Vous ne la verrez pas s'afficher en Vanessa Schindler, à la rigueur, avec ses boucles d'oreilles, pour le reste, la pudeur l'en empêche. " Je suis, dit-elle, une travailleuse de l'ombre. Je crée pour les autres. " Ce qui explique sa joie et son adoration à voir amies, chanteuses ou inconnues se glisser dans ses vêtements d'une contemporanéité folle, qui portés se meuvent un peu à la manière de ceux d'Issey Miyake, elle rougirait presque du compliment. " Je suis passionnée par lui, j'aime sa façon de penser en termes de design et pas de mode, avec cette recherche et cette construction. Car ce qui m'intéresse, c'est trouver des solutions, penser la forme et la fonction. "
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Vous ne la verrez pas s'afficher en Vanessa Schindler, à la rigueur, avec ses boucles d'oreilles, pour le reste, la pudeur l'en empêche. " Je suis, dit-elle, une travailleuse de l'ombre. Je crée pour les autres. " Ce qui explique sa joie et son adoration à voir amies, chanteuses ou inconnues se glisser dans ses vêtements d'une contemporanéité folle, qui portés se meuvent un peu à la manière de ceux d'Issey Miyake, elle rougirait presque du compliment. " Je suis passionnée par lui, j'aime sa façon de penser en termes de design et pas de mode, avec cette recherche et cette construction. Car ce qui m'intéresse, c'est trouver des solutions, penser la forme et la fonction. " En 2008, à 19 ans, vierge de tout formatage, Vanessa Schindler n'a aucune attente quand elle se rend aux journées portes ouvertes de la Haute école d'art et de design (HEAD) de Genève. " J'avais été assez perdue comme post-adolescente. Je savais juste que je voulais un métier créatif, que j'avais un intérêt pour la recherche autour de l'objet. Ce fut la révélation. J'avais soudain l'impression que c'était envisageable, que je pourrais avoir des idées. " Rien ne viendra démentir son élan, surtout pas l'échange en 2010, une année scolaire passée à San Francisco au California College of the Arts et encore moins ses stages qu'elle préfère " grand écart ", chez une couturière suisse où elle assouvit sa passion pour le fait main, puis chez Etudes Studio et Balenciaga à Paris et enfin chez Henrik Vibskov à Copenhague. Ces univers totalement différents lui " ouvrent les yeux ", lui offrant ainsi la possibilité de se " positionner ". Elle se met à questionner le mode de production des vêtements, " mon idée, très pragmatique, était de trouver une manière de s'autogérer ". Elle est alors en master et dans son atelier, elle a des envies d'en découdre - sa fascination pour l'artisanat fait le reste. Elle cherche, teste, bidouille, interroge des ingénieurs et finit par détourner l'uréthane pour honorer son désir d'autonomie, de pièces uniques et de haute couture nouvelle génération. Elle sort ainsi du modèle coupé- cousu-surpiqué, onéreux et chronophage, grâce à ce matériau inattendu, issu de l'industrie chimique, qui l'enchante : il est mielleux, entre dans les fibres et les fige, soude les tissus sans couture. N'allez pas croire, de grâce, que ce polymère ôte à sa garde-robe la poésie et l'élégance qui la définissent. Vanessa Schindler titre sa collection de fin d'études Urethane pool : chapitre 2 et en avril 2017, séduit le public et le jury Première Vision du 32e Festival de mode, de photographie et d'accessoires de mode à Hyères. Un an plus tard, on l'y retrouve, avec une capsule pour Petit Bateau et son chapitre 3, qu'elle a appelé La Frivolité, où elle explore les codes d'un vestiaire féminin " poudré, intime, inspiré des robes de soirée et des robes de chambre des années 90 ". L'enjeu : " Continuer mes petites expériences dans mon atelier " et " conserver le geste spontané de la main ", cette extrême liberté, ludique et par là même jouissive, enrichie par les artisans " hors pair " qu'elle a rencontrés auprès des Métiers d'art de Chanel, dans les maisons Lesage et Goossens, sa récompense. La première, pour qui rien n'est impossible, est venue " ennoblir mes lignes d'uréthane en brodant des perles et des pierres, donnant l'illusion que la broderie a été emprisonnée " ; la seconde a " réinterprété en métal mes recherches de formes et construit des tissages de chaînes que j'ai ensuite pu articuler avec des gouttes de polymère ", Vanessa aime les eurêka. En septembre prochain, elle sera parisienne, le temps d'une résidence de douze mois à la Cité internationale des Arts, avec l'idée de continuer sa recherche et de produire des pièces, " pas toute une collection, non ", car elle veut conserver précieusement son exigence de fait main, par les siennes. Ne lui demandez surtout pas ce qu'elle fera dans cinq ans, elle a décidé de ne pas se poser la question ; cela la " bloquerait " plus qu'autre chose - " Si je m'étais imaginée, il y a un an, où j'en serais aujourd'hui... " dit-elle, rêveuse. En lieu et place, toujours se laisser surprendre, un peu.