positif pour ceux qui saisiront cette opportunité pour développer de nouvelles valeurs. Nous sommes au bord d'un gouffre qui pourrait s'avérer aussi bien un piège mortel qu'une porte ouverte sur un nouvel avenir, suivant la discipline dont nous ferons preuve. Il est aussi nécessaire d'inventer tous azimuts tout en rejetant certaines choses. C'est ce qui explique mon intérêt pour la création pure, et c'est aussi pour cela que je veux absolument mettre sur pied cette banque de cerveaux de tous les chômeurs du monde et que je trouve mon "école de créativité" si importante. " PAR PIET SWIMBERGHE" Freud et Lacan m'ont appris que la vie ne se limite pas à ses éléments matériels. "