Uma Thurman descend lentement les marches menant de la superbe villa blanche au gazon du parc. Sa longue silhouette traverse la pelouse ensoleillée pour gagner l'ombre bienvenue des arbres. C'est James Ivory, le réalisateur de " La Coupe d'or ", qui a choisi le domaine La Delicta, sur les hauteurs du Cap d'Antibes, pour installer son petit monde durant le Festival de Cannes. Uma Thurman apprécie la paix qui règne en ces lieux magnifiques. Qu'elle semble loin, ici, la folle agitation d'un festival où elle a présenté deux films. " Vatel " n'a pas été bien reçu, et ne méritait guère mieux. " La Coupe d'or " aura un bien meilleur accueil. Remarquable adaptation du roman de Henry James, cette oeuvre prenante nous fait retrouver Ivory à son meilleur niveau. Thurman y incarne avec intensité une jeune femme désargentée qui épouse un milliardaire nettement plus âgé (Nick Nolte). Mais la fille de son conjoint se marie simultanément avec un noble italien ruiné dont elle fut la maîtresse. La voici donc devenue la belle-mère de son ancien amant! Nous sommes au début du XXe siècle et la situation, complexe aussi bien socialement que sentimentalement, ne manquera pas de poser quelques problèmes... Elégante en débardeur de coton greige sur un pantalon blanc, de petites lunettes à monture dorée perchées sur le nez, Uma Thurman porte au cou un splendide collier mêlant perles, brillants, émeraudes et rubis, dans un style indien. Ses longues mains terriblement expressives ne cesseront d'être en mouvement durant notre entretien.
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Uma Thurman descend lentement les marches menant de la superbe villa blanche au gazon du parc. Sa longue silhouette traverse la pelouse ensoleillée pour gagner l'ombre bienvenue des arbres. C'est James Ivory, le réalisateur de " La Coupe d'or ", qui a choisi le domaine La Delicta, sur les hauteurs du Cap d'Antibes, pour installer son petit monde durant le Festival de Cannes. Uma Thurman apprécie la paix qui règne en ces lieux magnifiques. Qu'elle semble loin, ici, la folle agitation d'un festival où elle a présenté deux films. " Vatel " n'a pas été bien reçu, et ne méritait guère mieux. " La Coupe d'or " aura un bien meilleur accueil. Remarquable adaptation du roman de Henry James, cette oeuvre prenante nous fait retrouver Ivory à son meilleur niveau. Thurman y incarne avec intensité une jeune femme désargentée qui épouse un milliardaire nettement plus âgé (Nick Nolte). Mais la fille de son conjoint se marie simultanément avec un noble italien ruiné dont elle fut la maîtresse. La voici donc devenue la belle-mère de son ancien amant! Nous sommes au début du XXe siècle et la situation, complexe aussi bien socialement que sentimentalement, ne manquera pas de poser quelques problèmes... Elégante en débardeur de coton greige sur un pantalon blanc, de petites lunettes à monture dorée perchées sur le nez, Uma Thurman porte au cou un splendide collier mêlant perles, brillants, émeraudes et rubis, dans un style indien. Ses longues mains terriblement expressives ne cesseront d'être en mouvement durant notre entretien.Weekend Le Vif/L'Express: Le cinéma vous a permis de voyager aussi bien dans le futur (" Gattaca ") que dans le passé (" La Coupe d'or ", " Vatel "). Ces déplacements dans le temps vous stimulent-ils?Uma Thurman: Ils excitent mon imagination, et j'aime saisir les différentes textures que prend une personne selon l'époque où elle vit. Le plus infime détail peut s'avérer crucial et c'est pourquoi j'y suis constamment attentive. Cela dit, mes choix se font en fonction des réalisateurs, pas de l'époque où se déroule l'action du film. Même si j'avoue une grande passion pour les années 1930, et si j'aimerais jouer une femme des années 1950 et 1960. Même les années 1970 et 1980 tiennent déjà aujourd'hui du cinéma d'époque! En fait, je suis définitivement de ce XXe siècle qui a vu se dérouler tant d'horreurs mais aussi tant de progrès et de changements majeurs. Tant de rencontres entre les cultures, aussi, un thème qui me passionne particulièrement. Revêtir les costumes des différentes époques doit vous plaire.Les vêtements sont plus que des détails. Ils sont très importants pour saisir humainement et artistiquement la personne que vous devez jouer et la vision qui est celle du cinéaste. Pour " Vatel ", mes robes avaient quelque chose de japonais, un petit côté samouraï. Dans " La Coupe d'or ", elles capturent et reflètent la contradiction quasi diabolique de Charlotte, mon personnage. Une surface brillante, dégageant une aura positive, un rayonnement... Mais cette patine masque à l'intérieur une fragilité, des faiblesses, un centre flétri par des sentiments contradictoires, obsessionnels, violents même. C'est un personnage terriblement désespéré, solitaire, malgré tout ce qu'elle a accompli.Vous veniez de donner naissance à votre fille ( NDLR: Maya Ray) quand on vous a proposé ce rôle. Le contraste émotionnel a dû être énorme! C'est vrai. Tellement énorme que dans un premier temps, j'ai refusé le rôle. Quelques mois plus tard, j'ai retrouvé mes esprits et je l'ai accepté. Mais, sur le moment, être mère absorbait toute mon énergie, une énergie positive. Les aspects sombres du personnage m'effrayaient. Je pensais que cela serait trop intense pour moi. Je sais à présent qu'il m'est possible de jouer des choses aussi extrêmes sans du tout mettre en péril l'harmonie familiale dont je fais mon premier objectif.En tant qu'artiste restez-vous ouverte à tous les défis?J'essaie de le rester, oui. Quand j'étais jeune, je voulais toujours me tester. Je choisissais les choses pour voir si j'en étais capable. Je me disais " chiche " à moi-même, je me mettais au défi presque constamment. Il fallait que je trouve à chaque fois quelque chose qui soit plus neuf, plus différent, que la précédente... Aujourd'hui, je n'ai plus pareil désir; en tout cas pas formulé d'une manière aussi arbitraire qu'à l'époque. Le déclic s'est produit lorsque j'ai terminé " Chapeau melon et bottes de cuir ". Je me suis arrêtée pour respirer, avoir un bébé, simplement vivre. Maintenant que je suis mère, que j'ai vécu cette chose merveilleuse, mes attentes artistiques et professionnelles ont changé. J'espère désormais pouvoir exprimer des choses plus personnelles. Je ne ressens plus le besoin de tester mes aptitudes, de voir combien de mots je peux aligner en autant de secondes (rire)... Mes talents grandissent avec moi, je pense, ils se développent en même temps que ma vie de femme, de mère, d'épouse. Je me sens capable à présent d'explorer en profondeur des émotions que je ne pouvais qu'effleurer il n'y a pas si longtemps. Lancôme vous a choisie pour sa dernière grande campagne publicitaire, en mettant l'accent sur votre image désormais aussi maternelle à leurs yeux que toujours " glamour ", dans la lignée des femmes fatales que vous avez volontiers incarnées.Je n'ai pas l'habitude de ce genre de choses. J'ai, de manière générale, des réserves personnelles quant à l'utilisation d'une image artistique pour vendre un produit. Mais ce que Lancôme avait fait précédemment avec Isabella Rossellini était d'une telle qualité, ces portraits si beaux, que la proposition ne pouvait que me flatter. Je n'ai pas eu l'impression de me vendre, ni d'être exploitée. Mais ce n'est pas le début d'une nouvelle carrière dans la publicité (rire)! Le cinéma reste ce qui me motive et me fait vibrer, créativement parlant. Etre mère vous a-t-il rendue plus attentive à certaines questions de société?Sans être militante, j'ai depuis longtemps des idées quant à la société, ses excès, ses manques. C'est vrai qu'avoir un enfant peut accentuer ce sentiment de responsabilité, cet esprit critique. Car vous vous projetez dans l'avenir avec lui, et si cet avenir est sombre, et qu'on pourrait l'éviter, vous vous sentez plus concerné encore. Pour ne prendre qu'un exemple, comment ne pas penser à toutes ces armes en vente libre qui se retrouvent entre les mains de gosses et qui en tuent d'autres, victimes innocentes d'un commerce mortel?Certains disent que devenir mère, c'est renaître aussi soi-même. Qu'en pensez-vous?C'est un peu vrai, dans la mesure où votre vie n'a, d'un coup et d'un seul, plus grand-chose à voir avec ce qu'elle était avant. Vous laissez plein de choses derrière vous, des choses qui ont pu compter beaucoup et qui ne vous semblent plus avoir la moindre importance désormais. Tout tourne à présent autour d'un centre tout neuf, auquel tout va se rapporter, se mesurer. C'est formidable et un peu étrange parfois, cela demande des ajustements - et non des moindres - dans tous les aspects de votre existence.Dans vos choix de travail aussi?Oui. Là où j'aurais pris trois films en me disant qu'il y en aurait bien un de très bon dans les trois, je n'ai plus le temps que d'en prendre un seul, parce qu'une autre vie requiert une bonne partie de mon temps. Alors je fais plus attention, je suis plus exigente au départ quant à la qualité potentielle du projet.Sans l'exhiber, vous ne cachez pas non plus votre enfant comme certaines stars le font. Pas plus tard qu'hier, j'ai croisé votre mari (NDLR: Ethan Hawke) se promenant en tenant par la main Maya Ray. Sans garde du corps en vue...A New York où nous vivons, nous sortons souvent nous promener en famille. Les gens ne nous ennuient pas. Ils sourient, très peu nous parlent. Et quand ils le font, c'est très gentiment, sans nous envahir.Les mauvais côtés de la célébrité vous ont-ils été épargnés?Pas entièrement, tout de même. La célébrité fausse vos relations avec un maximum de gens. Ils ont envers vous une attente qu'il ne vous est pas souvent possible de satisfaire. Si vous ne parvenez pas à le prendre avec une certaine légèreté, vous pouvez en être solidement perturbé. Moi, depuis le départ, je relativise. J'ai toujours eu un esprit critique développé vis-à-vis de Hollywood, de ses beaux miroirs trompeurs. Je ne crois pas avoir jamais été dupe du succès... ni de son contraire (rire)! Tout ce qui se dit, s'écrit, se lit autour des vedettes (de cinéma notamment) est incroyablement sur-gonflé, amplifié en dépit de tout bon sens ou presque. Je ne vois pas pourquoi tout ça devrait être pris au premier degré. Vous savez, la célébrité n'est pas une valeur en soi. Même si certains, par intérêt ou par crédulité, veulent croire le contraire... Propos recueillis par Louis Danvers