E ntre Anvers et Bruxelles, Gand se fait bien discrète. Et pourtant, au regard des innombrables lieux singuliers qui l'habitent, elle s'affirme incontestablement comme le rendez-vous le plus passionnant du moment pour les victimes de la mode, les amoureux de la nuit et les amateurs de nouveauté.
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E ntre Anvers et Bruxelles, Gand se fait bien discrète. Et pourtant, au regard des innombrables lieux singuliers qui l'habitent, elle s'affirme incontestablement comme le rendez-vous le plus passionnant du moment pour les victimes de la mode, les amoureux de la nuit et les amateurs de nouveauté. Résolument dynamique et profitant de la beauté de son patrimoine historique, Gand aime jouer sur les contrastes les plus improbables que ce soit. Marier techno et musée ou art roman et cuisine design sont les reflets assez révélateurs de l'esprit avant-gardiste qui habite la ville et ses habitants. Dans le Belga Queen, par exemple, ouvert depuis juillet 2003, le designer Antoine Pinto a redynamisé l'un des plus beaux spécimens de l'architecture romane, le Korenstapelhuis, en soulignant le décalage des générations. On peut y admirer la cohabitation sublimée d'un design épuré et lumineux au creux d'un décor chaleureux flirtant avec les pierres d'époque. Cette tendance à faire se côtoyer l'ancien et le nouveau trouve son paroxysme non loin de là, où, dans une demeure datant du xive siècle, jadis propriété de la famille de Maurice Maeterlinck (prix Nobel de littérature en 1911), la galerie Verzameld Werk illustre elle aussi à sa manière le contraste des styles. Ingrid De Coster, graphiste passionnée des entrechats interdisciplinaires, et Franck Van Houtte, sculpteur de céramiques, ont eu l'idée originale, il y a presque deux ans, de transformer une partie de leur galerie en Bed & Breakfast. Dans cette maison d'hôtes, bohème et fantaisiste, on retrouve à nouveau la patte gantoise : un équilibre judicieux entre les disciplines artistiques, aussi opposées soient-elles. L'éternel et le sporadique s'entrecroisent, matières nobles et plastiques vifs détonnent, tout en donnant le juste ton. Parmi les £uvres d'artistes de renommée internationale que l'on peut acquérir lors de son séjour, on trouve celles de Arne Jacobsen, Droog Design, Jasper Morrison, Martin Visser, Matali Crasset, Piet Stockmans et Richard Hutten. Le charme du centre ne serait rien sans la myriade de boutiques de mode qui enlacent ses ruelles, chacune semblant s'attribuer un thème. La Henegouwenstraat se décline indiscutablement au féminin. Que ce soit par les élégants Natan, Patricia Vintage ou encore la toute nouvelle boutique Lineos, ouverte depuis novembre 2003. Dans un agréable décor grisé et bullé moderne, Diane Vandewaelle propose des sous-vêtements atypiques, qu'on ne peut découvrir dans les chaînes traditionnelles : " Je m'arrange pour trouver des modèles particuliers et très féminins via des réseaux internationaux, comme ceux de Vannina Vesperine qui transpose les sous-vêtements en survêtements, ou ceux de jeunes créateurs comme la collection " La fille d'O " d'une jeune Gantoise, Murielle Scherre ", explique-t-elle. De fait, Murielle Scherre est une sacrée personnalité. Du haut de ses 26 ans, elle a lancé il y a un peu plus d'un an son concept de fille d'O, inspiré de la série érotique des années 1970, " Histoires d'O ". " Parce que les filles pour lesquelles je crée ces modèles sont à la fois coquines, féminines et savent ce qu'elles veulent. En lingerie, tu dois généralement choisir entre les basiques fonctionnels, des modèles plus fun mais souvent de piètre qualité, la lingerie très raffinée mais qui est tout de suite plus chère, et enfin celle dite sexy. Moi, je veux proposer un mélange de ces quatre choix en une seule collection ", souligne-t-elle. Dynamique et créative, Murielle a des idées fortes et tient à y rester fidèle. Un caractère que l'on retrouve dans les effets optiques de ses créations et les subtils détails qui s'y cachent, des créations 100 % made in Belgium à suivre de près. De ruelles commerciales piétonnières en passages bucoliques, Gand se fait aimer. Un peu plus à l'écart, dans le quartier du Patershol, on trouve la boutique Double Face d'une autre styliste gantoise, Ann Huybens. Autodidacte dont les défilés à Paris sont réputés pour être de véritables " performances théâtrales ", elle travaille essentiellement la soie dans tous ses états. Cela donne une collection vaporeuse, faite de voiles féeriques et de corsets au touché surprenant, à la fois hors du temps et pourtant si moderne. La Sint-Pietersnieuwstraat, repaire des magasins à tendance teen-ager, nous plonge dans un autre univers de la mode : toutes les fringues et chaussures clippés MTV ou du dernier cri se retrouvent au Limitsghent.be, au Movies et au Giraldo. Ambiance presque identique le long de la spacieuse Hoogpoort où une House fébrile inonde l'air. Défiée par le volume de ces décibels en plein après-midi, l'oreille cherche l'antre de l'envahisseur. La musique émane du nouveau magasin Cream, où le DJ ne s'épargne aucune peine pour attirer les nightclubbers. La clientèle, dans la vingtaine, ose tous les styles, aussi bien une mode eighties survival que post punk, flash dance ou baggys californiens. Plus surprenant encore, juste en face : le petit Zsa-Zsa. Ouvert depuis mai 2003, on trouve dans ce magasin flower power pour enfants des vêtements tendance version 6 ans. Mais Gudrun Devos affirme que le public qui vient dans son magasin est très cosmopolite. " On met en avant le kitsch et les tons vifs, mais les vêtements en eux-mêmes plaisent autant aux familles classiques que plus cool. " Sur fond de musique baba cool, orientation chanson française, les lutins peuvent trouver des bottes rouges à petits pois et des jouets farfelus dans un univers aux murs Punky Brewster ! Enfin, on ne peut s'attarder à Gand sans remarquer l'importance de la musique, notamment par l'omniprésence des magasins de disques. Et si vous avez besoin d'un conseil assez pointu, Dune est sans conteste l'adresse où se rendre. Marc Van Peteghem, un passionné éclairé aux goûts très éclectiques, surfant du jazz cubain au folk obscure irlandais en passant par des bandes-son de films oubliés, a planté son magasin au milieu de son appartement ! Confortablement installé dans un fauteuil, une tasse de café à la main, laissez-vous bercer par les perles rares que l'on peut y trouver. Un lieu quelque peu inhabituel résumant l'attitude relax des Gantois. La soirée avance et le jeune branché irait bien se délasser dans un des nombreux bars à vins qui prolifèrent, comme partout en Belgique. Mais, à nouveau, Gand a sa petite particularité : le bar à champagne ! De Parels, dernier venu dans le quartier ultra-funky des clubs, est le summum de la cool attitude où l'on déguste champagnes et fraises dans une atmosphère très décontractée, sur des sièges aux cheveux multicolores. Plus communs mais tout aussi appréciés, les bars lounge où l'on vient siroter de savants cocktails et se délecter de " fingerfood ", comme le Montuno's, ouvert depuis avril 2004, aime à appeler ses tapas. Au Café Théâtre, on mise plutôt sur une impressionnante collection de whisky : déguster un Glenmoranjie Sherry Wood finish de 18 ans d'âge ou un Lagavelin de 16 ans d'âge est reconnu par les amateurs pour être aussi rare que précieux. Au fil de l'eau, au fil des heures, le charme de Gand agit à l'infini, la proximité des lieux créant une intimité encore plus particulière la nuit. Avant de se lancer dans l'immense Culture Club, récemment encensé par le magazine britannique Arena comme le " club le plus cool d'Europe " et empire de shows vestimentaires excentriques, le jeune branché aime commencer la soirée dans les conviviaux Charlatan, Video, Bardot ou Club 69, des danscafés tous regroupés dans le même périmètre, celui de la Oude Beestenmarkt. Et le succès des nuits gantoises ne cesse de croître, comme le montre l'engouement des noctambules pour deux des derniers clubs arrivés sur la scène, le Tijuana et le Decadance. Une autre manière qu'a Gand de se démarquer par sa vie nocturne va jusqu'à organiser des soirées terriblement branchées dans l'enceinte même de son musée d'art contemporain, le SMAK. Ce n'est autre que le géant de l'entertainement gantois, propriétaire du Culture Club et organisateur des soirées Belmondo, qui transforme chaque salle en un fief dédié à un genre musical : l'une est music dance et electro, une autre est r&b et hip-hop, une autre encore est techno, le tout orchestré par un habillage lumière remarquable. On y croise selon les soirées, une faune extravagante ou des 20 ans et des poussières, hyperlookés. Elégant mariage du romantisme historique et du dynamisme moderne, la ville de Gand est gage de découvertes plus singulières les unes que les autres car la bouillonnante ville flamande est un cocktail de créativité où la vivacité des dernières tendances s'harmonise avec les places et les ruelles centenaires. Myriam Portauw