Le phénomène n'est absolument pas " tendance ". Bien au contraire. Il était prévisible, attendu, programmé. Depuis que la musique s'est transformée en produit de consommation de masse et que le marketing s'est autoproclamé roi du monde, les artistes mythiques des années 1960-1970 ont du mal à raccrocher. Ils continuent à en vouloir et ils le font savoir, tant pour les douces sonorités du tiroir-caisse que pour la substantielle moelle de leur raison d'être : la scène. Bref, les pré-papys du rock font de la résistance, de Mick Jagger (58 ans) à Paul McCartney (59 ans) qui viennent de sortir chacun un tout nouvel ...

Le phénomène n'est absolument pas " tendance ". Bien au contraire. Il était prévisible, attendu, programmé. Depuis que la musique s'est transformée en produit de consommation de masse et que le marketing s'est autoproclamé roi du monde, les artistes mythiques des années 1960-1970 ont du mal à raccrocher. Ils continuent à en vouloir et ils le font savoir, tant pour les douces sonorités du tiroir-caisse que pour la substantielle moelle de leur raison d'être : la scène. Bref, les pré-papys du rock font de la résistance, de Mick Jagger (58 ans) à Paul McCartney (59 ans) qui viennent de sortir chacun un tout nouvel albun solo, en passant par Roger Waters (57 ans), ex-leader du groupe mythique Pink Floyd qui annonce une méga-giga-tournée pour l'année 2002. Sous les spots français, même topo : Johnny Hallyday (58 ans) et Eddy Mitchell (même âge) ne jettent toujours pas le gant du spectacle, tout comme Jacques Dutronc (re-même âge) qui prépare son vrai-faux retour tant annoncé et, surtout, l'ineffable Henri Salvador (84 ans), champion toutes catégories de l'occupation scénique à long terme. Les exemples sont encore nombreux. Et il n'y a aucune raison de jeter la pierre à ces seniors de la chanson douce et dure. Je dirais même plus : bien fait pour le jeunisme ambiant! Car si ces dinosaures persistent avec fougue dans le long combat musical qui les oppose désormais aux jeunes loups du rock, cela est dû aussi à une évolution sociologique qui est, en revanche, belle et bien nouvelle, pour ne pas dire " tendance ". Ce phénomène comportemental est déjà qualifié de " middlescence " chez les Anglo-Saxons, un mot-valise qui mélange habilement les notions de " middle age " (âge mûr) et d'adolescence. En clair, cela signifie qu'une nouvelle génération est en train d'éclore entre ce qu'on appelle communément l'âge adulte et le troisième âge. Une espèce de zone tampon en quelque sorte où les individus concernés tiennent à marquer leurs différences et, surtout, leur refus de vieillir une deuxième fois. A cette fin, ils adoptent à nouveau certaines attitudes du monde adolescent dans la perception de la vie en général et des loisirs en particulier. Démon de midi? Oui et non. L'angle d'attaque est un peu plus subtil. Ces quinquagénaires (et parfois sexagénaires) bondissants veulent tout simplement retrouver une seconde jeunesse à coups de DHEA, de gym sportive, de gadgets technologiques " très futur " (n'est-ce pas, chers bobos?) et, pourquoi pas? de concerts mémorables (les organisateurs du célèbre festival rock " Pukkelpop " planchent d'ailleurs sur un événement semblable ciblé seniors!). Dans cette quête d'une improbable verdeur éternelle, les " middlescents " s'identifient donc sans peine à certains modèles vigoureux de leur âge. Comme Mick, Johnny et les autres. Et la tendance n'est pas près de s'inverser. Dans vingt ans, les trentenaires d'aujourd'hui se reconnaîtront probablement aussi dans papy Bono qui gigotera toujours sur scène ou pépère Bashung qui ne raccrochera pas. Car, finalement, l'espérance de vie augmente en Occident. Alors pourquoi bouder un plaisir censé se prolonger?Frédéric Brébant