"Nous vivions dans une très grande maison bruxelloise avec jardin, explique Isabelle de Borchgrave. Lorsque nous nous sommes lancés dans le gigantesque projet du nouvel atelier-galerie (lire l'encadré en page 34), j'ai voulu pouvoir disposer aussi d'un refuge, cet appartement, où je trouve calme, sérénité et lumière. Les objets qui l'agrémentent, comme cette statuette malaise habillée à l'européenne, sont ceux qui sont passés au travers des mailles du filet lors du tri imposé par le déménagement... Ceux qui nous tenaient vraiment à c£ur. "
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"Nous vivions dans une très grande maison bruxelloise avec jardin, explique Isabelle de Borchgrave. Lorsque nous nous sommes lancés dans le gigantesque projet du nouvel atelier-galerie (lire l'encadré en page 34), j'ai voulu pouvoir disposer aussi d'un refuge, cet appartement, où je trouve calme, sérénité et lumière. Les objets qui l'agrémentent, comme cette statuette malaise habillée à l'européenne, sont ceux qui sont passés au travers des mailles du filet lors du tri imposé par le déménagement... Ceux qui nous tenaient vraiment à c£ur. " La créatrice belge, qui s'est illustrée ces dernières années par ses extraordinaires expositions de vêtements en papier, possède une capacité de travail et une énergie à couper le souffle. Tout en dessinant et en peignant, elle peut tenir plusieurs conversations à la fois, interpelle un de ses assistants sur le détail d'un costume, expose les lignes de force d'un nouveau grand projet. De Venise à San Francisco, de Paris à São Paulo, en passant par Bruxelles, se déploient ses £uvres qui recomposent Florence au temps des Médicis, Venise selon Mariano Fortuny ou le Saint-Pétersbourg de l'impératrice Élisabeth Petrovna. Omniprésent dans son atelier, le papier se retrouve également magnifié dans son appartement sous la forme de... rideaux. Ici et là il fait encore son apparition dans des serviettes, des nappes, des assiettes en papier, toutes signées par Isabelle. Mais dans sa sphère intime, l'artiste laisse aussi s'exprimer sa passion pour le textile. En poussant la porte d'entrée, le visiteur est d'abord séduit par un tapis long et étroit aux motifs linéaires : il " surligne " un couloir qui distribue les pièces de nuit et semble se reproduire à l'infini sous l'effet d'un miroir qui le reflète. " La grande majorité des tapis disposés dans l'appartement viennent de Turquie, précise Isabelle. Celui-ci est particulier, car il a été exécuté selon mes dessins. Je l'ai au départ imaginé pour habiller un escalier. "Le séjour recèle, lui, le trumeau-bar Architettura de l'Italien Piero Fornasetti (1913 -1988), dans sa version noir et blanc. Conçu d'après un modèle de Gio Ponti, il n'est produit qu'à 15 exemplaires l'an. " Il constitue en quelque sorte un retour aux sources, confie Isabelle. À l'âge de 17 ans, j'ai eu la chance de pouvoir faire un stage d'une année chez Fornasetti. J'y ai énormément appris, notamment sur ce qui fait sa signature, à savoir le dessin à la plume. Chez moi, l'Architettura est le seul véritable élément de mobilier. Pour le reste, il y a bien entendu des canapés - revêtus de tissu - des tables nappées, des chaises et l'un ou l'autre fauteuil. Mais ils ne jouent pas un rôle décoratif. Ils font partie intégrante de notre mode de vie. On s'y installe pour lire, pour manger, pour casser des noix tout en parlant. "Isabelle, qui aime recevoir et cuisiner tant pour sa famille que pour ses invités voit son appartement comme " un lieu en mouvement, ouvert ". Pour elle, c'est l'atmosphère qui compte. " Nous sommes situés juste à côté de l'abbaye de la Cambre, s'enthousiasme-t-elle. Il règne ici une paix extraordinaire, qui, je le suppose, est propre au site. Ce n'est pas un hasard si les moines ont choisi de s'y installer voici quelques siècles ! "PAR JEAN-PIERRE GABRIEL