Même si son visage accuse par endroits des traits trop lisses, pour ne pas dire policés, la patrie d'Hegel n'en demeure pas moins la ville d'Allemagne où la qualité de la vie atteint les meilleurs scores. Grâce, surtout, à une conscience urbaine et une attitude ultrarespectueuse qui caractérisent ses habitants, mais aussi à une indéniable vitalité économique. Entourée de collines boisées et de terrasses de vignobles produisant Trollinger et autres Riesling, Stuttgart, capitale du land de Bade-Wurtemberg, se love avec style dans une couette de verdure. " Ici, il est difficile de faire plus de 50 mètres sans rencontrer de la vigne ", exagère à peine Anselm notre guide. Cette nature omniprésente se ressent au travers d'une £uvre urbanistique connue de tous les architectes de jardins publics : le " U vert ". Réseau de ponts et de petits chemins qui relient les nombreux parcs du centre-ville, il est chéri par les joggeurs et les c£urs romantiques. Ce circuit urbain permet en effet de ne pas traverser une seule voie de circulation sur plus de onze kilomètres. Imaginé au début des années 1990, le " U " est en fait bien plus qu'une intervention ingénieuse sur le paysage. Il reflète en réalité un changement de mentalité radical au pays de Ferdinand Porsche et de Karl Benz : " Jusqu'à la fin des années 1980, c'est la voiture qui dictait tous les plans urbanistiques. Depuis une dizaine d'années, la physionomie de la ville évolue. De plus en plus d'espaces sont dévolus aux piétons ", se réjouit Anselm.
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Même si son visage accuse par endroits des traits trop lisses, pour ne pas dire policés, la patrie d'Hegel n'en demeure pas moins la ville d'Allemagne où la qualité de la vie atteint les meilleurs scores. Grâce, surtout, à une conscience urbaine et une attitude ultrarespectueuse qui caractérisent ses habitants, mais aussi à une indéniable vitalité économique. Entourée de collines boisées et de terrasses de vignobles produisant Trollinger et autres Riesling, Stuttgart, capitale du land de Bade-Wurtemberg, se love avec style dans une couette de verdure. " Ici, il est difficile de faire plus de 50 mètres sans rencontrer de la vigne ", exagère à peine Anselm notre guide. Cette nature omniprésente se ressent au travers d'une £uvre urbanistique connue de tous les architectes de jardins publics : le " U vert ". Réseau de ponts et de petits chemins qui relient les nombreux parcs du centre-ville, il est chéri par les joggeurs et les c£urs romantiques. Ce circuit urbain permet en effet de ne pas traverser une seule voie de circulation sur plus de onze kilomètres. Imaginé au début des années 1990, le " U " est en fait bien plus qu'une intervention ingénieuse sur le paysage. Il reflète en réalité un changement de mentalité radical au pays de Ferdinand Porsche et de Karl Benz : " Jusqu'à la fin des années 1980, c'est la voiture qui dictait tous les plans urbanistiques. Depuis une dizaine d'années, la physionomie de la ville évolue. De plus en plus d'espaces sont dévolus aux piétons ", se réjouit Anselm. Il suffit de se rendre aux abords de la Schlossplatz pour s'en convaincre. Centre névralgique de la cité depuis que les ducs de Wurtemberg y édifièrent leur premier château fort, cette vaste place baroque ponctuée de jardins et de fontaines est devenue le lieu de rendez-vous de tous les Stuttgartois. Malgré l'agitation environnante, il règne ici une atmosphère étonnante de sérénité. Surtout depuis que le nouveau Kunstmuseum inauguré en 2005 joue le rôle de tampon entre le nord de la place et la très survoltée Theodor-Heuss-Strasse - rebaptisée " Going Out Strasse " à cause de ses nombreux bars... Face à une £uvre du sculpteur américain Alexander Calder (1898-1976), ce nouveau musée d'Art contemporain signé par les architectes berlinois Rainer Hascher et Sebastian Jehle est un cube en pierre du Jura protégé par une enveloppe de verre. Entre ce manteau de cristal et le noyau de calcaire, des escaliers en béton mènent aux étages qui abritent les expositions temporaires. La nuit tombée, des spots viennent caresser la pierre jaunâtre et transforment le bâtiment en une monumentale sculpture lumineuse. Au sous-sol, la très riche collection permanente - nombreuses £uvres du maître de la " nouvelle objectivité ", Otto Dix dont l'excellent triptyque " Métropolis " de 1928 - occupe désormais l'emplacement des tunnels routiers qui passaient jadis sous la place... Quand 5 000 m2 d'art contemporain dament le pion au trafic routier, il n'y a pas de meilleure image pour illustrer un changement radical de mentalité. " Après des années de discussion sur la nature du réaménagement de la place, les Stuttgartois sont ravis de leur nouveau cube ", sourit notre guide. Pour preuve, en quelques mois, le lieu est devenu l'endroit le plus couru de la ville. On s'y donne rendez-vous pour prendre un café au o.T. dans le hall d'entrée, ou, mieux encore, on réserve une table au restaurant Cube. Que l'on y vienne pour un lunch léger, déguster une pâtisserie l'après-midi ou goûter à la cuisine exotique des deux jeunes chefs qui officient le soir, le resto est bondé. L'intérieur épuré imaginé par le designer Heinz Witthöft mélange le verre, le bois et le métal avec une rare harmonie. La vue panoramique sur le centre-ville est une attraction en soi. Le soir, à la lueur des bougies, l'ambiance est féerique. Les bâtiments qui bordent la Schlossplatz s'éclairent alors et livrent en direct un abrégé d'histoire de l'architecture : l'ancien château du xve siècle aux loggias inspirées de la Renaissance italienne, les jardins baroques, le nouveau château (Neues Schloss), inspiré de Versailles, les colonnades néoclassiques des Galeries du roi ou encore le toit courbe de verre et d'acier de la nouvelle galerie marchande signée par Rainer et Jehne. Les projets de constructions se multipliant particulièrement depuis quelques années, on aurait tort de penser que Stuttgart découvre seulement aujourd'hui les vertus d'une architecture griffée. L'université souabe forme en effet à elle seule autant d'architectes que la France entière. En 1927, Stuttgart fut d'ailleurs l'instigatrice d'une des aventures les plus audacieuses du courant moderniste. Dans le cadre d'une exposition de maisons témoins baptisée alors " Wohnung 1927 " (Habitat 1927), Ludwig Mies van der Rohe (1886-1969) en personne est nommé directeur artistique et réunit pour la première et la dernière fois autour d'un même projet ceux qui allaient devenir les grandes stars de l'architecture moderne. Jugez plutôt : Le Corbusier et Pierre Jeanneret, Walter Gropius, Mart Stam, Josef Frank, Victor Bourgeois, Max et Bruno Taut, Hans Scharoun, Peter Behrens, Richard Döckerà Au total, dix-sept artistes pour élever vingt et une maisons dans le style " Bauhaus ", encore très marginal à l'époque. En quatre mois, la " cité expérimentale du Weissenhof " sort de terre. Dès le départ, les critiques réactionnaires sont vives. Durant les années 1930, la cité est dans la ligne de mire des nazis qui, à l'instar de tous les courants avant-gardistes, la considèrent comme un exemple d'" Entartete Kunst " (art dégénéré). Durant la Seconde Guerre mondiale, les bombardements auront raison de dix pavillons. Aujourd'hui, le quartier est classé et les maisons subsistantes ont été rénovées dans les années 1980 (dont l'unité de 24 appartements de Mies van der Rohe et la villa de Victor Bourgeois). Fin 2006, un musée consacré à cette expérience inédite s'est ouvert dans la célèbre maison Domino signée Le Corbusier et son cousin Pierre Jeanneret. Celle-là même sur la base de laquelle le maître suisse formula sa " nouvelle esthétique fondamentale " en cinq éléments : la fenêtre en longueur, les pilotis, les toits terrasse, le libre arrangement du plan et de la façade. Culte ! Tout aussi culte, la Staatsgalerie (étonnante collection d'art moderne) et le Staatstheater de James Stirling ont été élevés au début des années 1980. Avec ces enchevêtrements de rotondes, rampes flashy et miroirs multiples, qui ont pourtant provoqué une polémique, inégalée depuis la construction de la cité du Weissenhof, ils sont depuis considérés comme " l'une des plus courageuses constructions culturelles d'Allemagne " selon Peter Gössel, spécialiste d'architecture contemporaine. Cette audace se poursuit avec le tout nouveau musée Mercedes-Benz. Authentique chef-d'£uvre doublé d'une prouesse technologique impressionnante, ce temple de verre et d'aluminium a vu le jour au printemps 2006. Les architectes néerlandais Ben van Berkel et Caroline Bos de " UN Studio " signent ici une double hélice de rampes sans piliers qui épouse un schéma assez proche du Guggenheim new-yorkais de Frank Lloyd Wright (1867-1959). La nouvelle institution devrait provoquer tant auprès des amateurs de voiture que d'architecture le même pouvoir d'attraction qu'un autre musée Guggenheim : celui de Bilbao, signé Frank Gehry. A moins que ce ne soit l'apanage du musée Porsche qui doit s'ouvrir en 2008 et qu'on annonce... deux fois plus grand que celui de son concurrent. Une chose est sûre : au niveau de l'architecture Stuttgart n'a pas fini de nous en mettre plein la vue. Actuellement à l'étude, le projet " Stuttgart 21 " prévoit de faire de la ville le centre des liaisons ferroviaires entre Budapest et Paris via Munich et Vienne. Et l'aéroport s'agrandit... Au niveau des bars et des restaurants, la ville met les petits plats dans les grands pour accueillir les touristes qu'elle escompte de plus en plus nombreux. Notons par ailleurs que le Bade-Wurtemberg est réputé pour compter le plus grand nombre de tables étoilées en Allemagne. Et sur la Theodor-Heuss-Strasse, depuis cinq ans environ, les adresses branchées se succèdent et viennent rompre la torpeur des immeubles de bureaux et de banques. " Le quartier se vide de ses employés dès l'heure de l'apéro, constate Lucia, serveuse au bar.code. Une bande de jeunes a vu là l'occasion de faire du bruit sans créer de nuisance. La Going Out Strasse est née ainsi. " Le grand zinc du Fuenf a ouvert ses portes, suivi du très smart bar.code où l'on s'éclaire au Verner Panton, et d'une dizaine d'autres enseignes au design réfléchi. Des musées aux bars, partout, Stuttgart soigne sa ligne. Renseignements.Office allemand du tourisme, 92, Val d'Or, à 1200 Bruxelles. Tél. : 02 245 97 00. Internet : www.germany-tourism.de E-mail : gntobru@d-z-t.com Téléphoner. Préfixe : + 49 suivi du 711 pour Stuttgart. Y aller. En train : Inter City Express (ICE) de la Deutsche Bahn . A partir de Bruxelles-Midi via Liège, Aix-la-Chapelle, Cologne et correspondance à Francfort. Réservations dans les gares précitées. Internet : www.bahn.de ou www.b-rail.be/int/F/ En avion : au départ de Zaventem avec Lufthansa. Internet : www.lufthansa.be Se loger.Hôtel Am Schlossgarten, 23, Schillerstrasse, à 70173 Stuttgart. Tél. : + 49 711 20 26 0. Internet : www.hotelschlossgarten.com. Confortable et à proximité du centre. Se restaurer. Cube restaurant, Im Kunstmuseum Stuttgart, 1, Kleiner Schlossplatz, à 70173 Stuttgart. Tél. : +49 711 280 44 41. Internet : www.cube-restaurant.de Salvini, 10, Bolzstrasse, à 70173 Stuttgart. Tél. : + 49 711 22 36 310. Internet : www.salvini.de Bar à vins italien moderne et élégant. Deli, 7, Geisstrasse, à 70173 Stuttgart. Tél. : + 49 711 23 60 200. Internet : www.deli-stuttgart.de Jeune et décontracté dans une zone piétonne. A voir, à faire. Le " Bohnenviertel " ou quartier des Haricots. Un des rares anciens quartiers épargnés par les destructions de la Seconde Guerre mondiale. Petits patios, rues pavées, antiquaires et bars à vins. Pour pauses pittoresques. Accès aux piétons uniquement. Passionné d'architecture, Anselm Vogt-Moykopf propose des visites guidées très intéressantes. En français. Pratique : ce guide indépendant est par ailleurs taximan. Tél. : + 49 (0) 74011038. E-mail : info@stadtrundfahrt-stuttgart.deReportage : Baudouin Galler