La visite de la Casa de Serralves et de son écrin de nature d'un extrême raffinement ne laisse planer aucun doute sur " l'unité de langage " qui a régné sur la collaboration entre l'architecte José Marques da Silva (auteur, entre autres, de la gare de Porto) et le concepteur des jardins, le Français Jacques Gréber. En confiant la réalisation de sa résidence à ce duo, le comte de Vizela entendait s'offrir un palais du xxe siècle. Marques da Silva lui propose alors une architecture totalement inscrite dans son époque : le modernisme des années 30. La silhouette de la maison, surtout la partie centrale, évoque de manière étonnante les faces avant des radios en bois courbé et Bakélite d'avant-guerre. Mais ses lignes sobres, ses formes épurées concrétisent surtout les possibilités techniques d'un matériau de construction...

La visite de la Casa de Serralves et de son écrin de nature d'un extrême raffinement ne laisse planer aucun doute sur " l'unité de langage " qui a régné sur la collaboration entre l'architecte José Marques da Silva (auteur, entre autres, de la gare de Porto) et le concepteur des jardins, le Français Jacques Gréber. En confiant la réalisation de sa résidence à ce duo, le comte de Vizela entendait s'offrir un palais du xxe siècle. Marques da Silva lui propose alors une architecture totalement inscrite dans son époque : le modernisme des années 30. La silhouette de la maison, surtout la partie centrale, évoque de manière étonnante les faces avant des radios en bois courbé et Bakélite d'avant-guerre. Mais ses lignes sobres, ses formes épurées concrétisent surtout les possibilités techniques d'un matériau de construction nouveau pour l'époque : le béton. Pour l'accompagner dans cet opus monumental, qui durera de 1925 à 1944, Marques da Silva choisit parmi les meilleurs créateurs français du moment. À l'intérieur du bâtiment, on trouve des £uvres de Jacques-Émile Ruhlmann, Jules Leleu ou Alfred Porteneuve pour le mobilier, Edgar Brandt pour la ferronnerie, Jean Perzel pour les luminaires, et René Lalique pour le travail du verre. Gréber (né dans la capitale française en 1882 et y décédé en 1962), lui, est diplômé de l'école des beaux-arts de Paris, en 1909. Dès 1910, il travaille aux États-Unis, d'abord à Long Island, puis à Philadelphie où, en compagnie d'un autre Français, Paul Cret, il participe à l'urbanisation de la ville en aménageant, notamment, la Benjamin Franklin Parkway. Ce tandem y réalise aussi, entre 1926 et 1929, le musée Rodin, qui rassemble la plus grande collection des £uvres du sculpteur. Prolixe, Gréber est aussi l'auteur de L'architecture aux États-Unis. Preuve de la force d'expansion du génie français publié en deux tomes chez Payot, en 1920. Mais sa carrière se développe également en France et en Europe. Sa signature de paysagistes'illustre brillamment non seulement à la Casa de Serralves, ou à la villa Eilenroc d'Antibes, mais aussi dans la restauration des jardins de la villa Reale di Marlia en Toscane, qu'il dote, entre autres, d'un jardin espagnol. En France, Gréber est notamment l'urbaniste de la ville de Roubaix (on lui doit le fameux vélodrome) et de Marseille qui le charge de son plan d'aménagement, d'embellissement et d'extension. Son heure de gloire sonne lors de l'exposition internationale de Paris en 1937 pour laquelle il supervise quelque 200 projets menés par ses contemporains, en plein triomphe de l'Art déco, auquel il s'identifie totalement. Pour sa part, il dessine les jardins du Palais de Chaillot. La Casa de Serralves ayant été érigée à la limite nord de la parcelle et du parc paysager qui la contient, Gréber peut développer le plan des jardins du côté sud, pour en faire un lieu de lumière. La couleur rose des murs de la maison, une référence à la tradition portugaise, lui sert de point de départ. Elle inspire même le choix du gravier des chemins de promenade qui bordent un canal de 500 mètres de longueur. Le cours d'eau artificiel épouse une succession d'amples terrasses et accompagne ainsi la pente du terrain pour se jeter dans un grand bassin octogonal. La fontaine en forme de lotus qui l'anime et le canal lui-même font penser aux jardins paradisiaques de l'Islam ou des empereurs moghols du Cachemire. Ayant opté pour une organisation aussi graphique que rectiligne, Gréber marque les six différences de niveau du terrain par des escaliers de quatre marches qu'il prolonge de part et d'autre du canal, perpendiculairement à l'axe de celui-ci. Ces travées sont massivement plantées de Canna x generalis au feuillage pourpre foncé et aux fleurs rouge vif. Comme Marques da Silva, Gréber emploie le béton : pour borner les bassins, tracer les transversales et aussi donner naissance à une des plus grandes pergolas construites à cette époque en Europeà Pour l'agrément des visiteurs qui, aujourd'hui encore, bénéficient ainsi d'une superbe promenade ombragée. Un vrai bonheur en été ! Carnet d'adresses en page 40.Par Jean-Pierre Gabriel