Lorsqu'on arrive par la France, il suffit de suivre la Garonne. Née ici, au pied des montagnes, elle ira arroser les terres d'Aquitaine avant de se jeter dans l'Océan. Le fleuve va nous mener jusqu'à Vielha, la petite capitale de ce val d'Aran étiré sur le versant atlantique des Pyrénées. Où sommes-nous exactement ? A l'extrémité occidentale des Pyrénées catalanes, plus exactement aux confins de l'Aragon et de l'Ariège. Au xe siècle, le val d'Aran était rattaché au comté de Comminges. Ce n'est qu'à la fin des années 1940 que l'on creusa le tunnel de Vielha, reliant enfin le val d'Aran à l'Espagne autrement que par le col de la Bonaigua, impraticable durant tout l'hiver. " Culturellement, nous sommes occitans ", nous confie Nuria, ex-championne d'Espagne de snowboard. L'aranais, aujourd'hui obligatoire à l'école, est une langue véritablement languedocienne. Si bien que tout le monde ici parle le français.
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Lorsqu'on arrive par la France, il suffit de suivre la Garonne. Née ici, au pied des montagnes, elle ira arroser les terres d'Aquitaine avant de se jeter dans l'Océan. Le fleuve va nous mener jusqu'à Vielha, la petite capitale de ce val d'Aran étiré sur le versant atlantique des Pyrénées. Où sommes-nous exactement ? A l'extrémité occidentale des Pyrénées catalanes, plus exactement aux confins de l'Aragon et de l'Ariège. Au xe siècle, le val d'Aran était rattaché au comté de Comminges. Ce n'est qu'à la fin des années 1940 que l'on creusa le tunnel de Vielha, reliant enfin le val d'Aran à l'Espagne autrement que par le col de la Bonaigua, impraticable durant tout l'hiver. " Culturellement, nous sommes occitans ", nous confie Nuria, ex-championne d'Espagne de snowboard. L'aranais, aujourd'hui obligatoire à l'école, est une langue véritablement languedocienne. Si bien que tout le monde ici parle le français. Nous voilà à Sielha, petite ville pré-montagnarde aux nombreuses boutiques de produits régionaux et porte d'entrée du val d'Aran, au bout duquel se love la plus fameuse station de ski des Pyrénées espagnoles, Baqueira-Beret. " Meilleur enneigement, meilleur ensoleillement des Pyrénées ", nous assure Nuria. Baqueira fut inaugurée en 1965 ; avant cela, on disait qu'on allait à Salardu, 4 km plus bas, gros village de montagne pas vraiment au pied des pistes. Les séjours fréquents de la famille royale dans la station la propulsent en haut de l'affiche, tout comme sa réputation festive. Désormais, les skieurs de toute l'Espagne se doivent de venir aux sports d'hiver à Baqueira. Ou plus haut dans la montagne, au Pla de Beret, à 2 000 m d'altitude. Une magnifique et large plaine, ensoleillée jusqu'au bout du jour. Sapins et grands espaces de neige y donnent une illusion nordique. Là, les pistes grimpent jusqu'à 2 510 m d'altitude. On y pratique aussi le ski de fond et le traîneau. Ce matin, Radio Aran annonce du soleil et - 3 °C, toutes les pistes sont ouvertes. L'art de vivre espagnol commence là, au pied des pistes : la terrasse du restaurant Pla de Beret est exposée plein sud, on y déguste une saucisse grillée ou des fèves à la catalane devant ce panorama grandiose, le domaine skiable le plus vaste des Pyrénées (57 pistes), aisément comparable à celui des grandes stations alpines. L'architecture de Baqueira ? Emblématique du génie ( !) des architectes des années 1970. Heureusement, un nouveau Baqueira a été créé plus récemment, un vrai hameau (pleta) en harmonie avec les villages d'autrefois : pierre, bois et ardoise. Les nouvelles constructions - et cela vaut pour toute la vallée - se fondent littéralement dans la nature, une nature qui, il y a tout juste vingt ans, n'était que pastorale. Il est d'ailleurs agréable de constater que ce monde n'a pas disparu, lorsque dans un de ces petits villages clairsemés entre Vielha et Baqueira, on entend des cloches de brebis dans l'enclos d'une grange. Doux son qui frappe l'oreille du skieur venant " a la tarde " dans les nombreux lieux d'après-ski de la vallée. A Unha, après avoir salué la demeure seigneuriale de 1580 qui inaugure le bourg, il faut se rendre dans l'une des " vinacotecas " du village : au coin de la cheminée, on sert toutes sortes de vins espagnols, même les moins connus, comme le vin d'Aragon et de Castille. De la salsa cubaine s'échappe d'une radio, des assiettes de jambon et de fromage sont servies sur des tables rondes où l'on parle fort, commentant les exploits sportifs du jour. Le clocher de l'église romane d'Unha sonne à la nuit tombante, les fleurs du cimetière dépassent sous la neige. Les Espagnols aiment faire la tournée des bars, s'égayant d'un village à l'autre, dans une sorte de jeu de piste. Bagergue n'est qu'à 3 km : haut perché, sa silhouette médiévale se découpe au loin. Au début des années 1970, ce n'était qu'un village pastoral perdu au fond d'une vallée. Personne n'y séjournait l'hiver. Aujourd'hui, Bagergue compte cinq restaurants et les odeurs de grillades envahissent les ruelles. Le gibier est à l'honneur des cartes de ces tavernes de montagne, où règne une gentille atmosphère... d'auberge espagnole ! De tous les villages du val d'Aran, Arties est réputé le plus festif. C'est aussi l'un des plus charmants. La rivière le traverse, l'église Santa-Maria le domine et, sur sa placette centrale, s'ouvrent un bar à tapas et trois établissements de nuit... Pas moins ! Le rendez-vous obligatoire de 19 heures, c'est chez Xavier, au bar Urtau. " Les meilleures tapas de Catalogne ", disent les habitués en riant. On ne fume pas au comptoir pour ne pas altérer les plats, la télévision est allumée sans le son et des musiques couvrent les conversations. Vieux habitants du village (avec béret) et jeunes skieuses en tenue de cosmonaute se mélangent dans un joyeux tintamarre. Les ruelles sont remplies de monde. Où aller dîner ? Cidrerie ? Pizzeria ? Gastro ? Le choix est vaste. Et chaque restaurant a du cachet : feu ouvert, déco paysanne, chaude ambiance. Rires et chansons à boire envahissent les chaumières. Beaucoup plus tard, La Luna prendra le relais. Ni rap, ni techno. Plutôt des orchestres rock dans le style des années 1980. Le señor Lin, le patron, baptise lui-même son rez-de-chaussée " les galères " (parce que souvent envahi de jeunes) et son premier étage " le jurassique " (faisant référence aux moins jeunes !) Derrière la baie vitrée, la neige tombe sans discontinuer sur le village de pierre et de schiste. On distingue le massif de la Maladeta, l'un des derniers glaciers pyrénéens, et son pic d'Aneto, 3 400 m sous la Lune. Reportage : Franc Nichele - Photos : Christian Sarramon