Dix-sept ans. C'est le temps qu'il aura fallu à Dries Van Noten pour parvenir à ses fins. Dix-sept ans pour qu'un soir de relâche au Palais Garnier coïncide avec le jour et l'heure alloués au créateur belge dans le calendrier surbooké des défilés parisiens. L'invitation imprimée sur un véritable billet conviait toutefois les spectateurs à se retrouver devant l'entrée des artistes, à l'arrière du bâtiment. Prolongeant le suspense jusqu'à la dernière minute, un parcours sinueux amènera finalement les impatients au milieu de l'une des scènes les plus mythiques du monde. Y poser le pied suffit à donner des frissons - impossible de ne pas s'imaginer dans les pas de tous ceux qui ont un soir chanté ou dansé sur ce plancher en pente douce -, à faire sourire, aussi, nez en l'air pour mieux scruter la machinerie, mêmes les plus blasés des habitués du front row. Face aux tréteaux montés le long des coulisses, des pans de décor du Capriccio de Richard Strauss, dirigé par Robert Carsen, un ami de Dries Van Noten, semblent posés là tels des obstacles à contourner par le quadrillage lumineux que dessinent soudain des rangées de spots allumés. Alors que le rideau se lève sur le pool des photographes coincés à l'avant-scène et applaudis par une audience surexcitée, les cinquante-trois modèles s'avancent à tour de rôle devant une salle entièrement vide. Quelques minutes d'enchantement à l'état pur décuplé par la beauté de la collection. Conçues pour des " paons pacifistes ", comme les surnomme le plus parisien des Anversois, les pièces familières du vestiaire masculin reprennent tous les codes qui composent aujourd'hui l'alphabet de Dries Van Noten. Des manteaux militaires, bien sûr, mais déconstruits, coupés à la taille pour transformer le haut en blouson et laisser le bas pendre comme une jupe ou un tablier. De l'ornement à foison également, à l'image de ces broderies portées tels des badges ou ces harnais inspirés du mouvement punk. A la fois urbain et dandy. L'ovatio...

Dix-sept ans. C'est le temps qu'il aura fallu à Dries Van Noten pour parvenir à ses fins. Dix-sept ans pour qu'un soir de relâche au Palais Garnier coïncide avec le jour et l'heure alloués au créateur belge dans le calendrier surbooké des défilés parisiens. L'invitation imprimée sur un véritable billet conviait toutefois les spectateurs à se retrouver devant l'entrée des artistes, à l'arrière du bâtiment. Prolongeant le suspense jusqu'à la dernière minute, un parcours sinueux amènera finalement les impatients au milieu de l'une des scènes les plus mythiques du monde. Y poser le pied suffit à donner des frissons - impossible de ne pas s'imaginer dans les pas de tous ceux qui ont un soir chanté ou dansé sur ce plancher en pente douce -, à faire sourire, aussi, nez en l'air pour mieux scruter la machinerie, mêmes les plus blasés des habitués du front row. Face aux tréteaux montés le long des coulisses, des pans de décor du Capriccio de Richard Strauss, dirigé par Robert Carsen, un ami de Dries Van Noten, semblent posés là tels des obstacles à contourner par le quadrillage lumineux que dessinent soudain des rangées de spots allumés. Alors que le rideau se lève sur le pool des photographes coincés à l'avant-scène et applaudis par une audience surexcitée, les cinquante-trois modèles s'avancent à tour de rôle devant une salle entièrement vide. Quelques minutes d'enchantement à l'état pur décuplé par la beauté de la collection. Conçues pour des " paons pacifistes ", comme les surnomme le plus parisien des Anversois, les pièces familières du vestiaire masculin reprennent tous les codes qui composent aujourd'hui l'alphabet de Dries Van Noten. Des manteaux militaires, bien sûr, mais déconstruits, coupés à la taille pour transformer le haut en blouson et laisser le bas pendre comme une jupe ou un tablier. De l'ornement à foison également, à l'image de ces broderies portées tels des badges ou ces harnais inspirés du mouvement punk. A la fois urbain et dandy. L'ovation monte tandis que les mannequins s'avancent pour saluer un public imaginaire. Les invités s'attardent, conscients de vivre un moment hors du temps. Certains pourraient y voir un signe du destin. Qu'il fallait que cette parenthèse aussi raffinée que légère ait lieu cette saison-ci. Comme pour mieux célébrer, dans un lieu symbolique, ce qui fait que Paris sera toujours Paris... C'est bien d'émotion encore, mais d'un autre genre, qu'il serait aussi question deux jours plus tard, chez Kenzo. Inspirée par la culture japonaise d'hier et d'aujourd'hui, la collection défilera sur une version a cappella du tube Rhythm Nation de Janet Jackson, arrangé par l'Américain Oneohtrix Point Never et interprété par un choeur alternant murmures et phrases chantées. Une manière pour Carol Lim et Humberto Leon de dire haut et fort que la musique est l'un des arts qui rassemble le plus facilement les peuples. Et de rendre hommage entre les lignes à ceux qui ont perdu la vie un soir de concert au Bataclan. Dans un autre registre, Philipp Plein avait osé convoquer Wagner et Lil Wayne sur une même partition, le rappeur répondant aux envolées d'un orchestre parqué dans une tour de cubes de métal pendant que skateurs et cascadeurs en BMX couverts de LED se jetaient dans les airs pour annoncer l'arrivée d'une escouade de super-héros arborant, sur leurs vestes, les logos de Batman et de Superman. Le genre de spectacle clinquant dont le créateur suisse aime régaler son public. Une fois encore, Domenico Dolce et Stefano Gabbana nous ont offert une déclaration d'amour à l'Italie aux allures, cette fois, de western spaghetti. Sur le podium jonché de graviers et piqué de cactus, certaines silhouettes n'auraient pas détoné dans le dernier Tarantino. D'autres, à l'effigie des deux créateurs et de leur chien ou brodées de diligences et cow-boys, flirtaient avec les bons vieux clichés d'un grand Ouest de pacotille. Même ambiance d'un film de Sergio Leone chez Antonio Marras inspiré par son île natale, la Sardaigne, dans laquelle se sont tournés nombre de westerns à l'italienne. Au chapeau et foulard des rois du Far-West répondent des chemises en patchwork, du denim et des carreaux. Un show finalement ragaillardi par la présence, dans la petite maison en bois remplie de foin, de sexy danseurs de country. Mood board amérindien cette fois chez Valentino avec des vestes en daim, des ponchos, des vestes à franges, omniprésentes également chez Givenchy, où Riccardo Tisci s'est laissé influencer par le photographe Frank Marshall. C'est au Botswana que le Sud-Africain a baladé ses objectifs au beau milieu de bandes de fans de heavy metal que l'on verrait plutôt dans la banlieue de Santa Fe. Stars, avec David Bowie s'il vous plaît, du très attendu défilé Gucci, Snoopy et les Peanuts confortent leur statut de phénomènes fashion boostés par la sortie du long-métrage qui leur était consacré à la fin de l'année passée. Chez Fendi, les bulles de comic strip qui figuraient en teasing sur l'invitation ont migré sur les tee-shirts, les revers des vestes et des manteaux. Un esprit très Whatsapp qui titille l'hyperconnectivé des habitants de la (petite) planète mode un peu trop occupés à se regarder entre eux. Chez Iceberg, Les Hommes, Salvatore Ferragamo, Canali et Missoni, on maîtrise les propriétés d'un triangle, d'une parabole et d'une ligne brisée. Les imprimés géométriques donnent le ton de la saison.Les hommages étaient prévisibles, certains plus subtils et parfois plus légitimes que d'autres - mais pourquoi refuser à qui que ce soit le droit de clamer son admiration pour ce caméléon magnifique ? - allant de la présence en bande-son du défilé, comme chez Ermenegildo Zegna, Emporio Armani, Philipp Plein et Paul Smith, notamment, à des références plus explicites comme ce mannequin tendant les paumes où l'on pouvait lire le mot Bowie en majuscules lors du défilé Burberry Prorsum. Ou encore, ce blouson tribut chez Gucci, l'une des pièces phares d'une collection construite par Alessandro Michele autour de l'envie de réactiver dans sa propre mémoire des souvenirs aussi tendres que poétiques.Sur les podiums, la rivalité digitale est en marche : le 7 janvier déjà, la griffe J.W. Anderson lançait les hostilités en annonçant la retransmission en direct de son défilé - jusque-là, rien de bien neuf en soi - sur l'application mobile Grindr, connue pour son service de rencontres gay. Une manière pour son créateur Jonathan Anderson, également directeur artistique de la marque espagnole Loewe, de " repousser les limites en matière de genre et d'esthétique ". Pas en reste pour autant, Ermenegildo Zegna Couture a, de son côté, invité cinq personnalités à poster des interventions en direct sur les réseaux sociaux pendant la diffusion du défilé, en s'appuyant sur un hashtag créé à cette intention. Chez Dolce & Gabbana, certains modèles arpentaient le catwalk armés de tablettes en train de filmer le public... ou le visage du top lui-même. Des " courts-métrages " projetés en temps réel sur des écrans géants pas toujours très lisibles car souvent flous, voire franchement chaotiques. Même idée chez Versace où l'on avait cette fois pris soin de harnacher les caméras sur la poitrine des mannequins, qui envoyaient ainsi des plans continus pris en caméras subjectives. Le timing ne pouvait pas être plus heureux pour rendre hommage à la Ville lumière. Celle d'hier apparue à Kim Jones au travers d'une image signée Jacques Henri Lartigue - une pile de malles à l'ombre de la tour Eiffel - et celle d'aujourd'hui symbolisée par toutes les nuances de l'anthracite - mais aussi le bleu marine et le vert des buis taillés dans les parcs -, déclinées dans une sélection de basiques du vestiaire masculin. Autour du cou des modèles, des bijoux inspirés par la vie du Baron de Redé. Des imprimés - rares -, créés par le directeur artistique de Vuitton Homme, apportent aux silhouettes racées un supplément d'élégance. Un défilé bercé par l'oeuvre emplie de délicatesse de l'artiste japonais Shinji Ohmaki flottant au-dessus du catwalk.Chez Dior Homme, un skate park de luxe - le deuxième de la saison, purement décoratif dans ce cas-ci alors que des cascadeurs avaient réellement pris possession des rampes quelques jours plus tôt chez Philipp Plein - servait de terrain de jeux à des jeunes gens pétris de culture new wave jusqu'au bout de leurs ongles vernis de noir. Des silhouettes volontairement hybrides où s'entrechoquent les volumes - pantalons amples sur vestes cintrées et inversément - s'avancent d'un pas décidé. Les pièces issues du workwear succèdent aux costumes tailleurs impeccablement coupés, le carreau noir et rouge du mouvement punk déteint sous forme de lignes brodées effilochées sur les chemises en popeline blanches. Incontestablement l'une des collections les plus subversives et les plus personnelles de Kris Van Assche où la rose, discrète référence au fondateur de la maison, se porte noire, imprimée ou à la boutonnière. A la croisée de Star Wars et de Seul sur Mars, la mode selon Hogan, Calvin Klein, Armani et Versace a des accents métallisés. De la ceinture aux sneakers, en passant par les manteaux et anoraks, jusque dans les vestes de hussards ornées de boutons rutilants et de passementeries chez Balmain, ça va briller l'hiver prochain.Les plus audacieux opteront pour le rose, du bonbon le plus pâle à la framboise écrasée. Une couleur qui baignait aussi les shows de Dior Homme et de Givenchy. Les plus frileux se réfugieront dans le marron, omniprésent lors des défilés milanais. Messieurs, il faut vous y faire : qu'elle soit vraie ou de fantaisie, la fourrure va entrer dans votre dressing. Manteaux longs, mais aussi étoles, chapeaux et cols en témoignent. Pour preuve, cette silhouette de Giorgio Armani... et bien sûr le show de Fendi, où le poil dans tous ses états était omniprésent, jusque sur le catwalk lui-même, foulé par des garçons chaussés de mules façon pattes de yéti. PAR ISABELLE WILLOT