Regardez bien votre pouce. En trente ans à peine, sa symbolique a été complètement remodelée. Jadis, dans les années 1970, il incarnait le désir nomade de rejoindre, en auto-stop, une Inde idéalisée et très "flower power". Le pouce se voulait alors collectif et forcément ouvert aux autres. Avec l'avènement du XXI e siècle et la course aux progrès technologiques, il s'est peu à peu recroquevillé pour explorer désormais le clavier d'une téléphonie de plus en plus mobile. Il s'est musclé, dynamisé, "SMS-isé". Etendard d'un individualisme grandissant, la nouvelle culture du pouce trahit aujourd'hui un comportement paradoxal qui navigue entre un certain repli sur...

Regardez bien votre pouce. En trente ans à peine, sa symbolique a été complètement remodelée. Jadis, dans les années 1970, il incarnait le désir nomade de rejoindre, en auto-stop, une Inde idéalisée et très "flower power". Le pouce se voulait alors collectif et forcément ouvert aux autres. Avec l'avènement du XXI e siècle et la course aux progrès technologiques, il s'est peu à peu recroquevillé pour explorer désormais le clavier d'une téléphonie de plus en plus mobile. Il s'est musclé, dynamisé, "SMS-isé". Etendard d'un individualisme grandissant, la nouvelle culture du pouce trahit aujourd'hui un comportement paradoxal qui navigue entre un certain repli sur soi et une ouverture virtuelle sur un monde à portée de main. Bref, le voyageur d'antan est devenu ego-nomade par la magie étincelante de son téléphone portable. Et cette tendance sociologique n'est pas près de s'estomper. Bien au contraire. Car de nouvelles armes informatiques sont en train d'émerger. Depuis peu, l'i-mode a fait son entrée sur le marché belge de la téléphonie mobile avec, en ligne de mire, de nouvelles sollicitations à l'égard d'un pouce déjà fortement convoité. Pour les non-initiés, l'i-mode incarne en quelque sorte l'Internet mobile. Un peu comme si un GSM performant s'était accouplé à un ordinateur de poche connecté au Web pour donner naissance à une nouvelle génération de téléphones portables. Autrement dit, n'importe quel utilisateur d'un appareil de cette trempe peut désormais avoir accès à un bouquet d'adresses cyber qui lui donnent, au choix, la météo, les cours de la Bourse, les programmes de cinéma, des idées de voyages, des jeux, des images en tout genre ou encore les dernières nouvelles de la planète ( www.imode.fr). Mieux: qu'il soit dans le bus, à la campagne ou sur une plage bondée, le propriétaire d'un tel engin peut même envoyer et recevoir des e-mails. Bien sûr, les opérateurs qui ont lancé ce genre de service en Belgique et en Europe sont très confiants quant à la réussite du projet i-mode. Motif: l'Internet mobile a déjà conquis 35 millions de Japonais. Mais chez nous, les spécialistes du multimédia restent dubitatifs. D'une part, les goûts des Nippons sont parfois bizarres (la preuve: Mireille Mathieu est toujours une star au Japon) et, d'autre part, les connexions classiques sont plutôt lentes au pays du Soleil-Levant. D'où l'intérêt de l'i-mode là-bas. Cela dit, les fêtes approchent et la cible des jeunes est idéale, chez nous, pour ce genre de cadeau. Parce qu'il y a le culte du gadget dernier cri et, surtout, cette fascination du loisir mobile chez les jeunes générations déjà connectées à la maison ou non. Les paris sont donc ouverts quant au succès de l'i-mode en Occident. Dans le même chapitre, une autre révolution est annoncée sous peu pour profiter au mieux de l'effet Noël: le MMS ou, plus concrètement, la photo via le téléphone portable. Très bientôt, on pourra donc tous s'envoyer des images prises directement avec notre GSM ou, plutôt, "se téléphotoner" en quelques secondes à peine. La famille au pied du sapin pour les bons voeux, le bébé dans la salle d'accouchement pour les grands-parents ou la vedette d'un concert pour les potes privés de sortie. Juste comme ça, sur le pouce. Frédéric Brébant [{ssquf}]Retrouvez Frédéric Brébant chaque lundi matin, vers 9 h 45, dans l'émission "Bonjour quand même", de Jean-Pierre Hautier, sur la Première (RTBF radio).