Suite le 7 mai prochain.
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Suite le 7 mai prochain. Remerciements à Utexbel, à Renaix, qui a aimablement fourni les tissus. (*) Dans notre numéro du 5 mars dernier. A près les duos Jean-Paul Knott-Carole Lambert, Valeria Siniouchkina-Gérald Watelet, Bruno Pieters-Cathy Pills (*), c'est au tour, cette semaine, de Christophe Coppens et de Nathalie Demedts de relever le défi lancé par notre magazine. Ils s'étaient concertés avant de démarrer leurs créations respectives dans un même tissu de coton gris argenté dont nous leur avons fourni un échantillon. Leur objectif ? Procéder " vite fait, bien fait " en une à deux heures et sans apporter trop d'apprêt ou de finitions à leurs réalisations. " Nous voyons cela comme un happening où les vêtements et accessoires réalisés seraient assez brut de décoffrage, travaillés de façon totalement instinctive au fil d'un exercice de style improvisé ", commentent Nathalie Demedts (35 ans) et Christophe Coppens (34 ans). Rendez-vous était donné dans l'atelier de Christophe Coppens, place du Nouveau Marché aux Grains, à Bruxelles. Sur un fond sonore bien rythmé car composé de fragments de musiques de défilés chères à Christian Lacroix, les deux créateurs empoignent les quatre mètres de tissu qu'ils vont couper, taillader, déchirer, effilocher et triturer au gré de leur inspiration. " Je travaille toujours les tissus de façon émotionnelle, note Nathalie qui avoue une préférence pour les matières nobles et masculines. Mais le tissu ne motive pas d'emblée mon processus créatif ; il peut s'agir de croquis jetés sur le papier et pour lesquels je me mettrai ensuite en quête de matériaux permettant de leur donner corps, ou l'inverse. " " Tout dépend de la collection de chapeaux et d'accessoires que je traite : pour la ligne prêt-à-porter, on démarre par les tissus et on les met en forme tandis que pour la ligne couture, on part généralement du croquis et on y adapte les tissus sélectionnés pour façonner ces pièces uniques, précise Christophe Coppens. Mais ce n'est pas une règle inflexible. " Les deux protagonistes vont travailler l'une sur buste Stockman et l'autre sur un visage conçu en tulle raide et coupé au niveau de la bouche. Pour apporter un peu de couleur et de contraste à l'ensemble, ils choisissent chacun un fil de soie d'un bel orangé qui traversera, en points nerveux, la robe de Nathalie et le masque de Christophe. " Cela me fait tout drôle de travailler ainsi aux côtés de quelqu'un d'autre, remarque Christophe. Normalement, je suis tout seul avec mes croquis et mes moules à chapeaux. Le processus créatif, en principe, c'est quelque chose de très intime. " " Deux heures pour façonner un vêtement ou un accessoire ( NDLR : certains chapeaux exigent pas moins de soixante heures de travail, par exemple), ce n'est vraiment pas grand-chose, argumente Nathalie. Il y a les croquis, le patronnage, le prototype mis en repos, la toile que je retravaille, les différents apprêts et finitions... Ici, l'acte créatif relèvera davantage du gadget, du bricolage sympa. " " Etre créatif comme ça, sur commande, ce n'est pas évident, enchaîne Christophe. C'est très artificiel. En fait, j'entre en phase créative n'importe où plutôt que dans mon atelier : à la maison, en train, en balade... je me promène toujours avec un cahier où coucher et croquer mes idées. " " Bon, je commence à avoir une idée précise de ce que je vais faire ", dit Nathalie en entourant la partie inférieure du buste d'un large morceau de tissu où elle va imprimer un pli creux sur l'avant. Et de déchirer méthodiquement des bandelettes de tissu qu'elle dispose ensuite à la manière d'un corsage à col bénitier. " Heureusement que Christophe m'a prêté des épingles de modiste ; ce tissu est particulièrement raide à manipuler. Dès le début, j'ai eu envie de maltraiter cette matière. " " Moi, j'ai décidé de faire un masque ; les masques constituent d'ailleurs l'un de mes prochains projets et je m'amuse beaucoup là-dedans, confie Christophe, en appliquant des cercles de tissu autour des yeux et sur le front du visage en tulle, à la manière d'un masque précolombien. Avec ce genre de tissu, d'aspect assez ennuyeux, on peut procéder comme pour une page blanche et laisser courir son imagination. Comme je travaille vite et sans les codes d'élaboration habituels, j'arriverai forcément à quelque chose doté d'un aspect primitif... C'est à peine si je regarde ce que je fais... Hé, Nathalie, dépêche-toi, j'ai presque fini ", plaisante-t-il en cousant des bouts de tissu préalablement froncés au-dessus des yeux et sous le nez du masque qui prend, petit à petit des allures de commedia dell'arte. Nathalie, elle, fabrique à présent une ceinture-corselet et des bretelles qu'elle va fixer, en les entrecroisant, sur sa robe longue. " J'ai l'impression de retourner en enfance lorsque je fabriquais des vêtements pour mes poupées, vêtements que j'assemblais sans les coudre, avoue-t-elle en attachant à la taille de la robe un ample n£ud composé lui aussi de bandelettes de tissu déchiré. Là, j'apporte des touches de couleurs à l'ensemble en appliquant des larges points de couture aux différents points de la silhouette. Ce sont des sortes de cicatrices, de points de suture apposés sur la " peau " du tissu et en même temps, je puis retirer mes épingles. C'est marrant, dans ce type de réalisation, l'inspiration vient vraiment au fur et à mesure. Au préalable, je ne savais pas vraiment ce que j'allais faire. " " Tout à fait, souligne Christophe en tordant des bandes de tissu pour en former des espèces de cornes qu'il entoure de fil orangé. On a envie d'ajouter des touches et des détails, ici et là, même si on pourrait déjà présenter ce masque comme un produit fini. " Et de découper encore et encore des interstices et des orifices sur la pièce entamée deux heures plus tôt. L'£uvre de Christophe Coppens et celle de Nathalie Demedts sont achevées à présent ; l'une et l'autre exhalent un parfum de non-fini mêlé à une certaine sophistication sans chichis. " Jeter ses idées d'un coup sur un buste, cela a quelque chose de très fort, de très intense, finalement. On voit que ça vient droit du c£ur ", conclut la styliste. Marianne Hublet